Mai 2024

sommaire

Réalités industrielles

L’industrie aéronautique face aux défis de la concurrence et du changement climatique

Numéro complet
Ce numéro a été coordonné
par Stéphane MOLINIER

Préface

Par de Grégoire POSTEL-VINAY
Ingénieur général des mines, Rédacteur en chef des Annales des Mines

Introduction

Par de Stéphane MOLINIER
Ingénieur général des mines et membre du Conseil général de l’Économie

Les marchés et l’impact des réglementations

Les défis de la croissance du trafic et de la transition écologique

Par Damien CAZÉ

L’année 2023 a confirmé le rebond du trafic aérien depuis son arrêt brutal en mars 2020 causé par la crise sanitaire. Le retour annoncé à son niveau prépandémique n’a fait qu’accroître les critiques des détracteurs du transport aérien qui l’accusent d’être un des principaux contributeurs au dérèglement climatique. Des progrès technologiques considérables ont pourtant été accomplis pour construire des aéronefs dont la consommation de carburant par passager kilomètre transporté et les émissions de CO2 associées soient réduites de l’ordre de 80 % par rapport aux aéronefs des années 1960. Aujourd’hui, le transport aérien représente à l’échelle mondiale 2,5 % des émissions de CO2 d’origine humaine. Face à la croissance continue du trafic dans les prochaines décennies, le secteur aérien se mobilise pour atteindre son objectif de zéro émission nette en 2050. L’Organisation de l’aviation civile internationale a défini une stratégie globale ; le Pacte vert de l’Union européenne inclut un objectif intermédiaire de réduction des émissions de CO2 de l’aviation de 55 % en 2030 ; et la France s’est dotée d’une feuille de route pour les carburants d’aviation durables, et ambitionne de concevoir l’avion bas carbon e.

Prospective des marchés mondiaux de l’aéronautique, décarbonation et stratégie d’Airbus

Par Guillaume FAURY

La pandémie de Covid-19 a créé une crise sans précédent pour le transport aérien mondial, menant de nombreux observateurs à penser que l’aviation ne retrouverait jamais la croissance des années passées, et qu’elle pourrait même connaître un certain déclin. C’était oublier que le transport aérien est devenu un bien irremplaçable de nos sociétés modernes, transportant des biens et reliant les personnes, les cultures et les territoires, autant de facteurs de développement et de progrès. Ainsi, à la suite de mesures sanitaires strictes, le transport aérien a pu retrouver progressivement son niveau de 2019, avec une croissance qui semble désormais repartir à un rythme de l’ordre de 3,6 % par an. Cette forte demande met sous tension les chaînes de production d’Airbus et de ses sous-traitants, affaiblis par la crise. Mais le principal enjeu est d’assurer une croissance durable du transport aérien, compatible avec les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat. C’est le défi que s’est donné Airbus avec l’ambition d’être le pionnier d’une aviation totalement décarbonée grâce à des avions de plus en plus performants en termes d’émissions, à des technologies de rupture, comme l’avion à hydrogène, et au recours massif aux carburants durables. Et ce, pour une aviation durable, mais aussi un monde plus sûr et plus uni.

La réglementation, la certification et leurs effets

Par Luc TYTGAT

L’article traite des défis et des efforts de transformation nécessaires dans l’industrie aéronautique pour faire face à la concurrence et au changement climatique. Il souligne la nécessité pour l’industrie d’adopter des carburants d’aviation durables (SAF) et d’explorer les technologies d’avions électriques, hybrides et à hydrogène pour réduire les émissions de carbone. Le "Green Deal" de l’Union européenne et des initiatives comme "ReFuelEU Aviation" sont mentionnés comme stratégies clés pour décarboner l’aviation en encourageant l’intégration des SAF. L’Agence européenne de la sécurité aérienne (EASA) joue un rôle crucial dans la supervision de cette transition, assurant la sécurité et adaptant les cadres réglementaires pour soutenir l’innovation et la durabilité environnementale. La collaboration entre les parties prenantes de l’industrie, les institutions de recherche et les organismes réglementaires est soulignée comme essentielle pour atteindre un avenir neutre en carbone dans l’aviation.

