Novembre 2021

sommaire

Réalités industrielles

La compétitivité de la France au sein de l’Europe

Numéro complet
Ce numéro a été coordonné
par Serge CATOIRE,

Introduction de Serge CATOIRE et Grégoire POSTEL-VINAY

Diagnostic/constats

Compétitivité française : perspective historique et enjeux stratégiques

Par Grégoire POSTEL-VINAY
Ingénieur général des Mines

Le rôle de l’État dans l’organisation du système productif, présent dans tous les grands pays, a beaucoup évolué depuis la Seconde Guerre mondiale, en même temps que les objectifs de compétitivité et les structures publiques chargées d’y répondre, dont la direction générale des Entreprises (DGE) est aujourd’hui une composante majeure. Ainsi, la politique industrielle française a été confrontée à l’ouverture croissante de l’économie nationale, aux restructurations de pans entiers de l’industrie française et à l’évolution de son champ du fait de l’élargissement des effets des politiques de concurrence et commerciale européennes. Cet article retrace sommairement dans ses deux premières parties les constantes (les outils de développement, de régulation, le rôle de la technologie), les objectifs poursuivis (régaliens, économiques, sociétaux) et les principales évolutions de structures administratives qui ont visé à remplir ces objectifs. Dans sa troisième partie, sont décrits les principaux enjeux actuels (en particulier, des trois transitions numérique, énergie et climat, la santé et la démographie). La quatrième est consacrée à quelques pistes permettant d’y répondre.

La politique industrielle de retour au coeur de l’action publique

Par Rémi LALLEMENT, Vincent AUSSILLOUX et Philippe FROCRAIN
France Stratégie

Depuis une décennie, le retour en grâce de la politique industrielle est motivé par la montée en puissance d’une série d’enjeux systémiques au plan mondial. La crise de la Covid-19 a rendu encore plus aigu le besoin de réorientation de l’appareil industriel, y compris dans ses interactions avec le secteur des services. En France, où la désindustrialisation a été singulièrement marquée, ces changements nécessaires relèvent d’une double logique. D’une part, ils doivent renforcer le système productif en améliorant la soutenabilité environnementale, la compétitivité des entreprises et l’attractivité du territoire, notamment via des leviers transversaux en termes de fiscalité, de formation, de capital-risque et de recherche publique. D’autre part, il s’agit de faire évoluer la spécialisation productive au travers de mesures ciblées. À cet égard, miser sur l’innovation radicale et les technologies de rupture nécessitera sans doute de faire davantage de paris risqués, quand l’enjeu le justifiera.

France/Allemagne : des similitudes et des différences

Par Sylvaine BRUNEAU
Présidente du comité Allemagne des conseillers du commerce extérieur de la France

La stratégie industrielle 2030 adoptée par la France et l’Allemagne et orientée autour de trois axes amène ces deux pays à prendre des mesures importantes dans tous les secteurs de l’économie pour assurer la compétitivité de leurs industries respectives à l’international. Cependant, les structures économiques et l’environnement socio-culturel qui leur sont propres, conduisent la France et l’Allemagne à mettre en place des mesures différentes prenant en compte leurs atouts et faiblesses respectifs. Ces différences doivent être perçues comme représentatives de la complémentarité entre ces deux pays qui constituent un socle solide pour le développement de l’Europe.

Politiques transversales : situation et enjeux

Quelles compétences pour quelle compétitivité ?

Par Alain CADIX
Membre de l’Académie des technologies

La France doit résoudre un problème de compétitivité de son industrie et un problème de niveau de qualification (donc de compétence) de sa population active. Les deux sont liés. L’organisation, le capital humain et le management sont trois leviers primordiaux de la compétitivité des entreprises (loi OHM). Les compétences technologiques constituent une composante majeure du capital humain. Elles sont marquées par l’instabilité et l’imprévisibilité de la diffusion de technologies clés, à quoi s’ajoute leur hybridation. Cela appelle des compétences nouvelles. Les compétences collectives, essentielles pour que l’entreprise innove ou s’adapte, sont déterminées par des compétences transversales. La qualité de l’organisation et du management y contribue. Dans ce contexte, les politiques centrées sur les qualifications, au niveau de l’entreprise comme au niveau de la société, sont déterminantes. Le retour en force de l’industrie ne pourra s’opérer qu’en s’appuyant sur des qualifications adaptées aux nouveaux contextes.

