Février 2022
sommaire
Réalités industrielles
Les industries culturelles et créatives
Ce numéro a été coordonné
par la Recherche et de l’Innovation à Gobelins, l’école de l’image
Introduction d'Aurélien PALIX
La culture : une industrie plurielle à part entière face à des enjeux de globalisation
Retour sur les industries culturelles
Par Xavier GREFFE
Dans ce texte, nous décrivons l’évolution d’un concept né de la médiatisation d’activités artistiques et culturelles au départ en face-à-face jusqu’à celui d’économie créative, en soulignant comment à chaque étape le modèle économique sous-jacent a changé (subvention/mécénat ; prix ; abonnement).
Industries culturelles et politiques publiques : un concept fédérateur, une ambiguïté féconde
Par Jean-Baptiste GOURDIN
Directeur général des Médias et des Industries culturelles, ministère de la Culture
Le concept d’industries culturelles, né de la théorie critique et initialement absent du décret fondateur du ministère des Affaires culturelles, a progressivement trouvé sa place dans l’organisation administrative et dans l’action publique, au point de devenir pour les entreprises qui s’en réclament, un étendard fédérateur, et pour les politiques culturelles, un fondement assumé. Mettant en lumière les caractéristiques communes que les acteurs de l’économie culturelle ont en partage, il est à la source d’un renouvellement tant intellectuel qu’opérationnel des politiques culturelles, qui cherchent à dépasser les silos traditionnels et à développer la transversalité. Il n’est toutefois dénué ni d’ambiguïtés, quant à son périmètre, ni de tensions, quant aux conséquences qu’il implique du point de vue de l’intervention publique.
Analyse de la situation internationale des industries culturelles et créatives
Par Ernesto OTTONE R.
Sous-directeur général pour la culture de l’Unesco
Les industries culturelles et créatives (ICCs) constituent un véritable levier pour le développement économique des pays et contribuent à promouvoir la créativité des sociétés et à offrir des opportunités pour imaginer de nouveaux futurs. Avant de donner un aperçu global des ICCs, il est important d’avoir conscience de leur hétérogénéité eu égard à leur taille, leur secteur d’activité, leur situation géographique et aux cadres de gouvernance dans lesquels elles évoluent. Les ICCs sont aujourd’hui traversées par de profondes transformations mettant à mal leur développement, voire, pour certaines, leur pérennité. La pandémie de Covid-19 a bouleversé le secteur culturel à travers les mesures sanitaires mises en place pour ralentir la propagation du coronavirus. Cette crise a également induit une accélération du poids des plateformes numériques, avec l’émergence de pratiques culturelles alternatives ébranlant de façon structurelle la chaîne de valeur des ICCs, qui, pour certaines, n’en tirent guère profit. Face à ces défis, il est indispensable d’œuvrer à la création d’un environnement propice à la créativité, à l’innovation artistique et à la diversité des expressions culturelles, tout en accompagnant au mieux la transition numérique du secteur et en protégeant les libertés fondamentales.
Les industries culturelles et créatives : un levier de valorisation de l’exception culturelle et de la Francophonie
Par Gaël de MAISONNEUVE
Délégué aux Affaires francophones au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères
Les industries culturelles et créatives contribuent significativement à la cohésion sociale et à l’emploi des jeunes et des femmes. La Francophonie joue un rôle essentiel dans la valorisation de ces industries, entravées dans leur déploiement en Afrique par des obstacles d’ordre technologique. En donnant la priorité aux initiatives promouvant l’usage des nouvelles technologies, les principaux acteurs du secteur soutiennent le cinéma, l’audiovisuel et la littérature accessibles en ligne dans les pays du Sud, et travaillent à accroître la visibilité en ligne des contenus culturels francophones. Pour ce faire, le Président de la République, Emmanuel Macron, a souhaité la réalisation de projets conférant une grande notoriété à la création francophone : il s’agit des États généraux du livre en langue française et du Congrès mondial des écrivains de langue française qui se sont tenus en septembre 2021, ainsi que l’ouverture, courant 2022, de la Cité internationale de la langue française, au château de Villers-Cotterêts.
