Décembre
2022
sommairE
ENJEUX
NUMéRIQUES
Ce numéro a été coordonné par
Jean-Pierre DARDAYROL
N° 20
Introduction : Enjeux numériques, 20e ! Au-delà des enjeux, quels avenirs ?
Par Jean-Pierre DARDAYROL
Ingénieur général des mines honoraire, président du comité de rédaction d’Enjeux numériques
Satisfaire les besoins humains et vivre ensemble
Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.
L’agriculture numérique : les nouvelles technologiques numériques peuvent-elles accélérer la transformation profonde des systèmes alimentaires ?
Par Dr Véronique BELLON-MAUREL
Directrice de l’Institut Convergences Agriculture Numérique #DigitAg, INRAE ITAP, Montpellier
et Dr Isabelle PIOT-LEPETIT
Directrice scientifique de l’Institut Convergences Agriculture Numérique #DigitAg, INRAE MoISA, Montpellier
Le numérique peut accélérer la transformation des systèmes alimentaires pour les rendre plus sains, plus durables et plus éthiques, en suivant les principes de l’agroécologie. Cette synergie entre numérique et agroécologie fait naitre des challenges de recherche nouveaux : concevoir des capteurs et des robots peu coûteux, frugaux et simples d’usage, modéliser des systèmes agricoles plus complexes, repenser les systèmes de traçabilité et d’ e -commerce alimentaire pour en améliorer l’efficacité, construire une gouvernance éthique des données. Une approche de type « recherche et innovation responsables » s’impose pour relever ces challenges.
Le numérique et la refondation du secteur électrique
Par Ivan FAUCHEUX
Membre du collège de la Commission de régulation de l’Énergie (CRE)
Loin de permettre une simple amélioration incrémentale de notre système électrique, les technologies numériques remettent en cause un grand nombre des principes sur lesquels est établi ce système. L’autre grand mouvement qui vient également percuter ces principes est la transition vers un système économique et social moins émetteur de gaz à effet de serre. Ces deux mouvements se conjuguent parfois, mais aussi peuvent s’opposer. Le présent article n’a d’autre ambition que de poser des questions sur cette refondation et sur l’enjeu de bien poser les termes d’un débat passionnel : l’électricité a une valeur énergétique bien normée, mais sa valeur émotionnelle donne parfois un avant-goût de l’infini… et son auteur s’excuse par avance de ne pouvoir apporter de réponses fermes et définitives dans un monde pétri de certitudes, mais invite le lecteur à picorer ces quelques réflexions numériques d’un pérégrin énergétique sans doute égaré hors de son monde de référence !
Gestion numérique de la crise sanitaire : quelques enseignements
Par Maurice RONAI
Ancien membre de la CNIL
La crise du Covid-19 est la première grande pandémie du XXIe siècle. Nous n’avons pas fini d’en analyser les conséquences. Parmi d’innombrables enseignements, elle a constitué le premier test majeur de la capacité du « numérique » à nous permettre de faire face aux épisodes de confinement et aux restrictions de déplacement. C’est aussi la première crise sanitaire gérée numériquement. De bout en bout. Enfin presque : surveillance de l’épidémie, modélisations, pilotage des capacités hospitalières, téléconsultation, mise en oeuvre des campagnes de test, puis du vaccin, traçage des contacts, suivi des patients à distance. Cette crise nous montre que les sociétés peuvent se réorganiser rapidement autour de nouvelles priorités. En un sens, elle constitue une « répétition générale » avant de plus grandes catastrophes, nouvelles pandémies, ou celles qui se préparent avec le dérèglement du climat. L’agilité numérique, la « science d’urgence », les dispositifs de coopération, l’intelligence collective font pleinement partie de la préparation des crises à venir.
Sociétés en transition : quelles mutations attendre du numérique ?
Par Alexandre TISSERANT
Président de Kinéis
Depuis les débuts d’Internet, les promesses du numérique ont beaucoup été remplies de communs, d’horizontalité, de partage infini de connaissances, d’égalité, d’ouverture, de neutralité, de gratuité. Cinquante ans après la première démonstration officielle d’Arpanet, l’intérêt social et économique du développement numérique ne semble plus à démontrer, mais le développement des contenus et usages numériques a été avant tout guidé par un besoin de rentabilité économique, souvent au détriment de ces promesses ou d’objectifs socio-écologiques. Alors que le métavers nous promet la possibilité d’une désintermédiation totale et permanente de nos corps avec le réel, d’autres projets d’exploitation des technologies numériques sont possibles pour concilier un rapport au vivant éthique et durable. Pour cela, il ne faudra rien de moins que s’autoriser à construire de nouveaux imaginaires dans lesquels projeter nos attentes numériques, et, surtout, reprendre en main les conditions de leurs réalisations. Un projet audacieux, mais vraisemblablement nécessaire.
