Mars
2022

sommairE

ENJEUX

NUMéRIQUES

S’approprier et apprendre le numérique
Numéro complet
Ce numéro a été coordonné par
Nicolas CHAGNY

N° 17

Préface

Par Cédric O
Secrétaire d’État chargé de la Transition numérique et des Communications électroniques

Introduction

Par Nicolas CHAGNY
Directeur général de WebForce3 et Président de l’Internet Society France

Échange avec Roch-Olivier MAISTRE, président de l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom), sur le rôle des médias dans l’apprentissage des savoirs numériques

Propos recueillis par Nicolas CHAGNY

Diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris, titulaire d’une licence de sciences économiques, et ancien élève de l’École nationale d’administration (1982), Roch-Olivier Maistre est administrateur de la Ville de Paris de 1982 à 1986. Il rejoint ensuite le cabinet de François Léotard, ministre de la Culture et de la Communication, en tant que conseiller de 1986 à 1988. Entre 1988 et 1991, Roch-Olivier Maistre est sous-directeur des Affaires économiques à la direction des Finances et des Affaires économiques à la Ville de Paris, puis directeur de cabinet du secrétaire général. Il occupe ensuite le poste de directeur général de la Comédie française de 1993 à1995 avant de devenir secrétaire général du Conseil de Paris de 1995 à 2000. Entre 2000 et 2005, il rejoint la présidence de la République en tant que conseiller pour l’Éducation, la Culture et la Communication. Il intègre la Cour des comptes en 2005 et y occupe successivement les postes de conseiller-maître à la quatrième chambre, responsable du secteur Affaires étrangères, premier avocat général au Parquet général, président de chambre et rapporteur général. Il s’est vu décerner les titres d’officier de l’ordre national de la Légion d’honneur, d’officier de l’ordre national du Mérite, et de commandeur des arts et lettres. Roch-Olivier Maistre préside le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) depuis le 4 février 2019. Le 1er janvier 2022 et en application de la loi du 25 octobre 2021 relative à la régulation et à la protection de l’accès aux oeuvres culturelles à l’ère numérique, l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) est née du rapprochement du CSA et de la Haute autorité pour la diffusion des oeuvres et la protection des droits sur internet (Hadopi).

La deuxième révolution éducative

Par Gilles BABINET
Entrepreneur du numérique

et Florence RIZZO
Entrepreneur social dans l’éducation

Dans le monde occidental, une première révolution éducative s’est produite au XIXe siècle permettant la démocratisation de l’accès à l’éducation. Lorsque la révolution numérique a commencé à prendre de l’ampleur, l’idée, qui fut probablement la plus partagée, sera celle d’une massification de l’éducation à une échelle plus importante encore. En plus de la gratuité, la personnalisation et l’adaptation des parcours aux besoins et au rythme de l’apprenant sont des sujets d’espérance forte. Mais au-delà de cette massification de l’accès aux savoirs, l’enjeu est de permettre aux jeunes générations de grandir en conscience, et de cultiver leur capacité à inventer des solutions pour résoudre les défis complexes et planétaires auxquels nous sommes collectivement confrontés.

« Génération nu »

Par Pierre BELLANGER
Fondateur et président-directeur général de la radio Skyrock

Se former au numérique ? Voici un regard décalé de la nouvelle génération sur cette injonction provenant de classes d’âge dépassées par la révolution en cours. À l’heure de la désintégration de la sphère privée, de l’irruption des automates décisionnels et d’une souveraineté numérique illusoire, il est demandé à « nos jeunes » de prendre leur destin numérique en mains… Cette incantation tout à la fois tragique et burlesque méritait ces quelques pages.

La famille, un lieu clef pour l’apprentissage du numérique

Par Marie-Andrée BLANC
Présidente de l’Union nationale des associations familiales (Unaf)

Les écrans et les outils numériques occupent une place importante dans le quotidien et l’espace-temps des familles, suscitant inquiétudes et questionnements des parents. Pour l’Union nationale des associations familiales, la famille peut être un lieu de l’apprentissage du numérique. Mais pour cela, il convient de redonner confiance aux parents ; sur Internet, face aux écrans…, les enfants ont besoin d’eux pour grandir. Pour ce faire, les parents doivent avant tout s’appuyer sur des principes de parentalité et ainsi capitaliser sur leur expérience de parents : anticiper les risques, s’intéresser aux activités de l’enfant, poser des règles, susciter la discussion et l’échange, afin de donner du sens aux activités numériques des enfants et d’éveiller chez eux un regard critique sur ces pratiques numériques.

