Décembre 2017
sommaire
Gérer & Comprendre
N° 130
Réalités méconnues
Développer les capacités d’innovation des entreprises de taille intermédiaire : le cas du groupe Matfer Bourgeat
Par Tony DA MOTTA CERVEIRA
Directeur de l’innovation chez Matfer Bourgeat
et Christophe MIDLER
Directeur de recherche au CNRS, Centre de recherche en gestion de l’École polytechnique
Des études récentes montrent à la fois l’importance socio-économique des entreprises de taille intermédiaire (ETI) et leur fragilité dans le contexte d’innovation intensive actuel. Nous étudierons ici quelles peuvent être les réponses à cette fragilité en nous intéressant au cas d’une ETI leader mondial dans son domaine. Après un diagnostic des ruptures auxquelles cette entreprise doit aujourd’hui faire face, nous analyserons, dans le cadre d’une recherche-intervention, la refonte menée par l’entreprise de ses processus d’innovation. Le cas révèle la pertinence et l’actionnabilité des théories contemporaines du management de l’innovation dans le contexte des ETI.
Le processus de construction de l’inacceptabilité sociale d’un projet de production électrique éolien en Haute Saintonge
Par Béatrice CANEL-DEPITRE
Université du Havre – Laboratoire NIMEC
Face à la multiplication des conflits suscités par de grands projets environnementaux, l’assentiment des acteurs sociaux est devenu rapidement une condition essentielle de leur réalisation, hissant l’acceptabilité sociale au rang des priorités. Pour illustrer ma recherche sur l’acceptabilité sociale, j’ai choisi d’étudier le projet d’implantation d’un parc éolien industriel sur les communes d’Allas-Bocage et de Nieul-le-Virouil en Haute Saintonge. La méthodologie choisie s’appuie sur l’observation participante, qui autorise la compréhension d’un groupe. Si l’acceptabilité sociale est un processus fragile et lent à construire, l’inacceptabilité sociale s’enracine durablement. Ma problématique repose sur le processus de construction de l’inacceptabilité sociale, qui est le fruit de logiques différentes entre promoteur et acteurs locaux. Les résultats auxquels je suis parvenue me permettent d’appréhender la dimension processuelle de l’installation de l’inacceptabilité sociale d’un projet.
Entre cacophonie et silence organisationnel, concevoir le dialogue sur le travail. Le cas de projets de maintenance dans une industrie à risque
Par Mathieu DETCHESSAHAR, Stéphanie GENTIL, Anouk GREVIN et Benoît JOURNÉ
Université de Nantes (IAE ‒ Laboratoire d’économie et de management de Nantes – LEMNA)
Les organisations à haute fiabilité sont désormais soumises à des contraintes économiques et industrielles qu’elles doivent concilier avec les impératifs de sûreté et de sécurité. Plus que jamais, la question de la bonne articulation entre un haut niveau de prescription et un flux permanent d’aléas est au cœur des préoccupations de ces organisations. Cela se traduit par une attention constante portée aux activités opérationnelles. Cet article s’appuie sur une recherche-intervention conduite depuis 2013 au sein d’une usine industrielle à risques confrontée à des problèmes de tenue des délais de ses projets d’arrêt pour maintenance et à des tensions en matière de qualité de vie au travail. Le caractère remarquable du cas analysé réside dans le fait qu’en dépit d’une culture de la sécurité très attentive à la coordination opérationnelle, l’organisation peine à penser les espaces qui permettraient un véritable dialogue sur l’activité. Nous montrons, dès lors, qu’il ne suffit pas de multiplier les dispositifs de coordination pour construire la performance globale d’une organisation. En effet, la sur-instrumentation de la communication peut, au contraire, devenir contreproductive, lorsque le travail reste silencieux alors que la communication devient de plus en plus cacophonique. Dans la lignée des travaux de Detchessahar (2013), l’article dessine une ingénierie des espaces de discussion du travail qui soit à même de prendre en charge les multiples tensions qui traversent les organisations à haute fiabilité (HRO – High Reliability Organizations).
L’épreuve des faits
Enquête sur les vertus cachées des retards : une vision sociologique de l’utilisation stratégique de la contrainte temporelle dans les organisations
Par Denis JEAMBRUN
Les retards régulièrement subis par les grands programmes étatiques sont-ils synonymes d’échecs, ou constitueraient-ils, paradoxalement, une stratégie vers la réussite ? À travers l’apparition de retards dans la conduite d’un programme de drones, nous nous proposons dans cet article de mettre en évidence l’émergence d’une stratégie tirant profit de ces retards. Les contraintes et les intérêts des acteurs les poussent à tolérer, à accepter, voire à implémenter cette stratégie malgré les inconvénients afférents.