Pourquoi la recherche académique française souffre-t-elle d’une perte d’attractivité ?

Par Valérie MIGNON
Université Paris Nanterre, EconomiX-CNRS et CEPII

Dans cet article, nous présentons les raisons pour lesquelles la recherche académique française perd du terrain sur la scène scientifique internationale. Après avoir dressé un état des lieux général de la recherche en France, nous nous consacrons au cas particulier du système universitaire français. Nous mettons en avant le fait que les difficultés budgétaires des universités, le manque de financements récurrents des laboratoires, le déficit de moyens humains, la lourdeur et la multiplicité des tâches administratives, la faible attractivité des salaires et des carrières dans le milieu académique, mais aussi les freins aux partenariats entre recherche publique et recherche privée constituent des défis à relever afin que la France retrouve une position de premier plan dans la recherche au niveau mondial.

Politique de concurrence et stratégie industrielle

Par Jean-Paul TRAN THIET
Avocat au Barreau de Paris

Politique industrielle et politique de concurrence sont souvent considérées comme un oxymore, notamment au niveau de l’Union européenne. Cet article, sans remettre en cause l’existence même d’une politique de concurrence qui a contribué à l’intégration économique de nos pays, appelle à une révision de certaines des disciplines imposées par Bruxelles lesquelles constituent des obstacles au développement d’une stratégie industrielle lucide, à l’heure d’une mondialisation qui tourne à l’affrontement économique. Sont principalement visés le contrôle des concentrations et celui des aides publiques, mais aussi l’insuffisante prise en compte du principe de réciprocité dans l’accès aux marchés. Enfin, la prégnance forte de l’économie digitale suppose un aggiorna­mento indispensable à la restauration d’une influence des pouvoirs publics.

Régulation des plateformes numériques : le moment européen

Par Quentin NAVARO AUBURTIN et Mathieu WEILL
Direction générale des Entreprises – Ministère de l’Économie, des Finances et de la Relance

Le 15 décembre 2020, la Commission européenne a publié deux projets de règlements, le Digital Markets Act (DMA) et le Digital Services Act (DSA). L’objectif : créer le cadre de la régulation des grandes plateformes numériques pour les dix à vingt prochaines années, tant au regard de leurs pratiques économiques devenues hégémoniques qu’au regard du traitement des contenus, traitement pour lequel elles doivent rendre des comptes au plan démocratique. Actes politiques majeurs et longtemps attendus, ces textes sont l’affirmation par l’Europe de ses valeurs et de sa volonté d’établir un modèle ambitieux et précurseur de régulation, à l’instar de ce qui avait été ré­alisé en matière de protection des données personnelles à travers le RGPD en 2016. Dans cette édification novatrice d’un droit européen de la régulation des plateformes, la France joue depuis plusieurs années un rôle moteur et sa présidence de l’Union européenne en 2022 sera l’occasion de concrétiser ces avancées.

Politiques granulaires versus vision globale Pour une action enfin stratégique

Par Henri LAGARDE
Chef d’entreprise

Outre les dépenses, la France est des trente-huit pays de l’OCDE celui qui pèse le plus ‒ et de loin ‒ sur les sociétés en matière de prélèvements obligatoires. La comparaison des comptes d’exploitation pro forma de trois PME industrielles européennes (une allemande, une danoise et une française) montre l’impact de ces choix mal raisonnés de la France sur la compétitivité de ses entreprises, avec, en toile de fond, une politique économique granulaire qui, depuis 1974, s’appuie principalement sur des relances par la consommation qui est sous-taxée en France, au détriment de la production qui, elle, est surtaxée. Nos concurrents étrangers bénéficient ainsi d’un fantastique effet de passager clandestin. Comment sortir de ce piège ? Non par des mesures granulaires, mais en déployant une stratégie globale à l’instar de celle des « pays phénix », ces vieux pays industriels confrontés dans le passé aux mêmes difficultés. Baisse des prélèvements obligatoires sur les entreprises et hausse de la TVA en sont les piliers.