S’approprier le numérique pour ne pas être exclu(e) : le numérique pour toutes et tous

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Rendre le numérique accessible au quotidien

Par Orianne LEDROIT
Ancienne conseillère du secrétaire d’État chargé de la Transition numérique et des Communications électroniques

La médiation numérique pour l’inclusion

Par Pierre GASTÉ
Cofondateur du réseau de solidarité numérique Net SOLIDAIRE

Il y a ceux qui connaissent, ceux qui croient connaître, et ceux qui ignorent les enjeux et les codes du numérique, mais tous sont confrontés à une société qui subit des mutations réelles. Ces mutations, dues à la révolution numérique, touchent la société au plus profond de ses mécanismes. Elles touchent même le comportement humain de manière insidieuse et durable, nous entraînant vers ce que nous pourrions qualifier d’esclavage moderne. Interrogeons-nous sur ces mutations, définissons les objectifs de l’inclusion et regardons comment la médiation numérique peut répondre à cet enjeu majeur de notre société. Projetons-nous vers les nouveaux métiers de l’inclusion numérique, pour faire de l’avenir de nos enfants un avenir inclusif pour le plus grand nombre.

Pour un service public du numérique

Par Martine FILLEUL
Sénatrice du Nord

Face aux difficultés de nombreux citoyens posées par la dématérialisation croissante, et après différents travaux menés au sein de la Commission supérieure du numérique et des postes et au sein du Sénat, Martine Filleul milite pour que l’État organise un véritable service public du numérique, et pour que la lutte contre l’« illectronisme » devienne une politique publique à part entière.

Territoires intelligents partagés et citoyens

Par Anna ANGELI
Consultante et formatrice chez Gestions locales, coordinatrice pédagogique auprès de l’association d’insertion PoleS, et correspondante régionale Auvergne-Rhône-Alpes pour Villes-Internet

Qu’ils vivent en zones rurales, urbaines, centres aisés ou périphéries populaires, les habitants prétendent à des services modernes, personnalisés et communs, équitables, efficaces et aussi humains. Selon sa situation géographique, sociale ou culturelle, on n’appréhendera pas le numérique, ni ne le maîtrisera de la même manière. Pour les décideurs, les acteurs politiques et économiques convaincus de ses avantages et de ses bénéfices, il est déployé, espéré, et revendiqué, car facteur de développement, d’attractivité, d’innovation, de lien social et d’accès aux connaissances. Malgré cela, il est aussi facteur de désordres et de fractures. L’enjeu pour l’ensemble des acteurs est d’intégrer ces opportunités autant que les inquiétudes, de définir collectivement un projet numérique local, d’en garantir la maîtrise et la gouvernance pour que cette transformation inéluctable soit ambitieuse, raisonnée et réussie, sans marginalisations sociétales supplémentaires.

Apprendre le numérique, une opportunité pour les personnes en situation de handicap

Par Véronique BUSTREEL
Directrice de l’Innovation, de l’Évaluation et de la Stratégie de l’Association de gestion du fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées (Agefiph)

Alors que le secteur du numérique est en pleine croissance, les employeurs peinent à recruter. Afin que les opportunités issues de cette révolution bénéficient à tous, notamment aux personnes en situation de handicap, les différents acteurs de la recherche, de la formation, de l’accompagnement et de l’entreprise doivent s’associer pour initier une dynamique vertueuse qui profite à tous. Les personnes en situation de handicap restent encore trop exclues du monde du travail et doivent pouvoir bénéficier de cette transformation qui bouleverse les organisations du travail et l’emploi, en se saisissant des opportunités générées par les innovations pour l’emploi des personnes handicapées. En structurant des réponses coordonnées pour permettre la détection et l’éclosion des talents, notamment par la formation, et en veillant à ne pas créer de nouvelles barrières à l’inclusion professionnelle des personnes handicapées du fait d’une accessibilité impensée et non maitrisée, la mobilisation des acteurs doit permettre de transformer ces opportunités en réalités.

