Mai 2022
sommaire
Réalités industrielles
L’économie de la rénovation énergétique
Ce numéro a été coordonné
par l’Immobilier de l’État (DIE)
Introduction de Serge CATOIRE, Bertrand COCHI et Bernard SOULEZ
La rénovation énergétique des bâtiments, un marché en construction
Par Philippe PELLETIER
Président du plan Bâtiment durable, président du directoire de la fédération Habitat et humanisme et président du conseil de développement de la métropole du Grand Paris
Au-delà de la nécessaire rénovation énergétique de nos bâtiments, n’y a-t-il pas une formidable occasion d’adapter notre industrie immobilière aux réalités d’aujourd’hui en érigeant l’acte de rénover, dans sa globalité, comme le vecteur principal du développement immobilier ? L’article interroge en conséquence le plan français de rénovation énergétique des bâtiments en pointant ses forces et ses faiblesses, avant d’esquisser les voies de progrès qui permettraient de conférer à la rénovation du bâti l’ampleur que requiert l’évolution des usages.
La rénovation énergétique des bâtiments, une politique publique prioritaire en pleine évolution
Par Anne-Lise DELORON ROCARD et Florent MARTIN
Ministère de la Transition écologique
La rénovation énergétique des bâtiments est désormais considérée par tous ‒ gouvernements successifs, élus, forces économiques et citoyens ‒ comme une politique importante, voire prioritaire. Cette politique, fruit d’années d’expérience, bénéficie d’un pilotage désormais structuré et repose sur une approche résolument tournée vers les résultats et la qualité de service.
Changement climatique, énergie et bâtiments : un défi de société
Par Didier ROUX
Académie des sciences
Dans cet article, nous présenterons une brève revue de l’origine des énergies utilisées par l’Homme, en insistant sur la différence entre énergies non renouvelables et énergies renouvelables. Nous examinerons également l’évolution des consommations et nous en tirerons quelques leçons telles que la nécessité de disposer d’un temps suffisant pour faire évoluer le système de production énergétique et répondre ainsi aux défis liés à la transition énergétique. Puis, avant de conclure, nous aborderons le rôle particulièrement important de la filière du bâtiment que nous illustrerons au travers de quelques solutions novatrices qui permettront son adaptation en réponse aux défis précités.
Le point de vue d’un économiste sur la rénovation énergétique des logements et sa régulation
Par Matthieu GLACHANT
Directeur de i3-CERNA (Centre d’économie industrielle) et professeur à Mines Paris ‒ PSL
La rénovation énergétique des logements a longtemps été considérée comme une option peu coûteuse pour lutter contre le changement climatique. Cette croyance est aujourd’hui remise en cause, notamment grâce à de nouveaux travaux économétriques qui, s’appuyant sur des données relatives aux travaux effectivement réalisés et sur les factures énergétiques réellement acquittées par les occupants, identifient des économies d’énergie nettement plus faibles que celles attendues. L’origine principale de ce problème est le déficit de compétences d’acheteurs peu au fait des complexités du sujet. Ce constat invite à compléter une action publique historiquement centrée sur le subventionnement de la demande par une régulation vigoureuse de l’offre visant à favoriser les entreprises de rénovation les plus performantes
Propositions pour une politique de rénovation énergétique ambitieuse
Par Andreas RÜDINGER
Chercheur associé à l’Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI) et consultant en politiques énergétiques
La rénovation énergétique des bâtiments constitue une priorité pour la décarbonation de l’économie française. En vue d’atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050, le secteur du bâtiment doit réduire ses émissions de 50 % d’ici à 2030 et atteindre, en moyenne, le niveau de performance « Bâtiment basse consommation » (BBC) sur les trente prochaines années. Un défi colossal qui demande d’aligner l’ensemble des politiques publiques autour d’un double enjeu : une accélération sans précédent du rythme des rénovations énergétiques et une massification des rénovations performantes, un marché encore embryonnaire aujourd’hui. Sur la base d’un travail collectif d’experts animé par l’IDDRI depuis 2020, nous proposons dans cet article quelques orientations clés pour élaborer une stratégie de rénovation ambitieuse, en partant de deux controverses structurantes : la priorité donnée à la décarbonation par rapport aux rénovations performantes ; et la controverse sur l’économie des rénovations énergétiques.
