Mai 2015

sommaire

Réalités industrielles

L’industrie chimique : quel avenir en France ?

Numéro complet
Ce numéro a été coordonné
par Jean-Luc VO VAN QUI

Avant-propos : La chimie : un brillant passé, un bel avenir par Bernard BIGOT,

Introduction

Par Jean-Luc VO VAN QUI
Ingénieur général des Mines, CGE, ministère de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique

L'état des lieux

À quoi sert l’industrie chimique ?

Par Rose Agnès JACQUESY
Rédactrice en chef de l’Actualité chimique (Société Chimique de France)

et Armand LATTES
Professeur émérite à l’Université Paul Sabatier de Toulouse, ancien directeur de l’École Nationale de Chimie de Toulouse et ancien président de la Société Française de Chimie (2003-2008)

Dès la plus haute antiquité, les produits de l'artisanat et de l’industrie chimique ont été à l’origine d’échanges civilisateurs entre les populations, et donc en quelque sorte de la mondialisation. Ce secteur économique français, dont la balance commerciale est largement positive, emploie 156 000 personnes dans ses 3 350 entreprises (dont près de 95 % de PME-ETI). La quasi-totalité des objets qui nous entourent (ordinateurs, automobiles, matériaux de construction, produits alimentaires, produits pharmaceutiques, matériels de sport, textiles, domaine de l’imagerie médicale, etc.) sont tributaires de la chimie… C’est l’industrie la plus réglementée qui soit et elle affiche les taux d’accidents du travail les plus bas. L’industrie chimique joue un rôle majeur dans le contrôle du changement climatique à travers les innovations qu’elle apporte en matière de « transition énergétique », que complètera bientôt la « transition matière », l’utilisation de ressources végétales en lieu et place de ressources fossiles. Quelques exemples sont donnés de l’irrigation par l’industrie chimique de divers domaines touchant à notre quotidien.

Une industrie chimique européenne à la croisée des chemins

Par Jean-Pierre CLAMADIEU
CEO de SOLVAY et président du CEFIC

L’Europe reste une région essentielle pour l'industrie chimique mondiale avec environ 17 % du chiffre d’affaires du secteur. En 2013, la chimie européenne a généré un excédent commercial de 48,7 milliards d’euros, confirmant sa contribution importante à la croissance et à l’emploi dans cette région du monde. Cependant, une étude récente publiée par Oxford Economics a confirmé le fait que la compétitivité du secteur est de plus en plus menacée par des acteurs opérant dans d’autres régions du globe. Une période prolongée de faible croissance, des coûts de l’énergie et des matières premières élevés ainsi qu’une réglementation complexe ne font plus de l’Europe une région attrayante pour les investisseurs. Si, en 2008, la majorité des investissements du secteur se faisait encore en Europe, ces investissements sont aujourd'hui réalisés dans d'autres régions du monde. La révolution du gaz de schiste aux États-Unis et une plus forte croissance économique en Asie-Pacifique créent une situation qui risque d’éroder plus encore le leadership européen. Mais cette tendance peut encore être inversée, à la condition que l’Europe améliore les conditions dans lesquelles opèrent les entreprises et qu’elle crée un environnement favorable aux innovations et aux investissements.

L’industrie chimique en France : quel avenir ?

Par Didier LE VELY
Directeur des Études économiques et internationales, Union des Industries Chimiques

Forte de sa balance commerciale de +7,4 milliards d’euros en 2014 et de 65 % des volumes exportés, la chimie est un contributeur industriel majeur à la position commerciale de notre pays. Depuis quinze ans, elle a cependant perdu en compétitivité et voit sa position menacée. Pour se renforcer, elle doit aujourd’hui agir sur deux tableaux : - restaurer ses marges notamment en lui assurant un accès à l’énergie à un coût compétitif et en adoptant des mesures visant à favoriser l’investissement productif dans son secteur, - assurer grâce aux efforts d’innovation une transition vers une chimie plus durable (sa transition énergétique et le développement de la chimie du végétal en étant les moteurs).

Heurs et malheurs de l’industrie chimique de 1981 à nos jours, en France et dans le monde : quelles leçons en retenir ?