Plus de compétences numériques, partout

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Miser sur l’apprentissage pour répondre à la pénurie des profils numériques

Par Alain ASSOULINE
Fondateur et président du réseau des écoles WebForce3

Le numérique est un secteur en croissance exponentielle, car il est utilisé dans tous les autres secteurs de l’économie. 230 000 postes seront à pourvoir d’ici à 2025. Et pourtant, face à cette nécessité urgente dans un secteur dynamique, en constantes mutations, notre système de formation aux métiers du numérique n’a pas changé. L’écart se creuse entre ce qu’il est capable de fournir et les besoins des entreprises. N’est-il pas temps de sortir d’un élitisme inadapté et d’ouvrir au plus grand nombre l’accès à ces métiers ? L’apprentissage dès le niveau baccalauréat est le moyen le plus massif. Il nécessite une préparation opérationnelle des candidats pour leur intégration dans l’entreprise. En décloisonnant formation initiale et formation continue avec une large offre de formations, il serait possible d’orienter les salariés de tous les secteurs, ainsi que les demandeurs d’emploi, vers ces métiers. Pour trouver les talents dont il a besoin, le numérique doit renouveler et diversifier les profils.

Former massivement par le numérique : une révolution

Par Marc-François MIGNOT MAHON
Président de Galileo Global Education

La formation numérique rend possibles la réduction drastique et durable du chômage des jeunes, et la formation des actifs tout au long de la vie. Là où croît le danger – la transition technologique – croît aussi ce qui sauve – le moyen de former des centaines de milliers d’individus – pour donner la capacité à chacun de faire, et non de subir, cette transition. Non seulement le e-learning abolit les distances, démultipliant la capacité de formation, mais il fait entrer en formation des individus qui ne seraient jamais allés à l’école. Replacer des centaines de milliers de jeunes, qui sont « sortis » du système, dans l’emploi et la socialisation professionnelle est possible. Proposer à des milliers d’entreprises, surtout sur les territoires, des jeunes employables, correspondant à leurs besoins de développement, c’est aussi possible. La réponse à ces deux questions critiques, c’est la numérisation des formations couplée à l’apprentissage.

Modes d’évaluation numérique des apprentissages

Par Benoît SILLARD
Président de TestWe

L’évaluation des apprentissages connait une évolution fondamentale avec l’émergence des e -examens et du contrôle continu numérique. C’est la fin des grandes salles d’examens et des copies « papier ». Les étudiants peuvent, depuis chez eux, utiliser leur propre ordinateur, travailler sur des documents multimédias, obtenir leurs résultats très rapidement, tout en étant surveillés à distance. C’est non seulement une révolution technique mais surtout un changement pédagogique, qui nécessite une conduite du changement volontariste.

La longue marche du numérique dans les entreprises

Par Sylvie HÉAS
Directrice générale de Sequoia

La révolution numérique est aussi, sinon plus, importante que la révolution industrielle de la fin du XIXe siècle. Elle est avant tout une profonde réinvention des modes de circulation et de production de l’information dans la société et les organisations, couplée à de nouvelles notions qui bousculent les relations entre toutes les parties prenantes. Le partage, le collaboratif, le transversal, l’aplatissement des hiérarchies, les relations clients-entreprises plus directes, l’entrée du sociétal en entreprise… les modèles et les usages se réinventent, et de plus en plus vite. Les modes d’apprentissage sont également bousculés par le numérique. Les entreprises doivent composer avec un nouveau monde technologique qui peine encore à s’intégrer de manière naturelle dans le quotidien des collaborateurs. Cette nouvelle réalité irrigue les nouveaux processus, et réclame à tous de faire preuve de capacités d’adaptation importantes.

Performance et médias sociaux : les entreprises sont-elles au rendez-vous ?