La confiance à l’ère numérique commence par les mots
Par Côme BERBAIN
Directeur de l’innovation du groupe RATP
Le numérique est porteur d’une promesse de création de confiance entre personnes ou entités ne s’étant jamais rencontrées. Si elle semble donc en premier lieu d’ordre technique, la création, puis l’entretien, de la confiance nécessite un discours cohérent entre les finalités, les pratiques, les technologies et les organisations aussi bien sur le plan numérique que physique. Dès lors, ce discours devient lui-même un objet de confiance ou de défiance qui peut avoir des effets contraires aux intentions initiales. La construction et l’utilisation d’un tel discours impliquent l’ensemble des parties prenantes internes et externes des organisations, et demeurent des défis à relever pour créer la confiance à l’ère du numérique.
Marchés et métiers du droit aux défis du numérique
Par Bruno DEFFAINS
Université Paris Panthéon Assas
À l’heure où la transformation numérique est devenue une priorité tant du côté de l’action publique que de celui du secteur privé, il est essentiel d’évaluer l’état de la numérisation du droit dans la mesure où celle-ci apparaît comme un facteur important de l’efficacité économique du marché du droit et du service public de la justice. La transformation numérique du marché du droit est une réalité depuis quelques années. Portée par les professions juridiques, elle permet d’améliorer les conditions d’accès au droit, ainsi que d’envisager de nouveaux usages pour les outils numériques appliqués à l’univers du droit.
Le grand retour de la souveraineté : circuits courts ou circuits fermés ?
Par Pierre BONIS
Directeur général de l’AFNIC
Il y a un peu plus de deux ans (en septembre 2020), une éternité, nous interrogions dans les colonnes de cette revue les notions de frontières et de territoires, associées à Internet1. C’était au tout début de la pandémie. C’était avant la guerre en Ukraine. Et alors que nous étions, pour l’essentiel des auteurs ayant participé à ce numéro, appliqués à interroger l’articulation entre les notions de proximité du numérique et d’interopérabilité globale, une ère de mondialisation (dont on pourrait dire qu’elle fut heureuse, du point de vue du moins des progrès en matière de connectivité et de services rendus par Internet) s’achevait. Ces mêmes notions, auxquelles nous pouvons adjoindre celles de souveraineté numérique, de diversité culturelle, d’interopérabilité législative dans le cyberespace ont été bousculées par les événements des deux dernières années. Comment ces notions ont-elles évolué ? le circuit court, risque-t-il d’être à terme remplacé par un circuit fermé ?
Développer et conduire le numérique
Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.
Les fréquences, gestion d’une ressource-clé
Par François RANCY
Ingénieur général des mines
Le spectre des fréquences radioélectriques constitue la ressource rare qui sous-tend la plupart des applications dont nos sociétés sont devenues largement dépendantes en quelques décennies. Aujourd’hui, six milliards de personnes disposent d’au moins un abonnement mobile, peuvent se localiser àtout instant et en tout point du globe, ou connaître en permanence le temps qu’il fera grâce au système mondial de météorologie ; et près de deux milliards de personnes disposent de la TNT et plus d’un milliard d’un récepteur de télévision par satellite. Tout cela n’existe que parce que, depuis des décennies, les fréquences le permettant ont été harmonisées mondialement, organisées et protégées au fur et àmesure que les technologies sous-jacentes ont émergé. Ce résultat, qui mobilise des investissements de milliers de milliards de dollars, n’est pas le fruit du hasard. Pour l’obtenir, il a fallu, depuis plus d’un siècle, les efforts conjugués de tous les États de la planète et de toutes les parties intéressées pour organiser et gérer le spectre, sur la Terre et dans l’espace, d’une manière rationnelle, équitable, efficace et économique.
Les objets : de la communication à l’intelligence
Par Anne-Lise THOUROUDE
Sous-directrice du numérique, au Secrétariat général de l’administration centrale du ministère de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique
Les objets communicants sont au coeur de la création de données, et par là même de la numérisation de notre société. La multitude de données générées par les objets connectés en fait le terreau indispensable à l’intelligence qui en découle. Dans ce contexte, l’impact des objets communicants, toujours plus nombreux, fait ressortir des enjeux intrinsèquement liés à la numérisation de la société. Cet article effleure quelques-uns des enjeux soulevés par la massification des objets : des enjeux de vie privée et de souveraineté des données, des enjeux de sécurité, et, enfin, des enjeux de sobriété.
