Septembre 2013
sommaire
Gérer & Comprendre
N° 113
Editorial
Par Pascal LEFEBVRE
Éditorialiste
Réalités méconnues
Réseau ferré, mobilités spatiales et dynamiques des territoires
Par Pierre MESSULAM
Responsable de la direction de la Stratégie, de l’Innovation, de la Recherche et de la Régulation de la SNCF
et Nacima BARON
Professeur à l’Université Paris Est, membre du laboratoire Ville Mobilité Transports
L’article interroge l’évolution en France des interactions entre la structure des réseaux ferroviaires dédiés aux voyageurs, l’évolution du réseau urbain et les comportements de mobilité des Français. Cet article se décline en trois étapes. La première, plutôt historique, analyse le réseau depuis le début de sa construction au XIX e siècle jusqu’à nos jours, parallèlement à l’étude des dynamiques urbaines et productives de l’espace français. Nous montrerons comment le rail a modelé le système des relations entre les villes et comment l’offre ferroviaire a accompagné les évolutions de la mobilité des Français, avec l’apparition de nouveaux choix résidentiels et de nouveaux usages de l’espace et du temps. Cette réflexion à conduit à trois propositions qui ont été examinées dans le cadre de la discussion sur le schéma national de mobilité. Premier constat, l’investissement ferroviaire dans les grands pôles métropolitains apparaît prioritaire, et doit intégrer une gestion décloisonnée de lignes intra et périurbaines ainsi qu’une intermodalité renforcée. Ensuite, le développement de lignes à grande vitesse peut être réaffirmé, mais en gardant une vision plus sélective et connectée de celles-ci avec les réseaux européens. Enfin, une réarticulation des dessertes ferroviaires des zones rurales apparaît indispensable, elle doit se réaliser en lien avec une offre routière repensée pour accompagner les mobilités individuelles.
Fraude et intérêt social : la problématique de l’abus de biens sociaux
Par Brigitte PEREIRA
Professeur de Droit et de Responsabilité Sociale des Entreprises – EM Normandie, Laboratoire Métis – Chercheur associé – NIMEC, IAE de Caen Basse-Normandie
Parmi les fraudes commises par les dirigeants au sein des entreprises figure une particularité du système répressif français, l’abus de biens sociaux. Cette infraction, qui constitue un abus de confiance spécifique aux sociétés commerciales, vise à protéger l’intérêt social. Or, l’intérêt social n’a pas été défini par la loi. S’agit-il de l’intérêt des actionnaires de la société, de l’intérêt de la société commerciale en général ou de celui de l’entreprise qui en est la victime ? En droit, l’intérêt social est confondu avec celui de la société commerciale qui est dotée de la personnalité morale. Cette vision met en évidence le fait que les intérêts à protéger dépassent ceux des actionnaires, ce qui rejoint certaines analyses et critiques récentes de la théorie de l’agence. Toutefois, la prise en compte de l’intérêt social en matière d’abus de biens sociaux est susceptible de dépasser le concept même de la personne morale, pour prendre en considération l’intérêt de l’entreprise, et de ses parties prenantes.
L'épreuve des faits
Des mariages féconds ? Comprendre la diversité des modes d’organisation de la création
Par Thomas PARIS
CNRS, GREG HEC/HEC Paris
L’étude des formes d’organisation des entreprises et institutions de création intrigue en révélant une variété des configurations, qui s’avère en outre évolutive, transversale aux secteurs, et indépendante du caractère public ou privé de l’entreprise. À partir de l’analyse d’organisations dédiées à la création dans différents secteurs, cet article propose d’éclairer la variété des configurations à l’œuvre, d’isoler les paramètres qui la structurent et d’interroger les enjeux qui la sous-tendent. Ce faisant, il permet d’aller au-delà des catégories simplistes mobilisées sur ces secteurs – talents, idées – en recensant la liste des ressources mobilisées dans un processus de création. Il propose une typologie des formes d’organisation, en considérant la rencontre entre un créateur et les ressources qu’il mobilise pour créer.