Les industries culturelles françaises et le pouvoir d’influence
Par François CHAUBET
Professeur d’histoire contemporaine à Nanterre
La diplomatie culturelle française, historiquement constituée autour d’une politique de diffusion de la langue à la fin du XIXe siècle, a été longtemps réticente à l’utilisation des industries culturelles, à l’exception toutefois des filières du livre et du cinéma. Celles-ci ont en effet bénéficié d’aides diverses pour leur exportation ou pour leur protection globale. Les années 1980 ont marqué un changement d’attitude. La recherche d’une influence culturelle plus tangible, en partie d’ordre économique, s’est affirmée avec la création des attachés audiovisuels, notamment au sein des ambassades. Autour du tourisme sportif ou d’une active politique d’expansion muséale à l’étranger, la diplomatie culturelle française tente désormais de combiner plus harmonieusement culture et économie.
Les ICC françaises à la conquête de l’international
Par Christophe LECOURTIER
Directeur général de Business France
Les industries culturelles et créatives (ICC) françaises sont en pleine expansion, en France et dans le monde. En ce qu’elles sont et parce qu’elles contribuent au rayonnement international de notre pays, elles constituent en outre un facteur déterminant d’attractivité et de stimulation générale de nos exportations. Le potentiel export de ces entreprises pâtit cependant de leur taille réduite, de leur faible propension à croître et de leur investissement encore insuffisant dans le numérique. Néanmoins, le dynamisme entrepreneurial de la filière, les mesures prises par le gouvernement et l’extension de l’accompagnement à l’export par immersion laissent augurer un essor renouvelé de nos ICC après la parenthèse de la crise sanitaire.
Les industries culturelles face à l’émergence du digital : focus sur certains secteurs
Réflexions sur l’avenir du cinéma face aux plateformes américaines de streaming
Par Jean-François MARY
Membre du collège de l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique
Le cinéma en tant que genre esthétique peut-il résister à l’expansion des plateformes américaines de streaming à travers le monde ? La salle de cinéma restera-t-elle le lieu privilégié dans lequel le septième art a jusque-là trouvé un socle pour son développement ? Beaucoup d’incertitudes subsistent quant à l’avenir, mais l’essentiel de l’enjeu va se déterminer dans les prochaines années.
Le jeu vidéo : un secteur où la France est en pointe
Par Yves GUILLEMOT
Président-directeur général d’Ubisoft
Véritable phénomène de société, le jeu vidéo est aujourd’hui entré dans tous les foyers de France et touche des milliards de personnes sur la planète. Média hybride et inclusif, il crée des liens entre l’art et la technologie, et aussi entre les personnes. Il peut ainsi réunir des joueurs à travers le monde, dans des expériences qui repoussent les limites de la créativité et de l’innovation pour enrichir leur vie, c’est-à-dire en faisant en sorte que le temps passé dans ces univers leur apporte de vrais bénéfices. Ce secteur est créateur de valeur sur le long terme et la France dispose de nombreux atouts pour faire entendre sa voix sur la scène internationale. Il reste de nombreux défis technologiques et sociétaux à relever, ensemble, pour réaliser pleinement le potentiel de cette industrie au carrefour de l’ entertainment et de la tech.
La distribution des biens culturels à l’heure du numérique
Par Denis MOLLAT
Dirige la librairie Mollat
Plus ancien produit culturel, le livre, luxe accessible qui a résisté à toutes les crises, affronte cependant depuis quelques années la révolution du numérique qui modifie en profondeur les circuits économiques de distribution, créant de nouveaux usages chez les clients. Les différentes périodes du confinement ont pu servir de révélateur des atouts et des faiblesses du monde du livre. C’est parce qu’il a les moyens de mettre à son service la technologie que le libraire, acteur incontournable de la vie de la cité, saura pérenniser son commerce et mettre au service de celle-ci son savoir et son savoir-faire irremplaçables.