Rénover avec (techno-)discernement
Par Philippe BIHOUIX
AREP (agence d’architecture pluridisciplinaire)
Parmi les outils de lutte contre le changement climatique, la sobriété énergétique dans le secteur du bâtiment, grâce à un « grand programme » de rénovation, fait consensus. Mieux isoler les bâtiments anciens, à commencer par les « passoires thermiques », tant dans le parc résidentiel que dans le parc tertiaire, est indéniablement nécessaire. Décarboner les sources de chaleur en abandonnant le fuel et le gaz l’est tout autant, naturellement. Pourtant, plusieurs signaux faibles pourraient nous faire douter de l’efficacité réelle de la rénovation et de notre capacité à mettre en œuvre un plan de l’ampleur nécessaire pour atteindre la vitesse suffisante – et compatible avec les enjeux climatiques –, tandis que la montée en puissance « industrielle » du rythme des rénovations reste encore trop lente. Et s’il fallait élargir dès maintenant nos réflexions sur les usages de la chaleur, sur la palette des possibilités d’intervention, ou encore remettre en cause notre approche historique du « confort » pour pouvoir rénover avec (techno-)discernement ?
Industrialisation de la rénovation énergétique
Par Sébastien DELPONT
Directeur de EnergieSprong France et directeur associé de GreenFlex
La tenue de nos objectifs Climat dans le secteur du bâtiment ne pourra passer que par le dévelop-pement d’une industrialisation bien plus poussée de la rénovation énergétique très performante. Le modèle hollandais EnergieSprong, qui se déploie avec succès en France et dans le monde, est prometteur et inspirant de ce point de vue. Cela réinterroge les modes de faire à la fois du côté de l’offre et de celui de la demande, avec la mise en œuvre de nouvelles formes de politiques publiques, de nouveaux modèles d’affaires et l’émergence de nouvelles coopérations. Si la France est devenue en 2022 ledeuxième marché d’Europe pour les rénovations lourdes industrialisées, les prochaines étapes de la structuration de la filière restent encore à bâtir. La France doit oser faire de la rénovation performante une priorité industrielle. Elle sera un levier clé pour bâtir de nouveaux imaginaires et mieux attirer les talents vers la filière du bâtiment.
Les copropriétés, un objet socio-technico-économique à rénover
Par Raphaël CLAUSTRE
Directeur général d’Île-de-France Énergies
Les objectifs climatiques imposent la rénovation à un niveau Basse consommation de tout le parc bâti. Ce marché est tiré par des politiques publiques, qui certes vont encourager le développement d’un parc de logements neuf et performant, mais aussi répondre à l’évolution de la demande en incitant aussi à la rénovation des bâtiments anciens. Dans le secteur de la copropriété, c’est une maîtrise d’ouvrage non professionnelle qui devra faire des choix complexes en matière de programmes de rénovation globale ou par étape, et donc de performance à atteindre, et, bien sûr, en termes de recherche de rentabilité. Il convient toutefois d’interroger cette notion de rentabilité et la manière dont les copropriétaires, ces décideurs non professionnels, appréhendent cette dernière.