Air Traffic Management

Par Raúl MEDINA
Director General, EUROCONTROL

This paper provides a high-level overview of some of the principal challenges facing Air Traffic Management (ATM). It explains that air traffic control is a natural monopoly that nevertheless facilitates competition among the various actors in the air transport industry. ATM provides airspace capacity to meet traffic demand. The paper provides the latest historical and forecast air traffic statistics, confirming that it will take seven years for European air traffic to fully recover from the pandemic. Airspace capacity must be provided in a safe, secure, cost-efficient, and sustainable manner to meet demand. Doing so is complex and becomes particularly challenging in the face of external events, such as Russia’s invasion of Ukraine, whose impact on ATM is described. The long-term challenges of the decarbonization and digitalization of ATM are addressed, as well as the impact of Artificial Intelligence (AI), with some examples provided of how ATM is adapting.

Le développement du trafic aérien, les compagnies aériennes et les effets de leur concentration

Par Pierre CAVÉ

Avec une croissance du PIB monde fortement corrélée à celle du trafic aérien, l’année 2023 rattrape le niveau du trafic 2019 en nombre de passagers. Les dynamiques de reprise restent contrastées selon les zones géographiques : l’Europe se démarque par une reprise portée par les pays d’Europe du Sud ; l’Amérique du Nord affiche un trafic pré-crise quasi retrouvé ; l’Asie-Pacifique reste une zone dynamique représentant un tiers du trafic mondial. Pour autant, les compagnies aériennes n’ont pas retrouvé la marge nette qu’était la leur avant la crise sanitaire. Côté production aéronautique, Airbus conserve son statut de leader pour la cinquième année consécutive, malgré des délais de production importants. Sur le long terme, le trafic devrait poursuivre sa croissance avec des défis environnementaux à relever, couplée à une évolution des clientèles pré-Covid.

Décarbonation de l'aérien et nouveau paradigme économique

Par Augustin de ROMANET

Depuis les années 1970, le secteur du transport aérien a connu une formidable croissance que seule une crise sanitaire d’ampleur mondiale, en 2020, a ralenti. La pandémie n’est cependant pas l’unique facteur de la remise en cause profonde du secteur aujourd’hui : depuis quelques années déjà, l’inquiétude concernant le réchauffement climatique s’est emparée de l’opinion publique, et l’aérien est devenu le bouc-émissaire idéal. Si le jugement est sévère, il a le mérite d’avoir considérablement accéléré l’engagement des acteurs de l’aérien dans la lutte contre le changement climatique. Depuis 2019, les mesures de réduction de son empreinte carbone se sont multipliées : renouvellement des flottes, amélioration des opérations, déploiement de technologies de rupture, recours aux carburants d’aviation durables…. Acteur majeur de ce mouvement profond de transformations, le Groupe ADP a adopté une ambitieuse feuille de route pour répondre à un défi d’ampleur : demeurer un acteur central de la mobilité, mais d’une mobilité raisonnée et surtout décarbonée.

La décarbonation de la filière et les actions pour la compétitivité

L’action de la DGE en faveur de la filière aéronautique

Par Thomas COURBE

Encore en recomposition après la crise provoquée par la pandémie, le secteur aéronautique français fait face à un triple défi de transition écologique, d’innovation et de réduction de ses dépendances. Face à chacun de ces défis, la Direction générale des entreprises (DGE) accompagne le secteur, dans le cadre de la politique de réindustrialisation portée par le plan France Relance et le plan d’investissement France 2030. L’accompagnement déployé à l’occasion de la crise sanitaire a ainsi permis d’initier une dynamique de transformation du secteur, en accélérant la modernisation de l’outil de production, des sous-traitants aux grands donneurs d’ordre. Nous poursuivons notre action auprès de la filière par un soutien à l’innovation, la sécurisation des approvisionnements critiques et la constitution de la chaîne de valeur de l’avion décarboné en France.