Pour un égal accès au livre
Par Frédéric DUVAL
Directeur général d’Amazon.fr
Le commerce en ligne et l’innovation technologique sont des opportunités pour l’industrie du livre, et pour la lecture en général. Opposer les canaux de diffusion des biens culturels en surtaxant les ventes en ligne creuserait les inégalités territoriales au nom d’une vaine querelle des Anciens et des Modernes. Les lecteurs et la lecture en seraient les grands perdants.
Rester vivant : les nouvelles scènes du Live
Par Malika SEGUINEAU
Directrice générale du PRODISS
Le spectacle vivant est soumis à la dématérialisation des contenus et des produits culturels, ainsi qu’à la captation des spectacles. Les expériences live accessibles en ligne se multiplient et transforment le rapport qu’entretiennent les publics à la culture . Elles créent de nouveaux usages et de nouvelles attentes. La société des écrans produit-elle une « culture de l’écran » ? Jusqu’où l’expérience Web bouscule-t-elle les fondamentaux du spectacle vivant, sa relation au temps, son lien à l’autre, son caractère par nature exceptionnel et éphémère ? Le recours au digital est-il en passe de devenir exclusif, voire la norme ? Quelle place et quel horizon pour le spectacle vivant au sein d’une industrie culturelle de plus en plus « plateformisée » ? Plusieurs réflexions sont menées, que la crise sanitaire a fortement encouragées et même accélérées. Elles engagent les acteurs de la scène à investir de nouveaux espaces, à la fois physiques et numériques, tout en restant bien vivants.
Le numérique : une opportunité
La fédération et la dynamisation des industries culturelles et créatives en France passeront par l’innovation et les nouvelles technologies
Par Thomas COURBE
Directeur général des Entreprises ‒ Ministère de l’Économie, des Finances et de la Relance
Le concept même d’industries créatives peut parfois interroger. Pourtant la richesse de la création contemporaine repose sur des savoir-faire techniques et des technologies qui relèvent aussi d’une approche industrielle. C’est également à travers l’innovation que les acteurs culturels pourront être amenés à mieux collaborer, alors que les possibilités de synergie sont particulièrement importantes entre des sous-secteurs aujourd’hui largement compartimentés. Dans cette perspective, l’action du gouvernement, au travers de la constitution d’une filière des industries culturelles et créatives et de la mobilisation de moyens inédits dans le cadre des plans France Relance et France 2030, vise à mettre l’innovation et la technologie au service des acteurs culturels en vue de soutenir la capacité de création française et d’en faire un atout pour la croissance et l’emploi sur nos territoires.
Le numérique à la BnF : un objectif global
Par Laurence ENGEL
Présidente de la Bibliothèque nationale de France
La Bibliothèque nationale de France est depuis plus de 25 ans un opérateur numérique. Elle en maîtrise toutes les facettes et en exploite les possibilités pour réaliser l’ensemble de ses missions – conservation, numérisation, entrée des productions nées numériques, gestion patrimoniale du Web, catalogage, valorisation… ‒, la conduisant à formaliser sa stratégie dans une approche globale et à la réactualiser régulièrement. Acteur transversal, à la croisée de toutes les industries culturelles et créatives, et habituée à partager ses outils comme son patrimoine, elle tente de sensibiliser ses partenaires à une vision « totale » d’une technique qu’il s’agit de maîtriser pour ne pas y être soumis. Elle est aussi décidée, au-delà de son orientation résolument technologique, à rappeler que le monde physique est notre premier destin.