La rénovation (réellement) performante : réconcilier sortie de la précarité énergétique et lutte contre les changements climatiques
Par Vincent LEGRAND
Directeur général de Dorémi
La rénovation réellement performante, qui est aujourd’hui marginale, est la seule voie qui permette à la fois d’atteindre les objectifs de performance du parc national de logements et de proposer aux ménages un montage financier « équilibré en trésorerie » : elle permet de transformer les économies réalisées sur les dépenses annuelles de « consommables » (chauffage) en liquidités permettant, pour un montant équivalent, le remboursement de l’investissement réalisé (les mensualités des prêts travaux). Le ménage bénéficie ainsi d’un logement confortable, sain et revalorisé, sans perdre de pouvoir d’achat. La massification de cette rénovation requiert un écosystème basé sur des tiers de confiance techniques (opérateurs de travaux), financiers et de proximité (accompagnement). Réorienter vers des rénovations performantes des fonds publics qui sont aujourd’hui dispersés en « gestes » inefficaces permettra, outre une réduction forte de nos consommations, de créer plusieurs centaines de milliers d’emplois locaux et de sortir massivement de la précarité énergétique, tout en luttant efficacement pour le climat – c’est un projet industriel gagnant-gagnant pour la France.
CUBE, le concours national d’économies d’énergie entre bâtiments
Par Cédric BOREL, Christophe RODRIGUEZ et Emmanuelle BERTAUDIÈRE
Institut français pour la performance du bâtiment
Le principe des concours CUBE est très simple : faire pendant un an le maximum d’économies d’énergie dans des immeubles occupés, sans réaliser de gros investissements, et donc uniquement en améliorant le pilotage du bâtiment et en mobilisant les occupants de celui-ci. Créé en France en 2013, le CUBE n’est en apparence qu’un simple challenge entre bâtiments. Mais doté d’une mesure précise de la performance, il crée le cadre inédit d’une collaboration qui dure toute une année. Par simple effet de « sablier » et grâce à la mobilisation des bonnes volontés, ce défi permet de décloisonner, de faire avancer la cause (celle des économies d’énergie), de mobiliser et de toucher toute l’organisation pour construire un nouvel usage des bâtiments. Les économies réalisées sur plus de 1 600 bâtiments sont aujourd’hui en moyenne de 12 %, certains candidats atteignant même (parfois) plus de 40 % d’économies sur un an, notamment lorsque leur bâtiment était mal réglé et mal utilisé.
Exemple de stratégies développées et de résultats obtenus par des lauréats du concours national CUBE
Par Cédric BOREL, Christophe RODRIGUEZ et Emmanuelle BERTAUDIÈRE
Institut français pour la performance du bâtiment
Les bâtiments du secteur tertiaire ne représentent qu’un quart du parc de bâtiments existant, mais sont, aujourd’hui, responsables d’un tiers de sa consommation énergétique. La réduction de leur consommation et de leurs émissions de gaz à effet de serre est donc un enjeu important. Aussi, des objectifs de réduction élevés sur cette catégorie de bâtiments ‒ de 40 % à l’horizon 2030, de 50 % en 2040, et pouvant atteindre jusqu’à 60 % en 2050 par rapport aux niveaux de consommation de 2010 – ont été formulés dans la loi Elan, dont le décret d’application, le « Décret Tertiaire », est entré en vigueur en septembre dernier. Pour avancer dans tous les types d’habitations et tout de suite, tous les propriétaires et occupants ont la possibilité de mettre en place des actions simples permettant des économies significatives et un retour sur investissement rapide. Par ces actions à « faible investissement », le concours CUBE, (le concours Usages Bâtiment efficace) représente ce qui peut être réalisé immédiatement et dans tous les bâtiments afin d’accélérer ou d’initier la démarche d’économie d’énergie. C’est ainsi que certains participants au concours réalisent, en seulement un an, des économies représentant une réduction de plus de 40 % de leur consommation énergétique, soit l’objectif fixé par le Décret Tertiaire pour 2030.