ATR dessine aujourd’hui la connectivité responsable de demain

Par Nathalie TARNAUD LAUDE

Avec la mondialisation, l’aviation a pris une place prépondérante dans les activités économiques mondiales. Garante de l’accessibilité des zones les plus reculées, l’aviation régionale contribue à la cohésion territoriale, et ouvre des perspectives de développement économique pour les territoires. Alors que le changement climatique nous oblige à repenser complètement nos modes de vie, l’avion est souvent lourdement remis en cause pour sa contribution aux émissions de gaz à effet de serre. Qu’en est-il vraiment s’agissant de l’aviation régionale ? Quels sont les défis et perspectives de cette aviation unique en son genre ? Leader mondial de l’aviation régionale, ATR a adopté une approche à la fois ambitieuse et réaliste pour maintenir une connectivité régionale responsable.

L’aviation générale, laboratoire de la décarbonation du transport aérien

Par Didier KAYAT

Septième avionneur au monde en aviation générale et d’affaires, Daher, héritier de la légendaire société Morane-Saulnier créée en 1911, est le plus ancien avionneur au monde encore en activité. Fort de cet esprit pionnier, Daher s’inscrit aujourd’hui dans une démarche volontariste, pour décarboner ses propres avions et contribuer de manière significative aux objectifs de décarbonation de ses clients avionneurs et motoristes.

La propulsion hydride pour des VTOL une solution qui associe performance et faibles émissions

Par Jean-Christophe LAMBERT

Pour atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050, avionneurs, grands industriels et start-up du secteur de l’aéronautique se mobilisent pour développer l’avion plus durable. Parmi les solutions retenues : le VTOL (vertical take-off and landing), un aéronef à décollage et atterrissage vertical qui se positionne en alternative à l’hélicoptère et sur des nouvelles mobilités aériennes régionales. Avec une motorisation hybride électrique, il permet de réduire les émissions de carbone et le bruit, et offre une portée de 400 km. Au-delà de l’usage de cet avion-hélicoptère, c’est un formidable catalyseur technologique pour la décarbonation du secteur.

Les défis de la propulsion aéronautique décarbonée

Par Thibaud NORMAND et Éric DALBIES

L’engagement du secteur aérien d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 suppose un effort sans précédent sur l’efficacité énergétique des avions, en complément de l’usage des carburants durables. Ce défi est à l’origine d’un foisonnement d’innovations en cours dans le domaine de la propulsion aéronautique. La propulsion électrique ou hybride, sous des formes variées, va irriguer tous les segments aériens : l’aviation générale sert ainsi de terrain d’expérimentation pour des technologies qui contribueront à réduire la consommation des prochains moteurs d’avions commerciaux. D’un point de vue climatique, l’enjeu principal réside dans la propulsion de la prochaine génération d’avions court-moyen-courriers, succédant à l’Airbus A320neo et au Boeing 737 MAX. Safran et son partenaire GE Aerospace s’y préparent au travers du programme technologique RISE, qui recouvre le développement de nombreuses innovations de rupture et permet d’initier la mobilisation de toute la filière.

Les hélices de forte puissance : des solutions performantes pour une aviation décarbonée

