Décembre 2015
sommaire
Gérer & Comprendre
N° 122
Editorial
Par Pascal LEFEBVRE
Editorialiste
Réalités méconnues
Vers une médecine du travail préventive ?
Par Yvan BAREL
Maître de conférences en GRH à l’Université de Nantes, membre du Laboratoire d’Économie et de Management de Nantes-Atlantique (LEMNA EA 4272)
et Sandrine FRÉMEAUX
Professeur et co-responsable du département Management, Organisation et Droit à Audencia-Nantes, École de management
Face aux problèmes de santé au travail qui représentent un coût à la fois humain et financier, agir en amont sur les causes organisationnelles et managériales des troubles de santé constitue une urgence. La réforme de la médecine du travail intervenue en 2011 cherche précisément à promouvoir les actions pluridisciplinaires de prévention. Comment les médecins du travail se positionnent-ils par rapport à cette préconisation ? Cet article propose l’analyse approfondie de trois profils distincts de médecins du travail : les « biomédicaux », les « militants » et les « progressistes ». Ces profils sont loin d’être uniformément réceptifs à une évolution de leurs pratiques en faveur d’une médecine préventive. La formation des médecins du travail, le management des services de santé au travail (SST) ainsi que le management des entreprises méritent d’être repensés en vue de faciliter cette dynamique de prévention.
Flexicurité et rupture conventionnelle du contrat de travail : de l’oxymore à l’ambiguïté de la pratique
Par Brigitte PEREIRA
Professeur de Droit et de Responsabilité sociale des entreprises-EM Normandie-HDR, Sciences de gestion, Laboratoire Métis-Chercheur associé-NIMEC, IAE de Caen Basse-Normandie
La flexicurité, véritable politique communautaire du marché du travail, consiste à accroître à la fois la souplesse managériale en vue d’un fonctionnement optimal des entreprises et la garantie d’une sécurisation des parcours professionnels des salariés. En France, cette politique a connu en 2008 une construction progressive avec la mise en place de la rupture conventionnelle du contrat de travail à durée indéterminée. Ce dispositif connaît un grand succès, qui nous conduit à en analyser la mise en œuvre. Or, la rupture conventionnelle du contrat de travail recouvre de multiples facettes et ne répond pas nécessairement à la quête de flexibilité des entreprises. En réalité, dès l’analyse du dispositif, nous constatons une volonté de flexibiliser le fonctionnement des entreprises sans que le résultat soit certain : la rupture conventionnelle du contrat de travail, outil de flexibilité, coexiste avec d’autres normes, ce qui conduit à un ensemble de normes parfois en contradiction entre elles. De plus, alors que la rupture à l’amiable du contrat de travail est destinée à réduire les contentieux judiciaires, ceux-ci ne sont pas exclus ; bien au contraire les décisions de justice se sont multipliées ces dernières années. Une comparaison est alors effectuée entre la flexicurité et la pratique judiciaire, ce qui rend compte des difficultés de la transposition de l’exemple danois de la flexicurité, cité par l’Union européenne.
Une analyse sociotechnique du programme français de réacteurs à neutrons rapides : les formes successives de l’évaluation
Par Claire LE RENARD
EDF R&D ; LinX-SHS, École polytechnique, Université Paris-Saclay ; Université Paris-Est, LISIS, CNRS, ESIEE-Paris, INRA, UPEM
Issu d’une recherche rétrospective sur le programme nucléaire à neutrons rapides français, cet article vise à mettre en évidence, avec des apports méthodologiques de la sociologie des sciences et des techniques, la dynamique de l’évaluation des réacteurs démonstrateurs. Ceux-ci ont pour finalité de démontrer la faisabilité (comportant la sûreté et la viabilité technique et économique) de cette technologie ou « filière », porteuse de la promesse d’une source d’énergie potentiellement inépuisable pour l’avenir. Jusqu’au milieu des années 1970, le besoin d’une telle filière était vu comme urgent et la priorité était d’en prouver la faisabilité « technique » grâce à des réacteurs de démonstration. Mais après le milieu des années 1970, l’évaluation des projets de réacteurs à neutrons rapides cherche à en établir plus largement la viabilité technique et économique, ainsi que la garantie de sûreté. L’analyse du cas de Superphénix montre la difficulté de tenir ensemble les trois éléments de l’évaluation dans un contexte changeant, où les poids respectifs des critères évoluent de manière dynamique : elle appelle à questionner le cahier des charges implicite des démonstrateurs.
