Mars 2003
sommaire
Gérer & Comprendre
N° 71
Éditorial
Par Francis LEFEBVRE
Secrétaire général du Comité de rédaction
Témoignages
De la recherche en gestion au management
Entretien avec Bertrand Collomb, président du Groupe Lafarge
Par Bernard Colasse et Francis Pavé
Comment passer trois décennies dans une entreprise de matériaux de construction, sans se lasser, alors que, jeune thésard formé à la Recherche Opérationnelle dans les meilleures universités américaines, on semble plutôt destiné à une brillante carrière académique ? Réponse : en en faisant le leader mondial de son secteur ! Et pour cela, il faut savoir prendre du recul face à la tyrannie des modèles et constamment se demander : « Qu’est-ce qui se passe ? Comment cela se lit-il ? Comment cela se décrit-il ? ». C’est là, pour Bertrand Collomb, fondateur du CRG et désormais président du Groupe Lafarge, la base d’une démarche scientifique en gestion. Loin des dogmes, à l’écoute des faits et des gens, sa démarche lui aura permis de concilier, au sein du groupe qu’il dirige, l’efficacité de la taille et l’efficacité de l’initiative locale.
Réalités méconnues
Théorie des probabilités et pratiques industrielles
Les débuts difficiles du contrôle statistique de qualité en France
Par Denis Bayart
Centre de recherche en gestion - École polytechnique
Le terme de « révolution probabiliste » recouvre un ensemble de méthodes, apparues dans les premières années du XXe siècle dans les pays développés et liées à la généralisation de la fabrication industrielle en grandes séries. En France, le domaine de l’organisation militaire et des industries d’armement a été un terrain d’expérimentation particulièrement fécond pour le contrôle statistique de la qualité. C'est ce domaine que deux artilleurs - le chef d’escadron d’artillerie J.E. Estienne et M. Dumas, jeune ingénieur de l’artillerie navale - ont défriché, parmi les tout premiers, en mobilisant les outils et les modes de pensée du raisonnement probabiliste. Il faut reconnaître à ces pionniers le mérite d'avoir accompli un travail remarquable sur ces questions et cela, avec les moyens théoriques relativement limités de leur époque.
Débat
Parlez-vous English ou Globish ?
Par Jean-Paul Nerrière
ancien vice-président de Digital Equipment Europe, directeur commercial d'Automobiles Peugeot, vice-président d'IBM USA
Les Anglophones, qui ne représentent que 11,3 % de l’humanité, sont fiers de parler English, la langue supposée du village mondial. Les autres parlent un curieux sabir, lointain cousin de l’English, que J. P. Nerrière appelle le Globish. Les non-anglophones le pratiquent souvent avec aisance, alors que les anglophones souffrent pour le parler et le comprendre. Ne serait-il alors pas temps de reconnaître le Globish comme langue officielle du village mondial ? Cela libérerait les non-anglophones de leurs complexes et montrerait aux anglophones tout le chemin qui leur reste à faire pour se faire comprendre ? Ce serait aussi une belle chance de prospérité du français…
Autres temps, autres lieux
Monastères d'antan et entreprises d'aujourd'hui
La gestion des ressources humaines à Cluny du Xe au XIIe siècle
Par Jean Nizet
Université Catholique de Louvain
Au cours des XIe et XIIe siècles, le monastère de Cluny va devenir le centre d’un ordre regroupant plusieurs centaines de maisons réparties dans toute l’Europe et comptant plusieurs milliers de moines. D’abord commandées par les missions de l’organisation - prier pour les morts, prendre en charge les pauvres et les malades, etc. - l’organisation de l’ordre, sous l’autorité du tout-puissant abbé de Cluny, le sera bientôt davantage par le contrôle des ressources - matérielles, financières, humaines - nécessaires à sa croissance. Que l’on pose la question des buts ou que l’on aborde d’autres problématiques comme les structures ou les contrôles internes, des parallèles surprenants peuvent être établis entre Cluny et des organisations contemporaines.
Mosaïque
Un temple du droit
À propos du livre de Bruno Latour « La fabrique du droit - Une ethnographie du Conseil d'État », Édition La Découverte 2002
Par Claude Riveline
ENSMP
Dans le secret des comités de direction
À propos du livre de Nicolas Flamant « Une anthropologie des managers », PUF, coll. Sciences sociales et sociétés, Paris, 2002. Prix « Ressources Humaines » - 2003
Par Hervé Laroche
ESCP-EAP
Au pays de l'argent-roi
À propos des livres d'Émile Zola « L'Argent », 1891 et de Jean-Marie Messier (avec Yves Messarovitch) « Mon Vrai Journal », 2002
Par Dominique Jacquet
Paris X - Nanterre
Débat
Échanges virtuels : une question de confiance
Débat animé par Gérard Moatti, SOCIETAL
et mis en forme par Jean-Paul SCHAER
Commerce électronique, transactions à distance, trading : dans des domaines où la technique et le droit ne peuvent, à eux seuls, garantir la sécurité des échanges, la confiance devient une question centrale pour leur développement. Mais comment celle-ci peut-elle se construire dans un système d’échanges « virtuels » ? Qui en sont les nouveaux acteurs ? Quels en sont le statut et la crédibilité ? En s’appuyant sur des expériences de milieux diversifiés, peut-on dessiner une « architecture de confiance » favorable au développement de ces échanges ?
L'épreuve des faits
Le juge, l'économiste et l'abonné
Le cas de la tarification du dégroupage de la boucle locale du réseau téléphonique
Par Daniel Fixari
CGS, École Nationale Supérieure des Mines de Paris
Sur un dossier aussi important que celui de l’ouverture à la concurrence (le dégroupage) de la partie du réseau de France Telecom la plus proche de l’abonné (la boucle locale), on pourrait croire que les économistes ont pris le pouvoir en imposant leurs concepts théoriques, via un Bruxelles tout acquis à ces derniers. Les choses apparaissent cependant nettement plus complexes. Les autorités de régulation jouent certes un rôle de juges, procédant à de minutieuses instructions et confrontations de points de vue, mais de juges qui, à chaque arbitrage, tiennent à souligner fortement que celui-ci est provisoire et qu’il est rendu, compte tenu de l’urgence de l’action, avec une information encore incomplète. Quelles sont alors les conséquences de cet énorme travail pour l’abonné ? Et pour France Télécom et ses concurrents ? Et pour la croissance économique ? L’histoire n’est certainement pas terminée…
