Septembre 2016
sommaire
Gérer & Comprendre
N° 125
Editorial
Par Pascal LEFEBVRE
Editorialiste
L’épreuve des faits
La mise en conformité avec une loi étrangère : le cas de l’application de la loi Sarbanes-Oxley par la direction des systèmes d’information d’une PME française cotée au New York Stock Exchange
Par Randa BEN ROMDHANE
Enseignant-chercheur à l’ISC Paris Business School
et Éric FIMBEL
Professeur à NEOMA Business School
La loi Sarbanes-Oxley (abrégée en Sox), en vigueur aux États-Unis depuis 2002, fait l’objet de nombreuses controverses depuis plus d’une dizaine d’années. Plusieurs des effets et des conséquences de cette loi ont été identifiés par la littérature. Toutefois, ses effets et ses conséquences au niveau des directions des systèmes d’information (DSI) des petites et moyennes entreprises n’ont pas encore été mis en évidence. Cet article a pour objet de comprendre ces effets à travers l’étude du cas de la DSI d’une PME française cotée au New York Stock Exchange (NYSE). Les résultats de notre analyse nous ont permis d’identifier quatre types de difficulté : des difficultés organisationnelles, techniques, économiques et culturelles.
De l’incompatibilité des mondes dans une multinationale : l’expérience d’un expatrié français dans une usine mexicaine
Par Michel VILLETTE
Centre Maurice Halbwachs, ENS/EHESS/CNRS
et François FOURCADE
ESCP Europe
Le témoignage d’un ingénieur français expatrié dans une usine mexicaine permet de cerner l’écart entre ce qu’il a dû faire, dans le contexte mexicain, pour rendre l’usine rentable et les bonnes pratiques prescrites par les services du siège. Il montre le travail de traduction/trahison et de dissimulation que cet expatrié a dû accomplir – y compris dans la présentation des comptes – pour éviter que les incompatibilités entre deux mondes, le siège parisien et la filiale mexicaine, ne fassent obstacle au bon fonctionnement de l’usine. Plusieurs voies d’interprétation de ce témoignage peuvent être ouvertes à partir de la phénoménologie, de la sociologie et des sciences de gestion. Nous privilégierons la question de l’incompatibilité des mondes (Lebenswelt) qu’une multinationale met en contact. Nous insisterons sur les arrangements qu’improvise l’ingénieur pour éviter, par exemple, que le paternalisme bienveillant d’un puissant potentat ou la dîme perçue par la police locale ne constituent « des faits de corruption » au nom d’une conception exogène du droit et de l’éthique. Publier ces faits, c’est s’interroger sur la légitimité de la condamnation morale dont les arrangements locaux sont l’objet dans les pays les plus riches et sur la difficulté que rencontrent les sciences de gestion à les intégrer dans leurs analyses du succès ou de l’échec d’une entreprise.
En quête de théorie
Le chômage des jeunes en France : une « épreuve » diversement vécue
Par Didier CHABANET
Chercheur à l’IDRAC Lyon et au Laboratoire Triangle de l’Université de Lyon (UMR 5206 du CNRS), et chercheur associé à Sciences Po-CEVIPOF
La sociologie du chômage a depuis longtemps mis en évidence les effets déstructurants et désocialisants de la perte d’emploi. La situation des jeunes chômeurs, aujourd’hui en France, suggère cependant que la multiplicité des expériences vécues ne se résume pas à ce tableau apocalyptique. La réalisation d’une vingtaine d’entretiens semi-directifs approfondis avec des jeunes âgés de 18 à 35 ans, au chômage depuis au moins un an, nous a permis de découvrir la pluralité des manières de faire face à cette épreuve et de lui donner sens. Si certains jeunes perdent confiance, ressentent un fort sentiment d’échec personnel et s’isolent, d’autres au contraire s’accommodent relativement bien de cette situation, développant des formes de sociabilité extra-professionnelle. À travers leurs récits, ont pu être identifiés un petit nombre de facteurs qui permettent de comprendre ces variations, au premier rang desquels l’âge évidemment, mais aussi l’appartenance sociale, le capital culturel, le genre et l’appartenance territoriale.