Par Jean-François CHANUT

Longtemps tapis dans l’ombre de l’aviation à réaction, plus rapide et synonyme de renouveau à la sortie de la Seconde Guerre mondiale, les turbopropulseurs sont en passe de faire leur retour sur le devant de la scène aéronautique, dans un contexte de décarbonation du secteur et plus largement des engagements pris vis-à-vis de l’environnement. Ils ont effectivement de nombreux avantages à faire valoir dans les profils de missions qui leur sont le plus adapté que ce soit dans l’aviation commerciale ou le militaire. L’entité Ratier-Figeac de Collins Aerospace, implantée au cœur du département du Lot, investit depuis des dizaines d’années dans l’amélioration des systèmes hélices de forte puissance, tant sur l’amélioration des appareils existants que sur l’architecture des plateformes du futur. Aérodynamisme, efficacité, confort, fiabilité, réparabilité ou encore recyclabilité, tous les aspects de la vie d’une hélice sont optimisés pour réduire l’impact des systèmes sur l’environnement tout en garantissant aux opérateurs les meilleurs coûts d’opération. En plus de réduire l’impact des équipements qu’elle fabrique, l’entreprise est engagée dans la réduction de son empreinte environnementale locale, via notamment la transformation des infrastructures ou la mobilité douce.

La filière industrielle aéronautique et spatiale en route vers une aviation décarbonée

Par Frédéric PARISOT

Si le transport aérien n’est responsable que d’environ 2,5 % des émissions de CO2 d’origine humaine, le sujet doit néanmoins être traité pour que le transport aérien reste accessible au plus grand nombre, en toute sécurité. Les industriels de l’aéronautique, fédérés par le GIFAS, sont engagés dans la voie de la réduction de cet impact environnemental pour atteindre la neutralité carbone en 2050. Les acteurs du secteur, industriels, compagnies aériennes et aéroports, ont décidé de relever ensemble le défi de la décarbonation, en étant le premier secteur à avoir pris au niveau mondial des engagements précis et ambitieux en ce sens. La décarbonation constitue ainsi une nouvelle révolution dans l’histoire de l’aviation, et s’appuie sur différents leviers complémentaires dans le temps, détaillés ici. C’est la capacité d’innovation du secteur qui permettra à l’aviation de se décarboner et d’être un moyen de transport sûr, accessible à tous, et durable.

Aerospace Valley et la mobilité aérienne légère décarbonée

Par Philippe LAGARDE

En matière d’aviation décarbonée, Aerospace Valley a pris le pari que le développement de technologies à l’échelle de l’aviation légère, régie par la certification CS23, sera plus rapide avec des entrées en service dans les prochaines années, et servira donc de tremplin à l’aviation commerciale (CS25) décarbonée, dont les premières réalisations n’apparaitront que lors de la prochaine décennie. La grande majorité des aéronefs actuellement en service ont été produits dans les années 1970 ; la flotte est donc vieillissante, et la question se pose de son renouvellement. Rendre l’aviation légère plus écoresponsable et mieux acceptée par les citoyens, c’est aussi ouvrir la voie à de nouveaux usages. Cela est d’autant plus vrai que les coûts d’exploitation visés par les fabricants sont drastiquement diminués (d’un facteur 4) par l’introduction de nouvelles technologies. Ainsi, le remplacement de la flotte existante et le défi de la formation des futurs pilotes montrent l’existence d’un marché significatif pour peu que les nouveaux appareils soient climatiquement vertueux. Par ailleurs, de nouveaux marchés sont envisageables grâce à la forte densité européenne d’aérodromes et d’aéroports, qui permet de nouveaux usages pour du transport de passagers ou de fret, ainsi que le désenclavement de certains territoires. Plusieurs technologies liées à la propulsion concourent à la décarbonation de l’aviation légère : électrique, hybride électrique, pile à combustible… Elles sont complémentaires, et beaucoup de paramètres interviennent quant à leur choix. Le développement de réponses adaptées aux petits terrains d’aviation générale est un prérequis au succès de l’aviation légère. Là aussi, Aerospace Valley a son rôle à jouer par la mise en relation et la fédération de tout l’écosystème !

