Février 2007
sommaire
Réalités industrielles
Enjeux d'avenir de l'industrie nucléaire
Ce numéro a été coordonné
par Pierre AMOUYEL
Editorial
Par François Valérian
Rédacteur en chef des Annales des Mines
Le nucléaire, un des atouts maitres dans la nouvelle donne énergétique mondiale
Par Anne Lauvergeon
Présidente du directoire d'AREVA
La question énergétique est au cœur des défis d’un monde en profonde mutation : comment garantir l’accès durable à l’énergie pour tous à un prix raisonnable et dans le respect de l’environnement ? Sortie du cadre étroit de la discussion entre spécialistes, cette question occupe maintenant le devant de la scène politique et médiatique. Il n’y a évidemment pas UNE mais DES réponses. La raréfaction et la hausse du coût des énergies fossiles, la nécessité de sécuriser les approvisionnements et de réduire les émissions de gaz à effet de serre doivent nous conduire à faire preuve de réalisme. Voilà pourquoi le nucléaire a toute sa place dans la nouvelle donne énergétique mondiale. L’industrie nucléaire en général, et son leader AREVA en particulier, sont aujourd’hui prêts à contribuer, dans la transparence la plus totale, à la construction d’une politique énergétique équilibrée, sûre et durable.
Edf et la production nucléaire : les clés d’une réussite industrielle
Par Bernard Dupraz
Directeur général adjoint, Production et Ingénierie
et Laurent Joudon
Directeur adjoint "Economie et Stratégie de la Production"
Dans le cadre d’une politique énergétique française claire et constante, EDF a réussi le programme nucléaire grâce à la standardisation et à ses compétences d’architecte ensemblier, mais aussi parce qu’elle avait déjà effectué les bons choix industriels. Au-delà de l’exploitation performante – la sûreté avant tout – d’un parc de 58 tranches, l’enjeu se tourne à présent vers la durée de vie de celles-ci et la préparation de leur remplacement. Le réacteur EPR a été développé dans ce but depuis quinze ans ; sa tête de série, Flamanville 3, est engagée. Ainsi pérennisé, le savoir-faire d’EDF devient un atout d’autant plus fort que le crédit économique et politique du nucléaire s’accroît mondialement.
Les déchets radioactifs
Par Marie-Claude Dupuis
Directrice générale, Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra)
Autrefois activité marginale au sein du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), la gestion des déchets radioactifs est devenue en près de 40 ans une composante à part entière du cycle électronucléaire. Les résultats de 15 années de recherches synthétisées dans le dossier 2005 remis par l’Agence nationale de gestion des déchets radioactifs (Andra) au gouvernement font désormais référence au-delà de nos frontières. En élargissant son champ de compétences, la loi du 28 juin 2006 reconnaît les progrès accomplis et la qualité des résultats acquis par l’Andra et spécifie les développements pour les années à venir, avec l’objectif d’apporter des solutions à la gestion de toutes les formes de déchets radioactifs.
La R&D sur les filières nucléaires actuelles et futures : enjeux et perspectives
Par Philippe Pradel
Directeur de l'Energie nucléaire, Commissariat à l'énergie atomique
Indépendance énergétique et défense, impératifs économiques et exigences renforcées en matière de sûreté, enfin adaptation aux critères du développement durable : l’évolution technologique des filières nucléaires a été dictée par le contexte politique, économique et sociétal. Aujourd’hui, la R&D nucléaire répond à deux types d’objectifs : optimiser le fonctionnement et la durée de vie des centrales de 2e génération et mener les études nécessaires au développement des réacteurs à eau de 3e génération pour les vingt à trente prochaines années ; pour le plus long terme, élaborer les systèmes nucléaires de 4e génération qui répondront mieux aux exigences d’un développement durable à l’horizon 2040. L’un des principaux enjeux : garder à notre industrie nucléaire sa place de leader sur la scène internationale, ce qui appelle à optimiser la coopération entre partenaires français de la recherche et de l’industrie comme à démultiplier l’effort national par la coopération internationale.
