Décembre 2014
sommaire
Gérer & Comprendre
Identités, langages et cultures d’entreprise, la cohésion dans la diversité ?
N° 118
Editorial
Par Pascal LEFEBVRE
Editorialiste
Introduction
Par Philippe LECOMTE
Toulouse Business School, Président du Groupe d’Étude en Management & Langage (GEM&L)
Revisiter la traduction en entreprise : un vecteur d’efficacité stratégique et opérationnelle dans un environnement multiculturel
Par Louis-Marie CLOUET
Directeur de la Recherche à l’Institut de Management et de Communication Interculturels, Paris
Dans cette communication, nous analysons le phénomène de la construction de sens et du rôle, central, que peut jouer la traduction dans le management des firmes internationales. C’est dans des situations multipliées d’interactions multiculturelles et multilingues qu’émerge un besoin croissant de traduction, que l’on entendra ici dans le sens de « tout travail de médiation interlinguistique permettant la communication entre membres de communautés de langues différentes » (LADMIRAL, 1989, p. 90). Cette contribution apporte un éclairage sur le rôle stratégique et opérationnel que peut jouer la traduction dans des entreprises internationalisées. Le cas d’étude à l’origine de cette communication présente l’élaboration de documents d’évaluation des managers et la traduction de ces documents en plusieurs langues.
L’identité d’une entreprise peut-elle franchir les frontières en empruntant l’anglais, la lingua franca d’aujourd’hui ?
Par Geneviève TRÉGUER-FELTEN
Docteure en sciences du langage, chercheure associée au Cediscor-Syled, Université Paris 3 - Sorbonne nouvelle, et chercheure associée à Gestion & Société (CNRS)
Partout dans le monde, les organisations cherchent à internationaliser leur identité corporate (IC) en proposant dans leurs traditionnelles brochures institutionnelles ou sur leurs sites Internet des discours en anglais lingua franca (ELF), ce qui leur permet de se présenter à un public « international ». L’image d’elles-mêmes (l’ethos) ainsi véhiculée vise à inspirer confiance à ce dernier. Conçue dans la langue/culture d’origine des entreprises et transposée dans une langue qui a la particularité d’être dénuée de fondement culturel qui lui soit propre, cette image idéale a-t-elle des chances de convaincre un public dont la seule caractéristique connue est sa pratique de la langue en question ? L’analyse des auto-présentations que s’échangent virtuellement entre elles des organisations appartenant à des pays aussi distants physiquement et culturellement que la France et la Chine, montre que les images « idéales » qui constituent l’IC des unes et des autres ne sont guère superposables. Ce constat soulève une question rarement abordée, celle de la pertinence du transfert en ELF d’une IC dont la démarche de persuasion a été élaborée pour une audience nationale.
Les enjeux de l’ethnomarketing dans le secteur bancaire : le cas d’une banque autrichienne
Par Cornelia CASEAU
Enseignant-chercheur, Responsable du département Langues et Cultures, CEREN/Chaire Banque Populaire en Microfinance, Groupe ESC Dijon Bourgogne
et Mihaela BONESCU
Enseignant-chercheur, LESSAC, Groupe ESC Dijon Bourgogne et CIMEOS EA 4177/Équipe 3S, Université de Bourgogne
Le groupe bancaire Raiffeisen de Basse Autriche et de Vienne est en train de construire, et même de conduire et de valoriser, une politique active de développement et de fidélisation auprès d’une clientèle d’immigrés originaires de Turquie et de l’ex-Yougoslavie. Son activité et sa communication mettent l’accent sur son engagement en faveur de l’intégration des immigrés. En partant de la problématique propre à l’ethnobanking, nous proposons ici une étude du discours identitaire déployé par la banque régionale de la capitale autrichienne. L’analyse de sa communication écrite (rapports d’activité, publications diverses, sites Internet) sera complétée par une étude qualitative menée auprès de ses managers et de ses responsables. L’ambition de notre article est de montrer comment une banque peut nourrir et communiquer un positionnement différenciant à travers un discours global cohérent et en phase avec les enjeux du marketing ethnique dans le domaine bancaire.
Hybrid lexical use in french corporate discourse
Par Dr Peter DALY, Dennis DAVY
EDHEC Business School
The paper aims to explore the nature and extent of English-based lexis, especially loanwords and calques, and other neologisms in contemporary French corporate discourse (e.g. pitcher, forwarder, conf call, paperboard, N+1, être force de proposition), which have been defined as managerial newspeak and wording, and to investigate the reactions this type of French provokes from members and non-members of this discourse community. The exploratory mixed-method approach used is empirically data-driven and exploits a lexicological/word-formational analysis. The first phase of the research was quantitative, involving a questionnaire sent to business school students working as ‘apprentices’ in French companies; this sought to identify and categorize the different types of novel lexis employed in French corporate discourse in order to create a taxonomy of the various categories of terms encountered. Lexical expressions selected from the 450 linguistic tokens in the questionnaire data, along with an email written in this style of ‘French’ and posted on the Internet, containing lexical items from various word-formational categories, were used as prompt documents in the qualitative phase of the research. A taxonomy of different kinds of borrowings and neologisms is proposed and reactions to a selection of the hybrid lexical terms are outlined, from members of the business community and from ‘outsiders’. The relevance of this research for teachers and students of French, English and Business Communication as well as for business professionals is also considered.