Par Sandrine ANDRO
Conseil en communication & marketing

Les médias sociaux sont définis comme un groupe d’applications basées sur Internet qui, sur les fondements idéologiques et technologiques du Web 2.0 , permettent la création et l’échange de contenus générés par les utilisateurs1. Les entreprises les emploient à des fins différentes : communication, marketing, recrutement, vente… Le niveau de performance recherché par une entreprise dans son utilisation des médias sociaux est à corréler à son niveau de maturité. Quelle que soit sa taille, si le terrain n’est pas préparé et que l’organisation est immature, les performances escomptées seront entravées. Il est donc essentiel de suivre les évolutions organisationnelles, opérationnelles et technologiques de l’entreprise. Cette démarche conduit à réfléchir chacune de ses présences sociales suivant la progression de sa courbe d’apprentissage. Depuis la simple recherche de partage jusqu’à celle de la création de valeur, ses objectifs s’inscrivent alors dans un parcours équilibré. Quels constats établir quant à la maturité des entreprises dans l’utilisation des réseaux sociaux ?

Les relations complexes de l’appropriation et de l’apprentissage, le cas des avis de salariés

Par Daniel PÉLISSIER
Enseignan t-chercheur en Sciences de gestion, université Toulouse Capitole, IUT Rodez, Laboratoire IDETCOM

L’appropriation d’un dispositif est non seulement une question technique, mais aussi sociale, politique, culturelle… Les plateformes d’avis de salariés sont un bon exemple de ce principe. Elles existent en France depuis 2008, et cette histoire longue montre une appropriation complexe par de multiples acteurs. L’analyse met en évidence un processus évolutif qui n’enferme pas le dispositif et son usager dans une relation strictement individuelle, isolée d’un contexte. Par l’approche sociotechnique soutenue dans cet article est questionné l’apprentissage : que doit-on enseigner pour que des apprentissages pertinents puissent se construire ? Des choix opposés se centreraient sur la technique ou le social, l’un excluant l’autre. Selon l’auteur, il s’agit plutôt de lier ces deux dimensions, considérant que toute technologie est sociale. Apprendre les usages des plateformes d’avis de salariés est alors une façon d’apprendre une partie des logiques sociales de notre monde.

Pour une intelligence artificielle inclusive

Par Franck COHEN et Pierre ORSATELLI
Association PassW

L’intelligence artificielle est une technologie nouvelle qui s’appuie sur trois révolutions concomitantes. Elle suscite de nombreuses interrogations tout en semblant trop souvent brider l’expression et l’action. Pourtant, sa vitesse de diffusion devrait inciter les entreprises à se mobiliser afin d’en tirer avantage. Un effort particulier doit être conduit en direction des nouveaux métiers autour de la data . Pour accompagner ce vaste mouvement, l’Europe devrait prendre des mesures exceptionnelles à même de susciter l’indispensable effort de sensibilisation et d’inclusion. Ainsi, la réussite de l’essor de l’intelligence artificielle nécessite notamment de former de nouveaux profils, afin de favoriser sa diffusion en direction du tissu de petites et moyennes entreprises européennes.

HORS DOSSIER

La e-santé en France, ça avance !

Par Laura LÉTOURNEAU
Ingénieure des mines

La transformation de notre système de santé ne pourra avoir lieu sans un développement massif et éthique du numérique en santé en France. Il doit se faire selon la doctrine de l’« État-plateforme ». L’État-plateforme, c’est la conviction que l’État ne doit pas bâtir des cathédrales à lui seul, mais qu’il doit définir les règles élémentaires de construction, fabriquer les clés de voûte, et inviter chacun à apporter sa pierre à l’édifice, au service d’une oeuvre construite collectivement. Depuis 2019, la e -santé avance à marche forcée. Le Covid-19 a accéléré encore la dynamique. C’est désormais à nous tous, acteurs de la e -santé en France, professionnels de santé dévoués, associations volontaires, agents publics audacieux, industriels, éditeurs et startuppers infatigables, citoyens impliqués, de transformer l’essai, avec enthousiasme et détermination, pour faire de la France et l’Europe les leaders de la e -santé !

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