L’industrie nucléaire : les grands enjeux pour la France en termes de politiques industrielle, énergétique et environnementale
Par Florence Fouquet
Sous-directrice de l'industrie nucléaire au ministère de l'Economie, des Finances et de l'Industrie (de janvier 2007 à août 2006)
Cyrille Vincent
Sous-directeur de l'industrie nucléaire au ministère de l'Economie, des Finances et de l'Industrie (depuis septembre 2006)
et Francis Iglésias
Chargé de mission à la sous-direction de l'industrie nucléaire au ministère de l'Economie, des Finances et de l'Industrie
La France figure désormais au 2e rang des producteurs mondiaux d’électricité nucléaire et au 1er rang en Europe. Grâce à son parc nucléaire, elle dispose de l’un des taux les plus bas d’émission de CO2 par habitant et par unité de PIB dans l’Union européenne. Enfin, le nucléaire représente un véritable succès industriel : il emploie plus de 110 000 personnes en France et AREVA est devenu l’un des leaders mondiaux dans le cycle du combustible nucléaire ainsi que pour la conception et la fabrication de centrales. Les récentes dispositions législatives amènent de nouveaux défis qui contribueront à asseoir durablement l’avance technologique de notre pays : engagement volontariste pour le développement des systèmes nucléaires du futur, rendez-vous parlementaire en 2015 avant l’ouverture d’un centre de stockage en couche géologique profonde, poursuite des travaux de recherche selon des modes de financement sécurisés …
L’autorité de sureté nucléaire, autorité administrative indépendante
Par André-Claude Lacoste
Président de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), autorité administrative indépendante
L’ASN assure, au nom de l’Etat, le contrôle de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France pour protéger les travailleurs, les patients, le public et l’environnement des risques liés au nucléaire et elle contribue à l’information des citoyens dans ces domaines. L’ASN, les femmes et les hommes qui la composent, assurent la mission qui leur est confiée dans le respect de quatre valeurs : la compétence, l’indépendance, la rigueur et la transparence. L’ambition de l’ASN est d’assurer un contrôle du nucléaire performant, légitime, impartial et crédible qui soit reconnu par les citoyens et constitue une référence internationale. L’ASN bénéficie des travaux d’expertise de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN).
L’industrie nucléaire et le débat public
Par Yves Mansillon
Président de la Commission nationale du débat public
Les grandes décisions concernant la filière nucléaire ont été prises, entend-on dire souvent, sans une information et une consultation suffisantes de la population. Le débat public a été créé par les lois de 1995 et 2002 pour assurer l’information et permettre l’expression de la population sur les projets d’équipement d’intérêt national ; la responsabilité de décider et d’organiser un débat public est confiée à une autorité administrative indépendante, la Commission nationale du débat public. En l’espace de deux ans, elle a été saisie de cinq dossiers relevant de la filière nucléaire ; par leur contenu, par leur existence même, les débats publics qui ont eu lieu constituent une novation fondamentale par rapport aux pratiques antérieures.
Les français et les déchets nucléaires
Par Philippe d’Iribarne
Directeur de Gestion et Société, Directeur de recherche, CNRS
Les réactions des Français à l’égard des déchets nucléaires sont souvent qualifiées d’irrationnelles, Quand on les interroge longuement, il apparaît, certes, que, pour la plupart, ils n’ont qu’une connaissance fort sommaire des aspects techniques de la question et font largement appel à des représentations mythiques. Mais, pour se faire un point de vue, ils s’appuient également sur des éléments de sagesse des nations, sur une expérience des hommes et sur des réflexions éthiques dont les experts gagneraient à tenir compte.
Du cachalot au tritium
Par Jacky Bonnemains
Président de Robin des Bois, Association de protection de l'Homme et de l'environnement
Des bougies à l'huile de baleine à la fission de l'uranium et à la fusion des atomes, il n'y a que 150 ans d'agitations et d'innovations humaines. Dans ce laps de temps, l'humanité en quête d'éclairage, de chauffage et de voiturage a très sérieusement entamé les autres stocks fossiles et végétaux que sont le charbon, le pétrole, la tourbe et le bois. L'énergie nécessaire à la protection de l'Homme contre le froid et le chaud, à ses transports, à son éclairage et à ses autres conforts est un problème majeur et constant qui, depuis l'avènement de l'ère industrielle et consumériste, met en péril l'environnement marin, terrestre et atmosphérique.
L’énergie nucléaire au Royaume-Uni
Par David King
Chief Scientific Adviser to the UK Government
Dans le livre blanc de 2003 sur l’énergie, le Gouvernement britannique s’est engagé à réduire ses émissions de gaz carbonique de 60 %, c’est-à-dire de passer d’environ 150 millions de tonnes par an actuellement à 60 millions de tonnes pour 2050. Un objectif qui implique d’exercer de fortes pressions dans tous les secteurs, sans exception, mais surtout de développer l’option nucléaire, avec le renouvellement du parc actuel, mais aussi la construction d’ici trente cinq ans, grâce au projet ITER, de centrales à fusion.