2022-2027 : cinq années pour arriver à bien financer les entreprises en France

Par Jean-Paul BETBEZE
Professeur émérite de sciences économiques, Université Paris Panthéon-Assas

Les entreprises françaises vont-elles poursuivre la vive reprise qu’elles manifestent aujourd’hui ? Comment les aider, au moins, à continuer ? C’est la question du moment, sachant qu’elles sont entrées dans la pandémie plus endettées et moins rentables (ceci expliquant en large partie cela) que nombre de leurs concurrentes étrangères, notamment allemandes. Elles n’en sortiront plus fortes, car changées, qu’avec plus d’innovations, d’investissements dans l’informatique et de for­mation, ainsi qu’avec, en même temps, plus de mobilisation, de profits, mais aussi… de dettes.

La politique française d’innovation

Par Arnaud DELAUNAY et Paul CATOIRE
Sous-direction de l’Innovation (SDI) de la direction générale des Entreprises (DGE)

Légitimée par la théorie économique contemporaine, la politique d’innovation est un axe central des politiques économiques actuelles pour augmenter les gains de productivité et la compétiti­vité hors-coûts, développer de nouveaux services et secteurs et accélérer le renouvellement du tissu économique. Si elle s’appuie en France sur un certain nombre d’outils fiscaux, financiers et normatifs bien établis, elle fait l’objet d’ajustements réguliers pour conforter son efficacité, dans un contexte marqué par le dynamisme d’autres pays en la matière. Depuis 2018, l’accent est à cet égard particulièrement porté sur l’innovation de rupture, le soutien réaffirmé et modernisé aux marchés et technologies de demain et l’importance donnée aux jeunes entreprises innovantes ( start-ups et scale-ups ).

Compétitivité, coût et mobilisation du travail : vingt ans de divergences entre la France et l’Allemagne

Par Denis FERRAND et Emmanuel JESSUA
Rexecode

La perte de compétitivité de la France depuis le début des années 2000 constitue l’un des faits économiques majeurs de notre histoire récente. Nous montrons dans cet article qu’elle est le principal facteur explicatif de la divergence depuis vingt ans entre le niveau de PIB par habitant de la France et celui de l’Allemagne. En France, les entreprises industrielles ont vu leur compétitivité coût se dégrader au début des années 2000, alors même que leurs prix de vente demeuraient dictés par la concurrence internationale. Progressivement, de nombreuses entreprises industrielles n’ont pu survivre à la compression de leurs marges qu’elles ont enregistrée sur le territoire français. Les entreprises qui ont subsisté ont en outre été incitées à accentuer leurs gains de productivité par une substitution accrue du capital au travail, et ce au détriment des salariés les moins qualifiés. Dans cet article, nous procédons à une analyse de la perte de compétitivité des entreprises françaises à l’export et de la désindustrialisation subie par la France comparativement à ses voisins européens, ainsi que du maintien d’un chômage de masse élevé dans notre pays et de la divergence de revenu par habitant entre la France et l’Allemagne.

Politiques de filières

Politiques de filières : le cas de l’Énergie

Par Olivier APPERT
Membre de l’Académie des technologies, président de France Brevets et conseiller du centre Énergie de l’IFRI

et Patrice GEOFFRON
Professeur à l’Université Paris-Dauphine

Si la transition bas carbone déplace les équilibres au sein du « trilemme énergétique » vers les impératifs environnementaux, les enjeux industriels en forment néanmoins une composante es­sentielle. Sans engager ici une large discussion sectorielle, nous proposons de revenir sur les conditions de structuration au XXe siècle de deux filières énergétiques, celles du pétrole et du nucléaire, et de poser ensuite quelques éléments d’un cahier des charges en vue de l’émergence d’une filière de l’hydrogène au XXIe siècle. Cet « exercice » permet à la fois de révéler des perma­nences (un effort continu sur l’ensemble de la filière, formation comprise) et des différences (les règles de la concurrence au sein de l’Europe et dans un monde globalisé). Au-delà de la France, si les Européens disposent déjà d’atouts industriels, la construction d’une filière de l’hydrogène impliquera pour eux un effort sur le très long terme, alors même que ses effets sur la concrétisa­tion des objectifs environnementaux de l’Union européenne à l’horizon 2030 seront limités. Notre conviction est que la construction d’une filière hydrogène tiendra lieu de test de la capacité de cette Union, en quête de souveraineté, à s’inscrire avec constance dans le temps long.