Les ruptures technologies en réponse à la décarbonation du transport aérien

Airbus pionnier d’une aviation durable, pour un monde ouvert et respectueux de l’environnement

Par Alain DE ZOTTI et André BOURDAIS

Être une source d’inspiration est profondément ancré dans l’ADN d’Airbus, et aujourd’hui notre objectif est d’être le pionnier de l’aérospatiale durable, pour un monde sûr et solidaire. Depuis plus de cinquante ans, nous valorisons l’innovation pour réduire l’empreinte environnementale de nos produits et de nos activités. Un effort considérable a été fait pour promouvoir le renouvellement des flottes au sein des compagnies aériennes vers des avions de nouvelle génération plus performants, économes en carburant et respectueux de l’environnement. Nous nous attachons à développer et porter à maturité les technologies nécessaires à la décarbonation, notamment avec des évolutions en matière thermopropulsive des moteurs, ou plus révolutionnaire comme l’utilisation de l’hydrogène ; des essais en vol seront bientôt effectués sur l’un de nos avions d’essai. Un autre levier important est l’utilisation grandissante des carburants d’aviation durables pour atteindre les objectifs de réduction des émissions carbone du transport aérien d’ici à 2030. Un partenariat stratégique a d’ailleurs été récemment signé entre Airbus et TotalEnergies afin d’accélérer leur déploiement ; ce carburant fourni par TotalEnergies devrait permettre de réduire jusqu’à 90 % les émissions de CO2 sur l’ensemble du cycle de vie, en comparaison de leur équivalent fossile. Enfin, « être pionnier dans l’aéronautique durable » signifie, pour nous, assumer notre responsabilité en tant que leader reconnu de notre industrie, pour créer une valeur à long terme pour nos parties prenantes et pour la société. Notre ambition comprend des engagements forts pour réduire nos impacts environnementaux et notre empreinte écologique, en adoptant une perspective de cycle de vie. Cette responsabilité environnementale commence dès la phase de conception, se poursuit durant le processus de fabrication et après la livraison, ainsi que dans le quotidien de chaque salarié, dans nos opérations industrielles et celle de notre chaîne d’approvisionnement. Toutes ces évolutions technologiques majeures et cette transformation de notre entreprise font d’Airbus un acteur majeur dans la société, avec des défis passionnants et stimulants à relever.

CORAC : Conseil pour la Recherche aéronautique civile

Par Pierre MOSCHETTI

La filière aéronautique civile française est reconnue mondialement pour son excellence technologique et industrielle. Cependant, elle fait face à des défis majeurs, notamment la réduction de son empreinte environnementale et de sa dépendance aux combustibles fossiles. C’est pour répondre à ces défis qu’a été créé en 2008 le modèle original du CORAC, organe de concertation État-industrie dédié à la mise en place du programme national de recherche de la filière, maintes fois imité depuis, en France dans d’autres secteurs industriels (espace, automobile, etc.) mais également à l’étranger. Sa force est celle d’un collectif efficace et créatif, en capacité d’entraîner toute une filière dans une démarche continue et concertée d’innovation. Le CORAC rassemble toutes les parties prenantes, institutionnels et industriels du transport aérien et de la construction aéronautique, pour les orientations majeures de la filière en matière d’innovation, de décarbonation et de soutien public.

La décarbonation de l’aviation passe par la recherche !

Par Bruno SAINJON

L’Office national d’études et de recherches aérospatiales (ONERA), comme l’ensemble de la filière aéronautique, n’a pas attendu ces dernières années pour travailler à réduire l’impact environnemental de l’aviation. Depuis les années 1960, le gain d’efficacité des avions au fil des décennies est estimé à 80 %. Acteur central de la recherche aéronautique, spatiale et de défense, l’ONERA sous tutelle du ministère des Armées, est aussi l’expert étatique auprès d’organismes officiels comme la DGAC (direction générale de l’Aviation civile), notamment sur le sujet de la décarbonation, et impliqué dans de nombreux projets européens dans le cadre de «Clean Aviation» (Horizon Europe). L’ONERA est au cœur de la filière aéronautique française, européenne et internationale, partenaire des principaux industriels, au premier rang desquels figurent Airbus, Dassault, Safran ou encore Thales. Il dispose de moyens d’essais uniques au monde, indispensables au développement de la décarbonation de l’aviation.