Perspectives et opportunités pour les technologies immersives (réalité virtuelle, réalité augmentée, mapping vidéo interactif) dans le secteur culturel
Par Chloé JARRY et Alexandre ROUX
Lucid Realities
La France est parmi les pays de la création artistique et culturelle l’un des plus en pointe en matière de réalités immersives. Les œuvres françaises sont présentées et primées dans les plus grands festivals du monde entier. Œuvres cinématographiques, œuvres d’artistes, expériences en animation ou adaptation d’environnements ou de personnages venant du jeu vidéo, les technologies immersives sont un nouveau champ de la création culturelle, à la convergence de nombreux autres secteurs, et essaiment tant dans les musées que dans le secteur du jeu ou de l’ entertainement . La réalité virtuelle est un médium qui s’installe dans le paysage culturel français et autour duquel émerge tout un écosystème en devenir. Les pouvoirs publics l’ont bien compris et misent sur ce secteur en pointe des industries culturelles et créatives pour positionner la France comme un champion à la fois innovant et créatif, mais à la condition de soutenir à la fois la formation, les moyens techniques et un tissu de sociétés de production et de studios encore fragile.
Rendre la culture accessible dans tous les territoires grâce au numérique
Par Didier FUSILLIER
Président de l’établissement public du parc et de la Grande halle de La Villette (EPPGHV)
Le programme Micro-Folie, véritable plateforme au service des territoires, est un dispositif de politique culturelle porté par le ministère de la Culture et est coordonné par La Villette en lien avec douze partenaires fondateurs : le Centre Pompidou, le château de Versailles, la Cité de la musique-Philharmonie de Paris, le Festival d’Avignon, l’Institut du monde arabe, le Louvre, le musée national Picasso-Paris, le musée d’Orsay, le musée du quai Branly-Jacques Chirac, l’Opéra national de Paris, la Réunion des musées nationaux-Grand Palais et Universcience. Chaque Micro-Folie propose des contenus culturels ludiques et technologiques. Elle peut s’installer partout (dans une médiathèque, une salle des fêtes, un lieu patrimonial, le hall d’une mairie, un commerce, une école...) et ses activités, gratuites, s’adressent à tous les publics. Réseau culturel de proximité, Micro-Folie permet d’animer les territoires en s’adaptant à leurs besoins, dans un espace chaleureux et offrant une multitude d’activités accessibles.
Former les talents des ICC : la somme de tous les défis ?
Par Arnaud LACAZE-MASMONTEIL
Enseignant à la direction de la Recherche et de l’Innovation à Gobelins, l’école de l’image
Il n’est pas anodin de conclure ce numéro consacré aux ICC par l’angle de la formation, qui est une condition évidente et essentielle de leur dynamisme, de leur avenir et de leur pérennité. On observe d’ailleurs des similitudes fertiles entre les ICC et le champ de l’éducation, que l’on peut tous deux qualifier d’activités « artisano-industrielles » et qui sont confrontés pareillement à la loi de Baumol. La formation aux secteurs créatifs doit ainsi relever les divers défis liés plus ou moins étroitement à ces spécificités, qu’il s’agisse de la déferlante du numérique, de l’ouverture à l’international, de la diversité, des relations avec les entreprises...
Hors dossier
Une banque mutualiste peut-elle rester à la fois sociale et compétitive ? Le cas du Crédit populaire du Maroc
Par Pr. Rachid M’RABET, Pr. Fouad MACHROUH, Pr. Meriem SEFFAR et Badr FIGUIGUI
Groupe ISCAE
Historiquement au service des artisans, des petites et moyennes entreprises, le Crédit populaire du Maroc, banque mutualiste, est confrontée, depuis quelques années, à une rude concurrence et à l’évolution des besoins de sa clientèle historique. À l’image des banques mutualistes européennes, le Crédit populaire du Maroc a été contraint de rechercher de nouvelles voies devant lui permettre d’améliorer sa performance et sa rentabilité. Ainsi, la Banque intègre de nouveaux métiers, développe ses activités de financement et d’investissement en direction des grandes entreprises et devient un acteur de référence en Afrique subsaharienne. En dépit de sa structure capitalistique unique au Maroc, le groupe bancaire affiche d’excellents indicateurs d’activité et de rentabilité. Une question se pose toutefois : le Crédit populaire du Maroc est-il resté fidèle à ses missions originelles d’inclusion financière, de bancarisation de la population à bas revenus, de financement des petits commerçants et de banque socialement responsable ?