Enjeux de compétitivité de la filière Chimie

Par Luc BENOIT-CATTIN
Président de France Chimie

Deuxième secteur exportateur français (62 Mds€ en 2019), la chimie est un secteur à forte valeur ajoutée qui irrigue l’ensemble de l’économie productive. Grâce à sa capacité d’innovation et à une politique de différenciation sur ses activités aval, la chimie en France a su s’adapter face à une donne mondiale qui s’est profondément transformée depuis quinze ans avec la montée en puissance de l’Asie et la révolution du gaz de schiste aux États-Unis. Elle a néanmoins perdu du terrain par rapport à ses concurrents européens. Une phase nouvelle s’ouvre aujourd’hui avec le double défi des transitions écologique et digitale, qui doivent être appréhendées comme des opportunités. Notre société vit un changement radical de paradigme, qui remet en lumière la place centrale de la chimie dans les mutations technologiques et industrielles à grande échelle qui devront intervenir dans les dix ans qui viennent. La crise de la Covid-19 a cristallisé cette prise de conscience et le plan de relance a consacré une première étape de soutien à la filière. Cet effort doit absolument s’inscrire dans la durée en privilégiant le soutien à l’investissement dans les technologies de rupture qui contribuent au renforcement de la chimie européenne, tout en créant les conditions d’une compétitivité durable du site France lui permettant de tirer son épingle du jeu dans la compétition intra-européenne.

Ce que les neurotechnologies soulèvent comme enjeux éthiques et légaux Compétitivité et santé

Par Olivier BOGILLOT
Président de Sanofi France

La crise sanitaire a replacé le secteur de la santé au rang de priorité stratégique de la France et de l’Union européenne. L’un de ses enjeux majeurs est la revue en profondeur des politiques bud­gétaires de baisse des prix qui ont, depuis plus d’une décennie, obéré la croissance nécessaire aux investissements privés, et ainsi fragilisé l’outil industriel, éloignant du territoire des activités de production et les emplois correspondants. Durant la crise, des initiatives exceptionnelles se sont développées sous l’action des industriels des produits de santé : ce sont des collaborations pour produire le plus de doses de vaccin possible, la mise en commun de données relatives au génome du virus de la Covid-19 ou des investissements pour permettre des reconversions indus­trielles et des capacités de production. Pour la France, le potentiel que recouvre la possibilité pour elle de devenir le leader européen en produits de santé est certain, à la condition que les facteurs nécessaires au soutien d’une indé­pendance de la production chimique, de la bioproduction et de l’essor du numérique soient réunis. Des moyens financiers considérables sont déjà mobilisés au niveau budgétaire (en France et en Europe), mais aussi par le biais de projets particuliers (PIIEC) ou de la création d’une agence de prospective (HERA). Des initiatives contribuant à concrétiser ces ambitions émergent déjà, comme la création d’un leader européen dans la production de principes actifs (EuroApi), le déve­loppement de l’Alliance France bioproduction ou encore le Campus Biotech Digital, dont l’objectif est de développer les compétences de demain dans ces activités. Dès lors que la France et l’Europe considèrent la santé comme un secteur stratégique, elles doivent se doter de stratégies à plus long terme, définir des politiques volontaristes d’accompa­gnement de ce secteur et investir dès maintenant pour assurer les innovations de demain, en intégrant toutes les dimensions indispensables à ces succès, comme la gestion des données en santé ou les plateformes d’analyse des données de vie réelle.

Quels enjeux et défis régaliens dans le numérique, notamment en matière de cybersécurité ?

Par Patrice CAINE
Président-directeur général de Thales

La cybersécurité ne doit pas être seulement vue comme une formalité contraignante pour pro­téger nos systèmes d’information. Elle est, pour ma part, la condition du succès de notre écono­mie numérique. Nous nous arrêterons d’abord sur la variété des menaces et la multiplicité des contextes que recouvre le terme de « cybersécurité ». Puis nous nous interrogerons sur la capa­cité de la France et de l’Europe à assurer leur souveraineté numérique alors que les équipements et logiciels venant des États-Unis et de Chine irriguent tous les systèmes d’information. Elles le pourront, selon moi, à condition de structurer une filière française et européenne et d’y in­jecter les moyens financiers et humains nécessaires. Car les compétences existent, en particulier dans des groupes industriels comme Thales. Reste donc aux autorités, tant au niveau français qu’européen, à sonner la mobilisation générale pour que nous puissions nous affirmer en tant que leaders dans des domaines aussi structurants que l’intelligence artificielle, l’Internet des objets ou la cryptographie post-quantique.