La valeur apportée par un réseau social brick and mortar : les points passerelle du crédit agricole
Par Anne JULIEN
Enseignant chercheur, Reims Management School, Titulaire de la Chaire Bancassurance Crédit Agricole du Nord Est et membre du Centre de recherche Magellan (Lyon)
Les banques mutualistes à force de vouloir grandir ont souvent perdu de vue les valeurs qui ont prévalues à leur fondation. Le Crédit Agricole, et tout particulièrement sa caisse Nord Est, a développé un réseau social, qui loin d’être virtuel, crée une solidarité concrète entre de nombreuses parties prenantes. L’auteur analyse dans le détail les performances économiques et sociales de ce réseau en utilisant la logique de « service dominant », et pose la question de l’évolution de ce type de structure en période de crise
Autres temps, autres lieux
L’hybridation des pratiques de GRH à l’international par le truchement de l’ethnicité en Afrique
Par Suzanne Marie APITSA
Docteur ès Sciences de Gestion – Chercheur à l’Université du Havre (NIMEC-Le Havre) – Intervenante à l’EMN de Caen dans le cadre du cours de management interculturel en contexte africain
Cet article met au jour le fait que les pratiques de GRH à l’international des firmes multinationales (FMN) en Afrique peuvent recevoir un éclairage nouveau si l’on mobilise le concept d’ethnicité. Les investigations ont été menées dans trois filiales camerounaises de FMN françaises. Les données empiriques analysées montrent que les réalités culturelles locales influencent fortement l’application des politiques de GRH décidées par le siège. Les résultats démontrent la nécessité d’ouvrir des espaces, où va s’insérer la dimension ethnique dans les pratiques quotidiennes de GRH. L’article propose d’ancrer l’ethnicité dans le débat sur l’hybridation des pratiques GRH à l’international, comme une source d’avantage compétitif, en la considérant non pas comme un compromis coûteux mais plutôt comme un compromis nécessaire.
En quête de théorie
Les managers de proximité face aux compétences : une approche située
Par Damien COLLARD
Maître de conférences – Université de Franche-Comté, Chercheur au LEG, UMR 5118 Université de Bourgogne, CNRS
Nathalie RAULET-CROSET
Maître de conférences – IAE de Paris, Université de Paris 1, Chercheur au PREG-CRG, UMR 7176 École Polytechnique, CNRS
Régine TEULIER
Chargée de recherche – CNRS, PREG-CRG, UMR 7176 École Polytechnique, CNRS
et Jean-Baptiste SUQUET
Enseignant-chercheur – Reims Management School, CMAC (Centre de recherche sur le Management des Clients), Chercheur associé à l’IRG, EA 2354 Université de Paris Est, CNRS
Analyser les compétences au plus près de l’action opérationnelle est une perspective peu développée en gestion et, pourtant, elle intéresse particulièrement les cadres opérationnels en entreprise. En effet, ceux-ci exercent un jugement continu sur les compétences des personnes et des équipes, dont ils organisent l’activité pour atteindre les objectifs qui leur sont fixés. L’enjeu pour la recherche et pour la gestion est donc bien réel. Pour contribuer à cette perspective et en partant de l’observation de nombreuses situations de travail, cet article propose le concept de « compétence orientée situation » (COS), qui s’articule autour de trois notions : la situation, la compétence et la performance. L’utilité du concept est ensuite illustrée empiriquement à travers le cas d’une grande entreprise de transport. Enfin, son caractère opératoire pour la gestion des ressources humaines (GRH) sera discuté.
Nous avons lu
Radiographie d’un paradigme dominant : l’économie orthodoxe vue par André ORLÉAN
Par Daniel FIXARI
Professeur à Mines ParisTech
L’originalité du livre d’André Orléan, « L’Empire de la valeur – Refonder l’économie » (Seuil, 2001), est de nous inviter à revisiter les bases théoriques du paradigme libéral en économie pour y mettre en évidence un péché originel caché, qui l’empêche de comprendre la crise financière actuelle : la croyance en l’objectivité de la « valeur ».
Mosaïque
L’islam devant la démocratie
À propos du livre de Philippe d’Iribarne, L’islam devant la démocratie, Gallimard, 2013
Par Alain HENRY
Sociologie de l’étranger (ou la revanche des brebis galeuses)
À propos du livre de Norbert Alter, La force de la différence, PUF, 2012
Par Jérôme SAULIÈRE