L’innovation dans la rénovation des bâtiments, un élément clé de la transition écologique
Par Christian BRODHAG
Ingénieur civil des Mines, Docteur es science, professeur émérite à l’École des mines de Saint-Étienne (membre de l’Institut MinesTélécom)
Dans cet article, nous nous intéressons à l’innovation dans la rénovation profonde des bâtiments, qui est la seule à permettre d’atteindre les objectifs européens pour le climat. L’innovation porte sur les approches économiques et la création de valeur. La rénovation profonde nécessite la mise en œuvre de systèmes techniques qui concernent simultanément l’enveloppe, les matériaux et l’énergie. Les ressources et les compétences nécessaires doivent être, elles aussi, abordées sous l’angle de cette même approche système. Le soutien au système d’innovation territorial va permettre d’abaisser globalement le coût de la rénovation.
L’apport des technologies en matière de simulation numérique
Par Bruno PEUPORTIER
Mines ParisTech et Lab Recherche Environnement Vinci ParisTech
L’ampleur des impacts environnementaux et des coûts externes associés rend nécessaire une transition énergétique et écologique. Ce contexte impose de rénover en profondeur le parc de bâtiments existant. Pour massifier cette rénovation, il est utile de rechercher des solutions à moindre coût et de rassurer les investisseurs en garantissant les performances. Il faut également s’assurer que l’efficacité énergétique ne dégrade ni les autres critères environnementaux ni le niveau de confort thermique, car les bâtiments doivent être résilients face au changement climatique. Pour répondre à ces objectifs, les outils d’écoconception basés sur la simulation numérique peuvent être appliqués aux projets de rénovation.
Décret Éco-énergie Tertiaire : méthodologie et enjeux à l’échelle d’un patrimoine immobilier
Par Nathalie TCHANG
Directrice de Tribu Énergie
Le dispositif Éco-énergie Tertiaire, souvent appelé « Décret Tertiaire » et venant en application de la loi Elan, est une obligation réglementaire engageant les acteurs du secteur tertiaire à plus de sobriété énergétique. Elle impose une réduction progressive de la consommation d’énergie dans les bâtiments à usage tertiaire afin de lutter contre le changement climatique. Tous ces bâtiments d’une surface de plus de 1 000 m2 sont aujourd’hui soumis à une double obligation d’action visant à réduire leur consommation d’énergie et à afficher les résultats obtenus. Pour y parvenir, les actions déployées vont au-delà de la rénovation énergétique des bâtiments. Elles concernent aussi la qualité et l’exploitation des équipements, ainsi que le comportement des usagers.
Le choix de la géothermie pour le siège d’Airbus
Par Carole AMOROS-ROUTÉ
Responsable de la maintenance à Airbus France
Airbus a souhaité faire de son siège, à Toulouse, une vitrine environnementale à la hauteur de ses ambitions mondiales. La géothermie s’inscrit dans ce projet. En pratique, il s’agit de la production de thermies par échange terre/eau, via des sondes géothermiques verticales (SGV). Sur le site d’Airbus, 141 sondes plongées à 205 m de profondeur alimentent une boucle d’eau qui permet de produire de la chaleur et du froid pour trois immeubles de bureaux, un restaurant, une conciergerie et une salle de sport, soit en cumulé une superficie de 50 225 m². Les études techniques, financières et environnementales et l’opération proprement dite ont été réalisées dans les délais prédéfinis. Les résultats sont au rendez-vous. Le rendement global à l’année, qui est de 5,4 (chauffage/climatisation/ECS), est supérieur aux objectifs initialement fixés.
La rénovation énergétique de l’hôtel de Vendôme, le cœur historique de l’École des mines de Paris
Par Catherine LAGNEAU
Adjointe au chef de service du Conseil général de l’économie et directrice déléguée de l’École des mines de Paris
Le site phare de l’École des mines de Paris, sis boulevard Saint-Michel, abrite son foyer historique qui incarne à la fois l’histoire dans laquelle s’inscrivent les ingénieurs des mines, et le lieu où ils réinventent leurs apports à la société. Chaudron où ils puisent leurs racines et bâtissent leurs ailes, ce lieu majestueux a toujours accompagné les évolutions de l’école et doit aujourd’hui incarner, dans sa chair de pierre, les grands enjeux auxquels l’école prépare ses élèves : en particulier, la rénovation énergétique de son enveloppe fera de cet écrin le signe de l’engagement résolu de son collectif au service de la transition écologique. Le vaste programme de rénovation engagé en 2021 et soutenu par le plan de relance a pour ambition un gain de performance énergétique de 36 %. Une collaboration inédite de l’école avec une start-up issue de ses laboratoires permettra de mesurer réellement cette performance avant et après réalisation des travaux et, comme toujours, de confronter la théorie avec la pratique.