L'épreuve des faits
Évaluer l’impact sociétal de la recherche pour apprendre à le gérer : l’approche asirpa et l’exemple de la recherche agronomique
Par Pierre-Benoit JOLY
Université Paris-Est, LISIS, CNRS, ESIEE Paris, INRA, UPEM, 77454 Marne-La-Vallée
Laurence COLINET
INRA Collège de Direction, 75007 Paris
Ariane GAUNAND
INRA, GAEL, 38000 Grenoble, Université Grenoble Alpes, GAEL, 38000 Grenoble
Stéphane LEMARIÉ
INRA, GAEL, 38000 Grenoble, Université Grenoble Alpes, GAEL, 38000 Grenoble
Philippe LARÉDO
Université Paris-Est, LISIS, CNRS, ESIEE Paris, INRA, UPEM, 77454 Marne-La-Vallée, University of Manchester, MIIOR, MBS, Harold Hankins Building, Manchester, UK M13 9PL
et Mireille MATT
INRA, GAEL, 38000 Grenoble, Université Grenoble Alpes, GAEL, 38000 Grenoble
Cet article est fondé sur une expérience de recherche-intervention conduite au sein de l’Institut national de recherche agronomique (INRA), dont l’objectif était de concevoir et d’expérimenter une approche d’évaluation des impacts socio-économiques de la recherche. Fondée sur une conception de l’impact de la recherche comme processus, une conception inspirée par les théories de l’innovation (principalement par la sociologie de la traduction), notre approche est basée sur une méthode d’études de cas standardisées. Il s’agit ainsi d’associer les avantages des récits et des descriptions fines à ceux de la généralisation des résultats. Sans renoncer à la mesure des effets de la recherche (notamment dans leurs dimensions non économiques), l’enjeu est ici de mieux comprendre les mécanismes qui génèrent les impacts et la diversité des chemins d’impact, et d’en identifier les points critiques. Cette approche ambitieuse a été conçue et expérimentée à l’INRA. Elle nous a conduits à réaliser trente études de cas, à procéder à leur analyse transversale et à intéresser les départements de recherche qui ont utilisé ASIRPA pour leur propre évaluation. Cet article présentera notre approche et ses principaux résultats, puis il conclura en évoquant certaines de ses limites, ainsi que des pistes possibles de son développement.
Travail et santé : la nécessaire évolution du management vers « le réel »
Par Sabine SUAREZ-THOMAS
Doctorante, sous la direction du professeur Jaussaud, CREG (EA4580), Université de Pau et des Pays de l’Adour
Cet article présente une recherche-intervention qui propose de sortir du paradigme du management des risques psychosociaux pour prévenir la survenue des troubles de santé mentale des personnes en situation de travail. La prise en compte du travail dans toute sa complexité est nécessaire : écart entre travail réel et travail prescrit, dimension individuelle et « collectifs de travail » . Cette prise en compte est vertueuse de l’élaboration de la stratégie du management quotidien. Le management est alors entendu comme une orchestration de façons de travailler de sujets singuliers. Cette démarche, qui questionne la pensée managériale simplificatrice, est soutenue par une évolution du dispositif de gestion qui doit devenir capacitant et permettre, dès lors, de « faire du bon travail ». Dans notre cas, cela a permis de libérer la parole, de favoriser l’existence de collectifs de travail et de constater une amélioration sensible de la santé de certains salariés. Toutefois, ces travaux sont freinés par la peur qu’a la direction de prendre le risque de l’exercice d’un pouvoir différent à la fois de ce qu’elle a l’habitude de faire et des connaissances managériales le plus largement diffusées.
Mosaïque
Le mystère du double-projet de Danone enfin éclairci
À propos du livre de Jérôme Tubiana, LA SAGA DANONE, un projet économique et social à l’épreuve des faits, Lattès, septembre 2015
Par Michel BERRY
École de Paris du management
Rendre accessibles les enjeux de la comptabilité fait-il partie des rôles d’un enseignant-chercheur ?
À propos de l’ouvrage de Bernard Colasse, Dictionnaire de comptabilité – Compter/conter l’entreprise, Collection « Grand Repères », Éditions La Découverte
Par Morgane LE BRETON
Mines ParisTech, Centre de Gestion Scientifique (CGS), PSL research university, UMR CNRS i3 9217
L’homme inutile. Du bon usage de l’économie
À propos du livre de Pierre-Noël Giraud, L’homme inutile. Du bon usage de l’économie, Odile Jacob économie, septembre 2015
Par Claude RIVELINE
professeur à Mines ParisTech
Le silence des cadres – Enquête sur un malaise
À propos du livre de Denis Monneuse, Le Silence des cadres - Enquête sur un malaise, Vuibert, mars 2014
Par Sébastien STENGER
assistant professeur à l’ISG Paris et à l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, et professeur visitant à l’ESSEC
La conjuration des inutiles
À propos du livre de Marie-Anne Dujarier, Le Management désincarné - Enquête sur les nouveaux cadres de travail, La Découverte, 2015
Par Arnaud TONNELÉ
Consultant, coach, Groupe Julhiet Sterwen