Par Pierre AVENAS
Ingénieur en chef des mines honoraire

Les heurs et malheurs d’une industrie sont de nature à la fois technique, commerciale et sociale, avec, dans le cas de la chimie, l’importance particulière de la sécurité industrielle. À cela s’ajoutent les succès et les échecs dans les opérations de rachat entre sociétés, qui se sont multipliées à partir des années 1980 à la faveur d’une certaine dérégulation de la finance internationale. La résultante de tous ces facteurs, c’est pour certaines sociétés de la chimie en l’occurrence, un heureux développement et, pour d’autres, la décroissance voire la disparition, un malheur a priori, même si tout ou partie de ces dernières trouvent souvent chez leur repreneur de meilleures conditions de développement.

La préparation du futur

La chimie peut-elle être respectueuse de l’environnement ?

Par Jean-Marie DURAND
Adjoint à la directrice générale de la Prévention des risques du ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie

Le respect de l’environnement (à ne pas confondre avec le respect de la nature) peut se comprendre dans le contexte des installations classées pour l’environnement ou dans la perspective, plus large, du développement durable. La chimie doit être respectueuse de l’environnement et elle peut l’être dans une trajectoire asymptotique et à des conditions et avec des bénéfices que nous préciserons dans cet article. Celui-ci présente également les fondements de la réglementation et ses limites constitutionnelles, ainsi que les grands principes tels que le principe de précaution et celui de la participation du public. Nous avons retenu l’exemple des agrocarburants pour discuter du concept de chimie verte et de ses limites.

La chimie, un acteur responsable et incontournable de l’économie durable

Par Luc BENOIT-CATTIN
Directeur général Industrie, Arkema

Les accidents de l’industrie chimique sont rares, mais ils ont parfois un impact majeur. Ils marquent durablement l’opinion, qui n’a pas toujours conscience des progrès importants qui ont été réalisés depuis plus de vingt ans par les acteurs de cette filière. Confrontée à des questionnements permanents sur la sécurité de ses opérations et l’innocuité de ses produits, et plus largement aux enjeux de sa responsabilité sociétale et environnementale, la chimie est résolument engagée dans une démarche d’amélioration permanente dans les domaines précités, avec à la clef des progrès remarquables qui se mesurent certes par les engagements pris et par les importants moyens mis en œuvre, mais aussi, et avant tout, par les résultats obtenus. Mais la chimie va bien au-delà de la seule maîtrise de son empreinte environnementale en proposant des solutions innovantes incontournables pour répondre aux nouveaux défis à relever en matière de climat, d’accès à l’eau potable, d’accroissement de la population ou de nouvelles énergies. À la pointe de la technologie et au cœur de la croissance durable de notre société, la chimie est une industrie d’avenir. Les pouvoirs publics, en France et en Europe, doivent dès lors s’attacher à l’accompagner de façon adéquate en trouvant un juste équilibre entre des objectifs environnementaux légitimes et les impératifs de performance économique qu’impose la compétition mondiale.

La chimie verte et la chimie du végétal

Par Eric FIRTION
Délégué général de l’ACDV (Association nationale de la Chimie Du Végétal).

et Christophe RUPP-DAHLEM
Président de l’ACDV

La chimie du végétal a connu un essor important ces quinze dernières années. Elle est un pilier essentiel de la chimie verte en utilisant la biomasse comme matière première et en proposant des produits présentant des fonctionnalités nouvelles. La chimie du végétal est devenue une réalité industrielle à travers la concrétisation en Europe de nombreux projets générateurs d’emplois. L’accélération de son déploiement en France passera par la définition d’une véritable stratégie de la bioéconomie à l’image de ce qui a été fait dans de nombreux autres pays (États-Unis, Brésil…). Elle pourra aussi s’appuyer sur l’Association Chimie du Végétal (ACDV) qui a pour vocation de soutenir et d’accélérer le développement d’une chimie fondée sur l’utilisation de ressources végétales en France et en Europe. Pour en savoir plus : www.chimieduvegetal.com

L'industrie chimique et l'énergie : la situation en France et dans le monde

Par Virginie SCHWARZ
Directrice de l’Énergie, ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie

et Julien TOGNOLA
Sous-directeur des Marchés de l'Énergie et des Affaires sociales

Souvent énergo-intensive, l’industrie chimique est fortement dépendante des prix de l’énergie et est sensible aux différentiels de prix qui peuvent exister entre les différentes régions du monde. Ces écarts de prix concernent naturellement le gaz, mais aussi l’électricité. Au sein de l’Union européenne, les prix de l’électricité en France restent inférieurs à ceux de nos voisins sur le marché de détail, mais la situation est plus contrastée s’agissant des consommateurs électro-intensifs, qui bénéficient à la fois de la faiblesse des prix de gros dans certains pays et de mesures spécifiques visant à préserver leur compétitivité. Dans ce contexte, les pouvoirs publics français portent l’ambition de préserver l’accès à une énergie compétitive pour les consommateurs énergo-intensifs, notamment au travers des mesures concrètes prévues par le projet de loi relatif à la Transition énergétique pour la croissance verte, tout en promouvant une amélioration continue de l’efficacité énergétique.