Évolution technologique et place sur le marché des pompes à chaleur air/eau et géothermique
Par Pierre-Louis FRANÇOIS
Groupe Atlantic
Solution aujourd’hui éprouvée et ayant atteint la maturité industrielle, la technologie des pompes à chaleur (PAC) constitue désormais la base des politiques dites de « décarbonation » des usages chauffage et eau chaude des logements en Europe. Ainsi, l’année dernière, les ventes ont dépassé le million de générateurs, contre moins de 300 000 en 2015. À plus de 90 %, il s’agit de PAC air/eau, aussi dénommées pompes à chaleur « aérothermiques ». Les 10 % restant, des PAC géothermiques, sont essentiellement utilisées en chaufferie de logements collectifs ou en amont des réseaux de chaleur. Les climatiseurs réversibles, ou « PAC air/air », satisfont les besoins de rafraîchissement et affichent des performances énergétiques équivalentes à celles des PAC air/eau. Mais elles ne peuvent répondre aux besoins en eau chaude sanitaire et ne disposent pas des options smart-grid évoquées dans le corps de l’article. Enfin, elles ne peuvent pas se substituer à une installation existante utilisant un combustible fossile, sans modification au préalable du système de distribution de la chaleur dans la maison. Les industriels de la PAC travaillent aujourd’hui à améliorer la performance énergétique et l’impact environnemental des fluides réfrigérants utilisés. Ils s’emploient aussi à réduire les coûts de revient et d’installation des PAC.
Les stratégies des pays nordiques en matière de rénovation énergétique des logements
Par Julien GROSJEAN
Ambassade de France en Suède
Le secteur du bâtiment représente 44 % de l’énergie consommée en France(1) et un quart des émissions de CO2, ce qui le rend stratégique pour atteindre l’objectif national de neutralité carbone d’ici à 2050 et pour réduire notre dépendance aux importations d’énergies fossiles, qui sont aujourd’hui la source de chauffage de plus de la moitié des logements français. Le retour d’expérience des pays nordiques, qui sont pionniers au niveau mondial dans la décarbonation des bâtiments, constitue un contexte précieux qui mérite un examen attentif. Plusieurs d’entre eux (la Suède, la Norvège et l’Islande) se sont déjà affranchis du recours aux énergies fossiles pour chauffer leurs logements. Les stratégies nordiques récentes ont été plus centrées sur la substitution des EnR (biomasse, géothermie) aux énergies fossiles, que sur l’efficacité énergétique. Ces stratégies permettent aux pays nordiques de présenter un bilan carbone au mètre carré record et d’afficher une faible dépendance aux importations d’énergies fossiles, avec une conséquence directe : leur résilience aux chocs énergétiques actuels est renforcée. La construction-bois est par ailleurs en plein essor dans ces pays.
L’intérêt du solaire thermique en matière de rénovation
Par Olivier GODIN
Président et fondateur de SolisArt et vice-président d’Enerplan
Les énergies sont de moins en moins abondantes. Leur prix et les tensions pesant sur leur approvision-nement augmentent. La qualité de l’air se détériore et le réchauffement climatique s’aggrave chaque année. Face à ce constat implacable, quelles solutions s’offrent à nous pour couvrir nos besoins en matière de chaleur (chauffage et eau chaude) ? Sur ce plan, le solaire thermique, cette énergie inépuisable et gratuite, se révèle être rentable, durable et recyclable. Elle permet de préserver notre pouvoir d’achat, notre indépendance énergétique, notre qualité de l’air et, plus largement, notre planète. Présentant de multiples avantages ‒ source de création d’emplois locaux, amélioration de notre balance commerciale, lutte contre la précarité énergétique ‒, elle ne cesse de se développer d’année en année. Dans quels cas l’utiliser ? Quelle est sa rentabilité ? Est-il possible d’être autonome grâce à elle, de se passer d’une chaudière utilisant des énergies fossiles ?