Les Carburants d’aviation durables

Par Florence DELPRAT-JANNAUD, Jean-Philippe HÉRAUD et Julie LHOMME-MAUBLANC

Les carburants d’aviation durables (CAD) sont un levier incontournable pour la décarbonation du transport aérien, qu’il s’agisse de biocarburants durables produits à partir de résidus et déchets n’entrant pas en conflit avec un usage alimentaire, ou d’électro-carburants produits à partir de CO2 et d’H2. Ils présentent non seulement une opportunité pour réduire les émissions de CO2 et accroître la souveraineté énergétique, mais ils offrent aussi de nouveaux débouchés aux filières agricoles et sylvicoles en valorisant des déchets. Si les filières de production des CAD sont aujourd’hui en déploiement, il reste des défis à relever pour atteindre les cibles fixées par la réglementation. Avec une industrie aéronautique leader mondial, des technologies de production de carburants bas carbone développées par des acteurs français et des ressources lignocellulosiques en grande quantité, la France dispose de nombreux atouts pour être un acteur de référence des CAD.

Les défis de l’électrification

Par Thomas DELSOL, Lionel BOURGEOIS, Denis DESCHEEMAEKER et Magali VAISSIERE

Dans une déclaration de l’Air Transport Action Group (ATAG) publiée en 2022, l’industrie aéronautique s’est engagée à ce que « les émissions nettes de carbone des vols de l’aviation civile internationale soient nulles d’ici 2050, grâce à l’accélération des mesures d’amélioration de l’efficacité, de la transition énergétique et des innovations dans l’ensemble du secteur et en partenariat avec les gouvernements du monde entier ». Le projet emblématique de R&T FILAE « FILière Aéronautique Électrique », porté par les instituts de recherche technologique (IRT) français, s’inscrit dans cette dynamique de décarbonation en s’attaquant aux verrous technologiques clés de l’électrification de l’aviation. key technological barriers to the electrification of aviation.

L’avion à hydrogène ZEROe: défis technologiques et impacts sur l’écosystème

Par Karine GUÉNAN

L’aviation, symbole de mobilité et de rapprochement, doit réinventer son futur, pour répondre aux exigences de neutralité carbone d’ici 2050. L’hydrogène se présente comme une solution d’avenir pour la décarbonation de nombreuses industries. Cependant, son adoption dans l’aéronautique nécessitera des avancées majeures, de la production et distribution à grande échelle d’hydrogène vert, alimentées par les énergies renouvelables, à la conception de réservoirs cryogéniques sécurisés, en passant par l’adaptation des équipements et infrastructures aéroportuaires. Airbus se positionne en champion de cette transition, collaborant avec des partenaires, leaders mondiaux dans leur domaine respectif, pour concrétiser son ambition. Les concepts novateurs de l’avion à hydrogène ZEROe, propulsé par des piles à combustible ou des moteurs à combustion d’hydrogène, promettent une réduction significative des émissions de CO2. L’objectif est clair : transformer l’industrie aéronautique, pour un avenir plus durable, sûr et uni.

L’hybridation électrique au service de la décarbonation de l’aviation

Par Régine SUTRA-ORUS et Dr Christophe VIGUIER

L’industrie du transport aérien est résolument engagée dans une trajectoire de décarbonation qui la mènera à la neutralité carbone en 2050. Depuis l’avènement de la propulsion à réaction, l’accroissement d’efficacité énergétique des avions de transport a été considérable, et pour une large partie portée par les technologies des systèmes propulsifs. Les technologies de propulsion thermique comportent encore une marge de progression, mais désormais celles-ci doivent être complétées d’une action renforcée sur tous les autres leviers à disposition : introduction de concepts disruptifs réduisant encore la consommation par le recours, notamment, à l’électrification ; optimisation des opérations en vol ; recours à des carburants substitutifs aux hydrocarbures fossiles. L’action de Safran s’étend à tous ces axes en simultané, mais nous développerons dans cet article quelques challenges auxquels faire face dans le cadre d’une plus grande électrification, en particulier l’hybridation électrique des moteurs.