Les mécanismes de protection des innovations contre l’imitation : un cadre d’analyse générique et un inventaire
Par Matthieu MANDARD
Maître de conférences en sciences de gestion à l’Université Rennes 1
Comment protéger les innovations contre l’imitation ? Si de nombreux mécanismes de protection ont été identifiés ces dernières décennies, ils n’ont pas encore été répertoriés au sein d’un cadre analytique cohérent. C’est l’objectif de cet article, qui propose un cadre d’analyse identifiant six mécanismes génériques de protection des innovations, puis inventorie leur mise en œuvre concrète aux niveaux inter- et intra-organisationnel, mettant ainsi en évidence une analogie fonctionnelle entre mécanismes de protection à travers les niveaux d’analyse.
Autres temps, autres lieux
Le système Gribeauval ou la question de la standardisation au XVIIIe siècle
Par Héloïse BERKOWITZ et Hervé DUMEZ
i3-CRG, École polytechnique, CNRS, Université Paris-Saclay
De la Révolution à l’Empire, les armées françaises dominent la scène militaire européenne. Elles le doivent essentiellement à la standardisation de l’artillerie qu’a mise au point l’officier et ingénieur Jean-Baptiste Vaquette de Gribeauval (1715-1789) à la fin du XVIIIe siècle. Ce processus de standardisation a porté sur les calibres des canons et la conception des affûts (roues et essieux). Il a supposé au préalable la mise au point de techniques de production et de mesure et impliqué la formation des officiers d’artillerie aux sciences fondamentales et appliquées. Tout a dû bouger en même temps : la doctrine militaire, l’industrie, les techniques. Ce mouvement fortement controversé a entraîné, à l ’instar de la querelle des Bouffons en matière d’opéra, l’un des grands débats publics de la fin de l’Ancien Régime, la querelle dite des Rouges et des Bleus (en référence à la couleur des uniformes des artilleurs avant et après la réorganisation de cette arme). Gribeauval a d’abord été soutenu par le pouvoir royal, puis a été éclipsé , avant de revenir aux commandes pour mener à bien sa réforme. Nous présentons ici cette première grande bataille de la standardisation industrielle, dans son contexte historique.
Quand l’innovation appelait à réformer l’entreprise : l’éclairage historique apporté par Walther Rathenau
Par Blanche SEGRESTIN
Professeur au CGS, à Mines ParisTech, PSL Research University
L’œuvre de Walther Rathenau (1867-1922), dirigeant de l’Allgemeine Elektricitäts-Gesellschaft (AEG) et ministre au début de la République de Weimar, apporte un éclairage historique sur la manière dont les intellectuels et les dirigeants d’entreprise pensent, dans les années 1910, l’entreprise moderne et ses responsabilités sociales. Pour Rathenau, l’entreprise moderne se distingue non pas par sa taille, mais par sa capacité d’innovation collective. Il voit dans la capacité d’innovation le fondement des nouvelles responsabilités et propose en conséquence d’institutionnaliser un mode de gouvernance spécifique pour articuler le statut privé des entreprises avec leurs finalités d’intérêt collectif. À l’heure où la responsabilité sociale de l’entreprise (RSE) se débat entre éthique volontaire et approche utilitariste, la lecture de Rathenau montre que l’histoire de la RSE aurait pu suivre une autre voie, et il ouvre ainsi pour l’avenir des perspectives originales.
Mosaïque
La fabrique de l’économie selon Jean Tirole (prix Nobel d’économie 2014)
À propos du livre « Économie du bien commun » de Jean Tirole, Presses Universitaires de France, mai 2016
Par Damien COLLARD
Université de Franche-Comté
The Public Wealth of Nations – How Management of Public Assets Can Boost or Bust Economic Growth
À propos du livre « The Public Wealth of Nations – How Management of Public Assets Can Boost or Bust Economic Growth », de Dag Detter et Stafan Fölster, Palgrave Mac Millan ed., 2015, 244 p.
Par Pierre MESSULAM
Directeur général adjoint SNCF Transilien