ISUPFERE : une formation Ingénieur en énergétique des Mines de Paris en prise directe avec les enjeux de la rénovation des bâtiments
Par Pascal STABAT
Responsable du cycle Ingénieur ISUPFERE
Dans cet article, nous montrons l’originalité et les atouts des formations Ingénieur en apprentissage, à l’exemple du diplôme d’ingénieur en énergétique en apprentissage de l’École des mines de Paris qui est présenté ici. L’alternance entre l’école et l’entreprise est le meilleur moyen de concilier théorie et pratique. Quatre témoignages d’apprentis montrent qu’ils sont déjà des acteurs de la transition énergétique, bien qu’ils soient toujours en formation. Les formations Ingénieur en apprentissage sont appréciées par les entreprises et les jeunes. Cependant, après un fort développement entre 2006 et 2014, avec une progression de 135,4 %, le nombre de ces apprentis tend à stagner. Il n’en demeure pas moins qu’aujourd’hui, 14 % des ingénieurs formés en France passent par la voie de l’apprentissage, ce qui permet de diversifier les profils des ingénieurs. Des profils qui répondent aux besoins des entreprises de recruter des ingénieurs spécialisés justifiant d’une bonne maîtrise technique. Enfin, l’apprentissage Ingénieur est un moyen d’ouverture sociale en permettant à des jeunes d’accéder aux études supérieures.
Pourquoi la rénovation énergétique a-t-elle besoin d’une politique opérationnelle en matière de ressources humaines ?
Par Dominique NAERT
Directeur du mastère spécialisé® Executive immobilier et bâtiments durables de l’École des Ponts ParisTech
et Marjolaine MEYNIER-MILLEFERT
Vice-présidente de la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire et présidente de l’Alliance HQE-GBC
Alors que la demande de rénovation devient de plus en plus consensuelle et pressante, la question de l’offre de services artisanaux adaptés devient, quant à elle, plus cruciale. Si nous voulons réussir la rénovation énergétique de près de 5 milliards de m2 de bâtiments en France d’ici à 2050, condition sine qua non de l’atteinte des objectifs fixés en matière de neutralité carbone, il est urgent que les acteurs de la filière Bâtiment et les acteurs publics élaborent une stratégie concertée afin d’accroître la productivité des artisans et des ouvriers du secteur, qui sont les acteurs à 95 % de la rénovation énergétique en France… Il faut également mettre en œuvre une campagne participant à l’attractivité des métiers opérationnels du bâtiment, une pédagogie d’apprentissage ciblée et un processus de montée en compétence des professionnels qualifiés. Dès lors, nous devons réaliser un état des lieux objectif de nos capacités de production et engager, à partir de celui-ci et sans attendre, les réformes qui doivent permettre une double révolution : celle d’une croissance massive des offres globales de rénovation et, en parallèle, celle de la transformation profonde des habitudes et des usages. La massification des opérations de rénovation est mise sur les rails. Elle se heurte néanmoins en parallèle à des évolutions réglementaires tout aussi radicales et rapides, qui viennent bousculer les métiers et l’organisation de la filière appelée à porter cette massification. C’est une recherche concrète du progrès technologique et social qu’il faut entreprendre, une démarche de développement qui sera dès lors véritablement durable. Pour le moment, rien ne laisse à penser que les objectifs de la neutralité carbone dans l’immobilier et le bâtiment seront atteints en 2050 : le compte n’y est pas. L’équation n’est pas encore résolue… Il nous semble donc temps de décréter un grand état des lieux de la formation initiale et continue, et de mettre en place une task force sur l’emploi dans le bâtiment à l’image de celle qui l’a été pour le financement ou le tiers-financement de la rénovation énergétique. Il nous faut observer et relever les bonnes pratiques à l’instar du rapport « Rénover mieux : leçons d’Europe » présenté par le Haut Conseil pour le climat, et accompagner subtilement la transition en permettant un accroissement immédiat de la productivité des artisans et des ouvriers du bâtiment. Dans cet article, nous proposons des pistes de réflexion qui devraient permettre d’ouvrir au plus vite le débat sur ces questions.