Perspectives de la cybercriminalité des dix à vingt prochaines années
Par Éric FREYSSINET
Officier général de gendarmerie
La cybercriminalité doit être vue comme un phénomène en perpétuel mouvement, qui s’adapte aux technologies et aux usages, et qui s’approprie les défenses que met en place la société, les acteurs de la cybersécurité et bien entendu les autorités judiciaires les pourchassant. L’action des cybercriminels est sous-tendue par des mouvements de fond : motivations essentiellement financières, recettes qui fonctionnent dans la durée, mais il faut se tenir parés aux évolutions des années à venir qui pourraient encore bouleverser les approches de prévention et de lutte. Explorons les perspectives de la cybercriminalité des dix à vingt prochaines années.
Intelligences humaines et artificielles : collaboration, confrontation ou substitution ?
Par Arnaud de LA FORTELLE
Heex Technologies (CTO) et professeur associé à Mines Paris – PSL
L’intelligence artificielle fait souvent peur. Au minimum, elle soulève des réserves. Pourtant, c’est une technique qui se déploie plutôt facilement, car elle présente de plus grands avantages que d’inconvénients. Dans cet article, nous proposons une brève analyse des deux années qui se sont écoulées depuis le numéro éponyme. On le verra, de nouveaux domaines ont été « gagnés » par l’intelligence artificielle, comme les mathématiques ou l’art. Or ces domaines semblaient réservés à l’âme humaine, ce qui pose question, et renouvelle celle que pose le titre.
Internet et ses usages : entre sagesse et frénésie
Par Michel SCHMITT
Membre du Conseil général de l’Économie (CGE)
L’actualité sur l’évolution des usages d’Internet est foisonnante. Par exemple, le confinement a créé un laboratoire des usages grandeur nature, et les enseignements sont en train d’en être tirés, en particulier dans les domaines de l’enseignement et du travail. Certains usages creusent encore un peu plus le fossé entre virtuel et réel, c’est le cas de l’explosion des NFT. À l’inverse, la Commission européenne met en place de nouveaux outils de régulation d’Internet au travers du “Digital Market Act” et du “Digital Service Act”, visant à faire converger réel et virtuel. Ainsi, nous oscillons entre sagesse et frénésie, ce que décrit cet article au travers de nombreux exemples.
Sur quelques analogies invoquées dans les débats sur la régulation des dispositifs de modération des contenus sur les réseaux sociaux aux États-Unis
Par Jean-Yves OLLIER
Conseiller d’État
À la suite de la suspension des comptes du président Trump par les principales plateformes de réseaux sociaux, la Floride et le Texas ont adopté des lois qui restreignent les conditions dans lesquelles celles-ci peuvent exclure des usagers et modérer les contenus. En raison d’une divergence entre les cours d’appel, la question de la constitutionnalité de ces lois pourrait être portée devant la Cour suprême. Diverses analogies sont invoquées dans les débats sur cette question, dont l’issue est incertaine : l’espace public, les qualifications très anciennes en common law de transporteur public et d’hébergement public, dont résulte une obligation de servir le public sans discrimination, et les fonctions éditoriales, protégées au titre de la liberté d’expression en application du Premier amendement.
Trente ans après le don du web gratuit et ouvert par le CERN, comment réinventer un Internet qui émancipe ?
Par Bertrand PAILHÈS
Directeur des technologies et de l’innovation de la CNIL
Alors que nous allons fêter les 30 ans de l’invention du World Wide Web, le paysage industriel et réglementaire du numérique est en plein bouleversement : l’ambition d’un monde numérique géré par une communauté autonome au profit des intérêts de chacun a fait long feu. À l’inverse, le débat public se focalise sur les effets néfastes de l’Internet et de ses entreprises. Est-ce l’échec de l’ambition d’émancipation individuelle du Net ? Il apparaît qu’il manque sans doute à ce développement une réelle gouvernance et des méthodes qui permettraient de structurer l’usage de ces outils au bénéfice de chacun, même si les débats sur l’intelligence artificielle et la protection des données tentent de replacer l’individu au coeur des objectifs désignés au développement de l’Internet.
Interview with Maarten BOTTERMAN, former Board Chair of ICANN (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers)
Entretien (article publié en anglais)