Les prix de l’énergie et la compétitivité de l’industrie chimique européenne

Par Jacques PERCEBOIS
Professeur émérite à l’Université de Montpellier (CREDEN - UMR CNRS Art-Dev 5281)

Le développement à grande échelle du gaz de schiste aux États-Unis a permis à l’industrie chimique américaine, qui est fortement utilisatrice d’éthane, d’améliorer sa compétitivité sur les marchés internationaux, notamment par rapport à l’industrie chimique européenne qui demeure tributaire du naphta, lequel est obtenu à partir du pétrole, dont le prix est resté élevé jusqu’en 2014. La compétition existe aussi avec les chimistes du Moyen-Orient et d’Asie (en particulier avec la Chine). Des restructurations s’imposent en Europe et la baisse du prix du pétrole comme celle du cours de l’euro observées fin 2014 sont des opportunités que l’industrie chimique européenne doit saisir.

La recherche en chimie aux frontières de la connaissance

Par Dominique MASSIOT, Claire-Marie PRADIER, Jacques MADDALUNO, Jean-François TASSIN, Joël MOREAU, Mehran MOSTAFAVI, Anne IMBERTY, Pascal BREUILLES et Catherine LARROCHE
Institut de Chimie du CNRS

L’Unité Mixte de Recherche est la brique élémentaire, souple et pérenne d’un paysage de la recherche en évolution rapide. De nombreux dispositifs viennent structurer l’activité de ces équipes pour faire émerger des pôles de recherche, consolider le maillage des réseaux nationaux, identifier les points forts, mutualiser des équipements de haut niveau et promouvoir les collaborations académiques et industrielles. La diversité de l’activité des chimistes se place dans un continuum thématique dépassant les frontières disciplinaires et traversant les mondes académique et industriel. La dichotomie entre les structures disciplinaires de nos tutelles et l’affichage de défis socio-économiques par les agences de financement doivent permettre aux acteurs de mettre en œuvre des recherches de très haut niveau tout en favorisant l’émergence et la description de nouveaux concepts en rupture qui permettront de construire la chimie de demain.

Chimie et industries chimiques : les formations universitaires et professionnelles

Par Catherine BEUDON
Union des Industries Chimiques (UIC)

Jacques BOUSQUET
Délégué Fédération Gay-Lussac (FGL)

Anouk GALTAYRIES
École Nationale Supérieure de Chimie de Paris (Chimie ParisTech)

et Daniel GUILLON
École Européenne de Chimie, Polymères et Matériaux de Strasbourg (ECPM)

Lorsque l’on s’intéresse aux compétences des salariés dans un secteur d’activité tel que celui des industries chimiques, inévitablement, on s’intéresse aux formations : aussi bien à celles qui permettent d’acquérir les savoirs et les compétences dont les entreprises ont besoin qu’à celles qui permettent de les maintenir à jour, voire d’en acquérir de nouvelles. Des études sont réalisées, notamment par l’Observatoire Prospectif des Industries Chimiques (1), pour identifier ces compétences et s’assurer de l’adéquation entre les besoins des entreprises et l’offre de formations autant en formation initiale qu’en formation continue, tout au long de la vie professionnelle.