Massifier la rénovation énergétique des logements avec IMOPE, l’observatoire national des bâtiments
Par Jonathan VILLOT
Institut Henri Fayol, département GEO, Mines Saint-Étienne
En tant que principal consommateur d’énergie, le secteur du bâtiment doit engager une transformation de fond portant sur le parc bâti ancien. La rénovation énergétique en tant que principal gisement d’économies présente cependant une dynamique très en dessous des objectifs affichés. La massification se positionne alors comme la principale action à mettre en œuvre. Pour ce faire, une connaissance fine en France de l’ensemble des bâtiments est nécessaire. En tant que première étape indispensable à l’enchaînement des actions groupées, elle nécessite cependant de pouvoir caractériser des millions de logements disparates. C’est à cet épineux problème qu’IMOPE, l’observatoire national des bâtiments, répond. Par l’apport de données qualifiées portant sur la totalité du parc bâti français couplé à un outil Web intuitif, IMOPE outille les acteurs des territoires et permet d’amorcer le virage vers la mise en œuvre d’actions optimisées et groupées pour une massification simplifiée.
Répartition des frais de chauffage dans le collectif et rénovation énergétique : une belle synergie
Par Éric VORGER
Co-fondateur de la société Kocliko
La consommation énergétique d’un bâtiment résulte de l’interaction complexe entre le bâti, les systèmes et les comportements des usagers, de sorte que les trois sujets doivent être traités conjointement pour pouvoir atteindre une performance élevée. L’individualisation des frais de chauffage (IFC) s’attaque à la problématique des usages, en encourageant la sobriété dans les bâtiments dotés d’un chauffage collectif. Désormais obligatoire, l’IFC fournit l’occasion de déployer massivement des équipements de mesure sur un parc existant voué à de futures rénovations. La start-up Kocliko a développé une nouvelle technologie de mesure de la consommation individuelle de chauffage, reposant sur la température ambiante et sur un calcul des déperditions de chaleur via un jumeau numérique du bâtiment. Les données collectées se révèlent extrêmement utiles pour piloter le chauffage collectif en phase d’exploitation, mais également pour réaliser des rénovations efficaces : connaissance précise de l’état du bâtiment avant travaux, optimisation du scénario de rénovation, mesure et vérification des résultats ex post , sensibilisation des usagers dans la durée à leur consommation d’énergie…
Le parcours de rénovation énergétique performante (PREP) : enjeux politiques, économiques et stratégiques
Par Florence PRESSON
Adjointe au maire de Sceaux (92)
Lorsque la volonté et l’engagement politique d’un maire se conjuguent pour faciliter et accélérer la rénovation énergétique chez les propriétaires de maisons, cela mène au développement d’entreprises locales du bâtiment et à la diminution du nombre de chômeurs. Lorsque les relations entre les industriels, les professionnels du bâtiment et les élus se transforment, se développe alors une coopération au service de l’intérêt général et se dessinent les prémices d’une mobilisation et de la mise en œuvre d’investissement publics et privés. Lorsque l’ensemble des habitants d’une commune bénéficient égalitairement d’un accompagnement sur-mesure, du droit de vivre dans de bonnes conditions, sous un toit sain, et d’une amélioration sensible de leurs finances et de leur niveau de vie…, c’est que le parcours de rénovation énergétique performante est en cours de déploiement et produit ses premiers effets !