Hors dossier
De la difficulté de rendre des comptes : le cas du risque nucléaire
Par Emmanuelle PLOT
PRAG, Chercheuse au Laboratoire Interdisciplinaire de Recherche en Sciences de l’Action, EA 4603
et Olivier VIDAL
Maître de conférences, Chercheur au Laboratoire Interdisciplinaire de Recherche en Sciences de l’Action, EA 4603
Un risque extrême est un risque dont la probabilité de survenance est très faible, mais dont les conséquences potentielles sont très importantes. Malgré l’existence de trois modes de traitement comptable (provision, passif éventuel et assurance), la traduction du risque dans les états financiers se caractérise par une analyse séquentielle a) de la probabilité d’occurrence et b) de la capacité à en estimer les conséquences. Or, ce mode d’analyse interdit de rendre compte des risques dont la probabilité de survenance est trop incertaine, comme le risque d’accident nucléaire, et ce, indépendamment des montants en jeu. L’étude des rapports de gestion des entreprises concernées par le risque nucléaire montre qu’elles ne compensent pas cette lacune comptable par la diffusion d’informations qualitatives.
Figures du client et management : un processus de structuration sous contrôle(s)
Par Patrick GILBERT
Professeur, IAE de Paris, Université Paris 1
Nathalie RAULET-CROSET
Maître de conférences, IAE de Paris, Université Paris 1, Chercheur au CRG École Polytechnique
et Ann-Charlotte TEGLBORG
Enseignant-chercheur, Novancia Business School
S’inscrivant dans le cadre des réflexions sur les modes de contrôle développés au sein des relations client-fournisseur, cet article propose une analyse fine de la manière dont un fournisseur peut combiner une adaptation de sa structure organisationnelle avec des évolutions managériales pour tout à la fois répondre aux exigences de contrôle de ses clients et susciter une dynamique interne à son organisation. En s’appuyant sur le cas de l’entreprise Favi, un sous-traitant automobile, l’article met en lumière le processus de construction dans la durée d’une organisation s’adaptant aux figures successives du client, et il analyse en quoi l’approche proactive développée par l’entreprise pour répondre aux exigences du contrôle bureaucratique et social de ses clients participe de son propre système managérial.
Ce que gérer la faune implique : une approche par la théorie de l’acteur-réseau. Le cas de la conservation de l’ours brun dans les Pyrénées françaises
Par Dorothée DENAYER
Assistante d’enseignement et de recherche, Université de Liège (Belgique)
et Damien COLLARD
Maître de conférences, Université de Franche-Comté, Chercheur au Centre de recherche en gestion des organisations (CREGO), EA 7317, Université de Bourgogne
La conservation de la faune sauvage suscite des projets et mobilise des compétences jusqu’ici peu étudiés. Les dimensions humaines de la gestion de la nature sont en effet le plus souvent envisagées en termes de gouvernance, d’intérêts divergents et de conflits. Cet article propose de revenir sur le cas emblématique de la conservation de l’ours brun dans les Pyrénées françaises non pas pour souligner les antagonismes qui ont marqué ce dossier, mais pour faire le point sur le travail et les compétences des agents de la conservation qui prennent part à ce projet. La théorie de l’acteur-réseau sert ici de guide dans l’exploration pragmatique de « ce dont ces acteurs doivent se montrer capables » pour mener à bien leur projet. Nous identifions quatre domaines de compétences clés à la fois spécifiques et en relation, qui représentent autant de défis que ces acteurs doivent relever sur le terrain. Au final, nous montrons que la gestion de la nature n’est pas faite que de directives, de mesures et de dispositifs à mettre en place. Elle repose très largement sur l’engagement d’une pluralité d’acteurs et sur leur capacité à travailler ensemble. Ce sont donc très précisément des « manières de faire ensemble » que nous nous proposons d’explorer ici.
Mosaïque
La pègre déchiffrée
À propos de l’ouvrage de Diego Gambetta, La pègre déchiffrée - Signes et stratégie de la communication criminelle, Genève, Markus Haller, 423 p., 2014
Par Hervé DUMEZ
Centre de Recherche en Gestion, École polytechnique, Paris
Le triomphe du vide
À propos du livre de Mats Alvesson, The Triumph of Emptiness, Consumption, Higher Education, and Work Organization, mai 2013
Par Kevin FLAMME
doctorant en sciences de gestion à ESCP Europe, École Doctorale de Management Panthéon-Sorbonne
Histoires d’ambassades, leçons de négociation
À propos du livre Négociations d’hier, leçons pour aujourd’hui, sous la direction d’Emmanuel Vivet, Éditions Larcier, 2014
Par Alain HENRY
Agence française de développement
La volonté d’exister au (et par son) travail
À propos du livre de Guy Jobert, Exister au travail - Les hommes du nucléaire, Toulouse, Éditions Erès, 2014
Par Xavier LEON