Les nouvelles perspectives de la politique énergétique au Royaume-Uni
Par Malcolm Grimston
Honorary Senior Visiting Research Fellow at Imperial College London, Fellow of the Royal Institute of Foreign Affairs (Chatham House)
Pendant une décennie, le Royaume-Uni avait vu ses émissions de gaz à effet de serre décroître, ce qui lui avait permis de prendre le rôle de leader dans les négociations internationales sur le changement climatique. Puis on fut bien embarrassé de constater que les émissions carbonées avaient repris et augmenté de presque 5 % de 1999 à 2004, à la suite de la fermeture des centrales nucléaires, mais aussi d’un plus grand recours au charbon, dû à la hausse du prix du gaz. Pourtant, lors de la publication du livre blanc de 2003, la construction de nouveaux réacteurs nucléaires paraissait tout au mieux une possibilité lointaine, et encore. A la suite de la dernière réévaluation de la politique énergétique, le Gouvernement britannique, dans un rapport publié en juillet 2006, fit montre d’un revirement spectaculaire en affirmant que de nouvelles centrales nucléaires auraient des effets économiques bénéfiques en termes de réduction des émissions de carbone et de sécurité d’approvisionnement.
L’énergie nucléaire aux États-Unis
Par Richard Meserve
Senior of Counsel chez Covington & Burling, et président de la Carnegie Institution of Washington
L’énergie nucléaire est en train de renaître aux Etats-Unis. En effet, alors qu’aucune nouvelle centrale n’avait été commandée ni achevée depuis 1973, la Commission régulatrice du nucléaire (Nuclear Regulatory Commission, NRC) vient d’annoncer que des sociétés productrices d’électricité avaient l’intention de déposer prochainement une demande de licences pour la construction et l’exploitation d’au moins 29 nouvelles centrales. Cet article a pour objet de décrire le contexte dans lequel ont été prises ces décisions ainsi que les obstacles et les préoccupations liées à cette nouvelle vague de construction, et d’évaluer les perspectives d’une électricité d’origine nucléaire aux Etats-Unis.
Avons-nous un avenir commun en matière énergétique ?
Par Bjorn Stigson
Président, World Business Council for Sustainable Development
Le World Business Council for Sustainable Development (WBCSD) est un groupement de 190 entreprises internationales qui préconisent un développement économique durable reposant, notamment, sur la mise en place d’une combinaison optimisée de solutions pour résoudre l’enjeu énergétique, tout en combattant le changement climatique. En plus d’efforts significatifs dans l’efficacité énergétique, les économies d’énergie, et le développement de technologies innovantes et à faible intensité en carbone, il est donc essentiel d’avoir un mix énergétique équilibré permettant de maximiser les atouts respectifs des différentes sources d’énergie. Les politiques publiques doivent organiser et soutenir la R&D de telle manière que toutes les options intéressantes puissent être explorées et que les solutions soient mises à temps sur le marché. Il y a là un domaine privilégié pour des partenariats public-privé, particulièrement pour ce qui concerne la construction de prototypes ou la réalisation de démonstrateurs dans le secteur de l’énergie nucléaire.
Hors dossier
Les horizons temporels de l’entreprise
Les ingénieurs-élèves de l’Ecole nationale supérieure des Mines de Paris, promotion 2004 Le temps dans l’entreprise est à la fois un thème vaste qui mobilise les réflexions des théoriciens du management et un sujet de discussion qui suscite toutes sortes de commentaires échangés à l’occasion des pauses café comme des repas d’affaire. Petit tour d’horizon de quelques-unes de ces idées reçues rapportées par la nouvelle promotion 2004 au cours de son premier stage long…
La gestion du risque humain : de la difficulté de disposer de signaux et d’indicateurs. Des procédures a la réflexivité
Par Cécile Banon
Sociologue, responsable d'études et de diagnostics sociologiques dans une grande organisation de type public
Olivier Guillaume
Sociologue, ingénieur chercheur au Département management des risques industriels de EDF-R&D
et Gilles Deleuze
Ingénieur, ingénieur chercheur au Département management des risques industriels de EDF-R&D
La société contemporaine, qualifiée de plus en plus souvent de « société du risque », met en place un grand nombre de dispositifs de contrôle. Dans les organisations, ces dispositifs passent souvent par la création de réglementations, de règles et de procédures. Mais cette solution n’engendre-t-elle pas des risques supplémentaires si ces règles et procédures sont mal appliquées, voire pas du tout ou de façon inappropriée par les acteurs ? C’est ce que nous désignons dans cet article sous le terme de « risque humain » circonscrit aux problèmes que l’application des règles engendre dans une situation de travail et qui intime de renouveler la conception de la gestion des risques en organisation.
Trop de pétrole !
Energie fossile et réchauffement climatique
Recension par Jean-Pierre Dupuy
professeur à l’École Polytechnique
Recension
Par Jean-Pierre Dupuy
professeur à l’Ecole Polytechnique