Réduire la consommation énergétique des avions

Par Alain CASSIER

Comme tous les secteurs de l’économie, le transport aérien doit faire face aux défis de la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Dans ce cadre, il doit absolument trouver les moyens de limiter sa consommation d’énergie ; et pour éviter que celle-ci ne soit obtenue qu’au travers d’une limitation du trafic, il n’a d’autre choix que d’augmenter son efficacité en termes d’énergie par passager et par kilomètre parcouru. Cette amélioration de l’efficacité énergétique peut être recherchée au niveau de l’utilisation des avions (optimisation des routes, du remplissage des avions, de la gestion du trafic), mais surtout au niveau de l’efficacité énergétique de l’avion lui-même (c’est-à-dire en réduisant l’énergie qu’il consomme pour voler). Les principaux programmes de recherche en cours actuellement portant sur la réduction de consommation des avions en Europe et aux États-Unis sont «Clean Aviation», porté par la Commission européenne, «Transonic Truss Braced Wing» soutenu par la Nasa, et «Jetzero Z5 BWB» par l’US Air Force. Nous analysons dans cet article les évolutions de la conception de la cellule de l’avion qui pourraient en résulter, et les gains d’efficacité énergétique correspondants.

« Cybersécuriser » l'aviation, un enjeu essentiel

Par Yannick ASSOUAD

Nous vivons dans un monde de plus en plus connecté, et l’aviation ne fait pas exception. Que ce soit dans le cockpit, dans la cabine ou au sol, la connectivité apporte une toute nouvelle dimension à la sécurité des vols, à l’efficacité opérationnelle des compagnies aériennes, ainsi qu’au confort et au plaisir des passagers. Cependant, ces nouvelles capacités s’accompagnent de préoccupations critiques en matière de cybersécurité, qui doivent être intégrées au cœur de la conception des nouveaux produits et systèmes, et tout au long de leur cycle de vie opérationnel. Dans cet article, Yannick Assouad, EVP Avionique du Groupe Thales, détaille ces enjeux de cybersécurité associés à l’essor du numérique dans l’aviation, présente le cadre réglementaire en devenir, et souligne l’importance capitale pour les acteurs du secteur aéronautique de livrer des équipements qui sont “cybersecure by design”.

Cercles de Confiance industriels - Jouer collectif pour booster grâce au numérique notre Compétitivité et gagner tous ensemble : l’exemple de l’industrie Aerospace & Défense française et européenne

Par Pierre FAURE

La croissance, la création de richesses et d’emplois est possible dans l’industrie ; il suffit d’avoir la volonté de jouer collectif au sein des Comités stratégiques de filières (CSF), et de lancer des programmes ambitieux permettant d’entraîner l’ensemble des filières dans la révolution numérique. Dans un monde où l’interconnexion et la collaboration s’imposent comme des leviers essentiels de compétitivité, d’innovation et de souveraineté, la transition numérique est en effet devenue une nécessité vitale pour assurer le développement de notre tissu industriel et sa transition écologique. En vingt ans, l’industrie Aérospace & Défense a réussi à se positionner en leader mondial dans la numérisation de sa filière, grâce à la plateforme collaborative BoostAeroSpace et aux standards numériques développés avec l’aide de l’AFNeT. Cet exemple illustre l’urgence et la nécessité d’adopter une démarche collective entre CSF, grands groupes, ETI, PME et pouvoirs publics, pour faire face aux défis contemporains.