Quand le secteur lucratif et le secteur non lucratif tentent de coopérer : la difficile quête d’un objectif commun
Par Emmanuelle DUTERTRE
Professeure associée à l’ESSCA, École de Management
et Bernard JULLIEN
Maître de conférences à l’Université de Bordeaux et conseiller scientifique de la Chaire Distribution et services automobiles de l’ESSCA, École de Management
Nous examinerons ici le déploiement d’une innovation de service au sein d’un réseau de distribution automobile, dont la mise en œuvre s’appuie sur le développement de relations inter-organisationnelles (RIO) hors du secteur lucratif pour se rapprocher du secteur non lucratif à vocation sociale. En dépit de l’enthousiasme que suscite le développement de ce type de collaboration, sa mise en œuvre se révèle complexe. En nous concentrant sur la phase de mise en place de la collaboration, nous identifierons des difficultés à définir, puis à stabiliser les « objectifs communs » pourtant indispensables au développement des RIO. L’un des enjeux majeurs de cette phase initiale est de sortir de la phase d’exploration pour entrer dans la phase d’exploitation.
En quête de théorie
Entreprises : loyauté et liberté d’expression des salariés sur les réseaux sociaux numériques
Par Brigitte PEREIRA
EM Normandie – Laboratoire Métis
La défense de la liberté d’expression des salariés, y compris sur Internet, revêt une importance toute particulière tant cette liberté fait partie des droits fondamentaux. Toutefois, de nouvelles problématiques sont posées lorsque l’on envisage la liberté d’expression des salariés sur les réseaux sociaux numériques, au sein et en dehors de l’entreprise. En effet, la liberté d’expression des salariés peut comporter des propos qui peuvent être dommageables pour l’entreprise tant en termes d’image que de réputation. La pratique nous informe sur les difficultés qu’il y a à préserver l’équilibre entre le respect de la liberté d’expression, la loyauté des salariés envers leur employeur et la protection de l’e-réputation de l’entreprise. Du fait de frontières de plus en plus floues, d’une part, entre la vie professionnelle et la vie privée et, d’autre part, entre la vie publique et la vie personnelle, cet équilibre est de plus en plus difficile à maintenir, à tel point que les entreprises s’orientent peu à peu vers la mise en place de chartes et de guides d’utilisation des réseaux sociaux numériques.
Autres temps, autres lieux
Réguler les risques nucléaires par la souplesse : genèse d’une singularité française (1960-1985)
Par Michaël MANGEON
IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire) et Mines ParisTech, PSL Research University, CGS (Centre de gestion scientifique), i3 UMR CNRS
et Frédérique PALLEZ
Mines ParisTech, PSL Research University, CGS, i3 UMR CNRS
La France possède une tradition historique de codification des règles et un droit public extrêmement développé mis en œuvre par une administration puissante. Pourtant, le nucléaire semble avoir longtemps échappé à cette tradition. En analysant la mise en place et le fonctionnement du régime français de régulation des risques nucléaires entre 1960 et 1985, nous mettons en évidence une forme de souplesse qui se traduit dans la nature des premiers instruments de cette régulation des risques (règles, normes, notes d’orientation…). Deux types d’explication permettent de rendre compte de ce phénomène : la structuration du réseau des acteurs impliqués institutionnellement dans la régulation et l’influence du contexte politique, industriel et social dans lequel évolue ce « petit monde » de la sureté nucléaire. Cette analyse nous amène ensuite à réfléchir sur la dynamique – dans le contexte actuel – du régime français de régulation des risques.
Réguler les risques nucléaires par la souplesse : genèse d’une singularité française (1960-1985). Témoignage d’un acteur
Par Pierre MESSULAM
Directeur général adjoint de Transilien-SNCF
Mosaïque
L’éthique du consentement : Ricœur au pays du management
À propos du livre de Pierre-Olivier Monteil, « Éthique et philosophie du management », Éditions Érès, collection « Espace éthique », 2016
Par Guillaume CHAPPUIS
Risques psychosociaux dans les organisations et santé au travail
À propos de l’ouvrage d’Yves Clot, « Travail et pouvoir d’agir » (PUF, collection « Le travail humain », 2ème édition, 2017)
Par Damien COLLARD et Rachel BOICHOT
Un management plein de cultures
À propos de l’ouvrage « Au cœur de la dimension culturelle du management », sous la direction de Pierre Dupriez et Blandine Vanderlinden, L’Harmattan, 2017
Par Yasmine SALEH
Que doivent faire les grands groupes pour survivre aux start-ups, de manière générale, et aux « licornes », en particulier ?
À propos de l’essai de Jean-Louis Beffa, « Se transformer ou mourir : les grands groupes face aux start-ups », Seuil, 2017
Par Jacques SARRAZIN
Jubilé de la sociologie des organisations : un numéro spécial de la revue Entreprises et Histoire
À propos du numéro spécial « Cinquante ans de sociologie des organisations » de la revue Entreprises et Histoire (n°84, Éditions Eska, septembre 2016)
Par Jérôme TUBIANA