L’action du ministère de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique en faveur de la chimie

Par Marc RICO
Chef du bureau de la Chimie et des Biotechnologies, direction générale des Entreprises (DGE), ministère de l'Économie, de l’Industrie et du Numérique

Avec près de 160 000 emplois et un chiffre d’affaires de 82,4 milliards d’euros, l’industrie chimique tient une place de premier plan dans l’activité industrielle en France. Malgré ses atouts et des réussites indéniables sur certains marchés, l’industrie chimique est confrontée en France à un certain nombre de difficultés. Pour favoriser le développement de l’industrie chimique, l’action du ministère de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique porte sur les points prioritaires que sont l’accès à l’énergie à un coût compétitif, le développement des plates-formes chimiques et le soutien aux investissements industriels. Ce soutien porte également sur le développement de la chimie utilisant la biomasse comme matière première, ainsi que sur l’innovation, notamment en matière de biotechnologies. Pour la majeure partie, ces actions s’inscrivent dans le cadre de la mise en œuvre du contrat de filière Chimie-Matériaux et du Plan industriel Chimie verte et Biocarburants.

Quelques illustrations

Les mutations de l’industrie chimique en Rhône-Alpes, entre défense de l’existant et conquête de l’avenir

Par Simon-Pierre EURY
Chef du pôle Entreprises, Emploi, Économie, DIRECCTE Rhône-Alpes

et Patrice LIOGIER
Chargé de mission Développement économique, DIRECCTE Rhône-Alpes

La chimie rhônalpine, qui se caractérise par des fabrications très imbriquées et la présence de nombreux pôles d’excellence en matière de R&D, est aujourd’hui à la croisée des chemins. Confrontée à une problématique de compétitivité et à des difficultés d’entreprises ayant nécessité une action défensive et une forte mobilisation des pouvoirs publics, elle doit parallèlement construire les conditions de son avenir en région, ce qui implique une chimie qui soit à la fois plus innovante et plus verte. Le point délicat réside assurément dans l’interdépendance entre tous ces paramètres, la pérennité et la robustesse de cette industrie passant obligatoirement par le maintien d’une filière complète depuis la pétrochimie (à Feyzin) jusqu’aux applications de spécialités réparties sur le territoire régional (chimie fine, pharmacie, chimie verte, etc.), en passant par la chimie lourde présente sur les plateformes.

Le cluster chimique de Lacq : une reconversion exemplaire

Par Nicolas de WARREN
Directeur des affaires institutionnelles d’Arkema

Siège d’une fantastique aventure gazière entre 1951 et 2013, le bassin de Lacq a été le lieu privilégié de l’essor remarquable, tout d’abord d’une chimie industrielle à forte valeur ajoutée articulée autour de la thiochimie et des polymères techniques, puis, dans le cadre d’une politique résolue de reconversion-diversification amorcée très tôt, d’une chimie fine s’appuyant sur des PMI et plus récemment sur des start-ups dynamiques. En interaction forte avec un centre de recherche très fertile, ces activités industrielles s’exerçant dans un espace homogène servi par des infrastructures de qualité sont aujourd’hui constitutives de l’un des clusters chimiques parmi les plus performants d’Europe. Sa réussite ne s’est pas concrétisée par un repli sur soi mais, au contraire, le cluster a contribué, grâce à une concertation permanente entre tous les acteurs, à la diffusion d’une culture de l’excellence technologique qui fertilise désormais toute la région Aquitaine, comme l’illustre aujourd’hui sa percée dans le domaine des matériaux avancés.

Innovating the world of specialty chemicals for electronics and surface finishing

Par Nathalie BRUNELLE
Directrice Stratégie Développement Recherche de la Branche Raffinage-Chimie, Groupe TOTAL.

et Reinhard SCHNEIDER
Président-Directeur Général d’Atotech

Atotech is the leading company in the electroplating sector based on worldwide sales. It is active in the markets for electronics (printed circuits, semiconductors) and general surface treatments (automotive, construction, furnishing). Atotech has seventeen production sites worldwide, including seven in Asia, six in Europe, three in North America and one in South America. The company’s sales totaled circa 1 billion Euros in 2014, up by 7% compared to 2013, primarily due to the growth in sales of electroplating equipment for the electronics market. In 2014, Atotech successfully pursued its strategy to differentiate its products through a comprehensive service provided to its customers in terms of equipment, processes, design of facilities and chemical products and through the development of green, innovative technologies to reduce environmental footprint. This strategy relies on global coverage provided by its technical centers located near customers. Atotech intends to continue to grow in Asia, which already represents approximately 67% of its global sales. In order to strengthen its position in the electronics market, Atotech plans to increase and modernize its production capacity in Asia with two major projects in Malaysia and China. By relocating production as close as possible to its markets, these two projects are also part of its cost-cutting strategy.

La revue complète

Digital issues: abstracts

Retour en haut