Apport et utilisation de l’IA dans le domaine de l’aéronautique

Par Pascal TEA et Guillaume SOULÉ

L’industrie de l’aviation exploite les données depuis longtemps, mais ce n’est que grâce à un paysage de données régulé et à l’utilisation d’un modèle sémantique de données (par exemple l’ontologie) que les opérations peuvent être optimisées et que l’IA peut être pleinement exploitée. L’IA a été utilisée pour des applications avancées, telles que la maintenance prédictive, l’analyse des problèmes de qualité et l’expérience client personnalisée, entre autres, mais n’a été une réussite qu’en ayant une organisation robuste sous-jacente de la donnée utilisée. Les large language models (LLM) en IA transforment déjà l’industrie des compagnies aériennes, mais à l’avenir cette révolution doit prendre en compte de matière native les risques autour de la sécurité et de la précision de ces outils.

Compétences et talents

Adapter la formation et la recherche aux besoins de la filière aéronautique dans un contexte global de transition écologique : l’exemple de l’ISAE-SUPAERO et du groupe ISAE

Par Olivier LESBRE

L’article traite de l’adaptation de la formation et de la recherche aux besoins de la filière aéronautique, dans un contexte de transition écologique. Il met en lumière le rôle de l’ISAE-SUPAERO et du Groupe ISAE dans la formation d’ingénieurs capables de contribuer à la décarbonation de l’aviation. L’accent est mis sur la nécessité de développer des compétences en ingénierie durable et sur l’importance de l’innovation technologique, pour répondre aux défis environnementaux. Des projets spécifiques comme le drone Mermoz et des initiatives de recherche visant la décarbonation du secteur sont également discutés.

L’aéronautique face à son urgence : booster les synergies pour que les acteurs s’imposent une vision commune et partagée

Par Francis MASSÉ

Par Francis MASSÉ Président de MDN Consultants La filière du transport aérien doit muter face aux évolutions de son environnement : les transitions présentées par l’écologie avec le changement climatique, l’énergie, la géopolitique, les évolutions économiques et sociales, sociétales et politiques, la révolution numérique et l’IA. Les réponses sont en termes de transformation de l’ensemble des parties prenantes de cet écosystème complexe, et si possible en harmonie. La formation professionnelle inédite « Université du transport aérien - UTA », au format pédagogique spécifique appelé Logotique, vise à favoriser ces transformations, innovations et ruptures technologiques, en misant sur les ressources humaines. UTA rassemble des hauts potentiels de chacune des parties prenantes de la filière (avionneurs, motoristes, supply chain aéronautique, assistance en escale, compagnies aériennes, aéroports et administrations publiques compétentes). Pour fédérer, créer une vision unique et partagée sur un diagnostic commun des réalités, enrichir les compétences de chacun et construire un avenir commun au service de la société, dans le cadre d’un partenariat public-privé.

Les campus des métiers et qualifications et leurs apports à l’aéronautique

Par Christophe MEYRUEY

Fédérer, convaincre, entraîner, organiser, voilà en quelques mots clefs la vocation des campus des métiers. Celui que j’ai l’honneur de présider regroupe en Occitanie les entreprises de l’aéronautique et du spatial, deux des moteurs de l’économie française, symboles (parmi d’autres) de l’excellence industrielle de notre pays. Ces deux grandes industries, particulièrement l’aéronautique, sont à la croisée des chemins. Dans un monde tenté par le repli sur soi, elles sont, à des degrés divers, remises en cause. Il est de notre devoir de ne pas laisser cette petite musique insidieuse faire son chemin, et de démontrer au contraire que tout est réuni pour que, technologiquement, ces filières inventent un avenir décarboné. Pour cela, il nous faut expliquer et convaincre jeunes et moins jeunes de les rejoindre, et inventer les formations qui seront demain indispensables. Plus immédiatement, il nous faut aider à assurer la montée en cadence des livraisons d’avions plus propres que ceux des générations précédentes. Ce défi passe par des formations au plus proche des besoins des entreprises petites et grandes de la filière. Quand, pour réussir cela, il faut agréger, entraîner des énergies afin qu’ensemble, elles poussent plus fort, on comprendra que le campus est une vocation pour ceux qui ont le privilège de faire partie de l’aventure.

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