Rénovation énergétique et qualité architecturale : un enjeu majeur pour le bien commun
Par Corinne LANGLOIS et Fabienne FENDRICH
Service de l’Architecture du ministère de la Culture
La France s’est fixé comme objectif de diviser par six ses émissions de carbone d’ici à 2050. Les cibles assignées au secteur du bâtiment ne sont pas atteintes. Penser la rénovation énergétique, c’est modifier le bâti et son environnement, mais c’est également changer le cadre de vie de ses occupants, en mal ou en bien : en mal, c’est contraindre les usages par des dispositions techniques inadaptées ; en bien, c’est conjuguer amélioration énergétique et nouveaux usages. C’est pour cette raison que la rénovation énergétique ne doit pas être dissociée du projet architectural. Les architectes répondent à ce défi au travers de nouvelles formes d’intervention, toujours mus par une recherche de qualité pour tous, de plus de durabilité et de haute valeur ajoutée tant dans le neuf qu’en matière de réhabilitation. La rénovation du parc existant, en étant une alternative à la démolition, permet d’être en cohérence avec les objectifs à atteindre en matière d’émissions de gaz à effet de serre et de bilan énergétique. Le ministère de la Culture, et particulièrement le service de l’Architecture, s’attache à accompagner toutes les initiatives positives et expérimentales en lien avec ces enjeux contemporains.
Accélérer la rénovation en Europe grâce à l’intelligence artificielle
Par Quentin PANISSOD et Pedro GOMES LOPES
Groupe Vinci
Le projet RenovAIte est une initiative franco-allemande visant à accélérer la rénovation des bâtiments et des routes et à en améliorer la performance environnementale et économique grâce à l’intelligence artificielle. Ce projet part d’une situation à première vue paradoxale réunissant, d’une part, l’urgence climatique et, d’autre part, la nécessité d’investissements massifs dans le développement de technologies d’intelligence artificielle voraces en ressources(1). De plus, ces technologies ne figurent pas parmi les besoins clés pour l’accélération de la rénovation énergétique. C’est pourtant un levier qui peut changer la donne et a réussi à réunir un consortium éclectique autour de l’innovation pour la rénovation : la plateforme d’innovation Leonard et plusieurs autres entités du groupe Vinci, le groupe Action Logement, le laboratoire de recherche OFFIS, le centre d’innovation VIA IMC et la plateforme d’intelligence artificielle souveraine française, ALEIA. Ensemble, nous allons engager pour 8 millions d’euros de travaux de recherche et développement pour partir à la conquête de gains en performance environnementale et économique à travers la rénovation des logements et des routes. Dans cet article, nous décrivons les enjeux de cette démarche, les différentes applications d’intel-ligence artificielle existant en matière de rénovation et le contenu du projet RenovAIte, dont les premiers travaux qui ont débuté en mars 2022 se poursuivront jusqu’à mars 2025. C’est aussi un appel à contributions et à une mutualisation des efforts entre tous les acteurs européens du secteur dans le but de partager nos pratiques et créer un leader mondial sur ce champ d’application.
Bâtiment 4.0 : un pré-requis à toute rénovation énergétique
Par Emmanuel FRANÇOIS
Président de Smart Buildings Alliance (SBA)
La transition numérique caractérise, autant que la transition énergétique, l’évolution de notre organisation socio-économique collective. Pour combiner ces deux transitions, le président de la Smart Buildings Alliance, Emmanuel François, propose de déployer en priorité une infrastructure combinant numérique et rénovation énergétique pour des bâtiments 4.0, cette infrastructure hébergeant des plateformes (numériques et interconnectées) de services s’adressant aux occupants. Parmi ces services (bâtimentaires ou urbains), figurent la mobilité électrique et la recharge des véhicules électriques.