Compétitivité et calcul à haute performance

Par Jean-Claude ANDRÉ
Ancien directeur du Cerfacs, correspondant de l’Académie des sciences et membre de l’Académie des technologies

et Gérard ROUCAIROL
Ancien directeur scientifique du Groupe Bull et président honoraire de l’Académie des technologies

La capacité de calculer aux limites du possible fournit des avantages majeurs pour accroître les connaissances, concevoir de nouveaux produits ou services compétitifs et préparer des systèmes d’armes efficaces. Cependant, l’évolution de la physique des semi-conducteurs ainsi que la ca­pacité de collecter et d’utiliser des données massives mènent à une véritable révolution dans les architectures de supercalculateurs et les méthodes de simulation. Après avoir décrit des exemples d’usage avancé de la puissance informatique au bénéfice de la recherche, de l’industrie et de la Défense, nous présenterons les ruptures en cours tant au niveau du matériel qu’à celui des mé­thodes. Les opportunités offertes par ces ruptures en termes de structuration du marché de la haute performance seront alors évoquées. Elles conduisent à placer la France comme un des quatre pays du monde, mais le seul pays européen à pouvoir participer à la course à la puissance de calcul et à permettre à l’Europe de fonder une politique de souveraineté en matière de numérique.

Compétitivité externe décroissante et vulnérabilités : un besoin d’actions publiques résolues pour l’agroalimentaire

Par Marion GUILLOU
Administratrice indépendante et membre du Haut Conseil pour le climat

Hugues de FRANCLIEU
Directeur de projets, en charge de l’industrie agroalimentaire, à la direction générale des Entreprises (DGE) ‒ Ministère de l’Économie, des Finances et de la Relance

et Claire SAINT-FÉLIX
Statisticienne et économiste

Que s’est-il passé depuis mai 2020 en matière de compétitivité du secteur agroalimentaire fran­çais [1] ? Les fondamentaux agronomiques ou économiques n’ont guère changé. La balance commerciale de la France dans ce secteur est toujours globalement excédentaire. Mais sa lente dégradation se poursuit. Le décrochage des parts de marché de la France par rapport à ses prin­cipaux concurrents européens est manifeste. Les différents auteurs de cet article attribuent ce décrochage à un manque de « compétitivité » – qu’il s’agisse du coût du travail dans ce secteur, de la faiblesse de ses gains de productivité, de la compétitivité hors-prix ou de causes plus struc­turelles. Tous les acteurs ne s’accordent pas pour autant sur l’urgence à agir et les remèdes à em­ployer. L’élément nouveau, depuis 2020, est que la « souveraineté alimentaire » est revenue dans les débats. « Déléguer notre alimentation est une folie », disait le Président de la République [2] au début de la crise liée à la Covid-19, alors que les supermarchés peinaient à fournir au rythme souhaité farine, lait ou œufs à des Français redécouvrant le plaisir de pratiquer la pâtisserie à do­micile. Dès lors, la résilience de ce secteur devient une préoccupation, un fondement de l’action publique, et certains de ses intrants rejoignent la liste des « biens sensibles » [3].

Les principaux enjeux du secteur de la construction

Par Pierre-André de CHALENDAR
Président du conseil d’administration de la Compagnie de Saint-Gobain

Le secteur de la construction a trois enjeux majeurs : le premier s’inscrit dans l’objectif renforcé de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 55 % d’ici à 2030 et celui d’atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050. Beaucoup de pays, qui représentent 70 % du PIB mondial, se sont engagés à atteindre ce double objectif. Le deuxième enjeu réside dans l’utilisation des ressources primaires qui a triplé ces cinquante dernières années. Le bâtiment est en effet un très gros consommateur de matières premières, et le rythme d’extraction et de production nous précipite inéluctablement vers l’épuisement de ces ressources. Enfin, le troisième enjeu est d’ordre démographique : les prévisions tablent sur une augmentation de la population urbaine de deux milliards d’habitants sur les trente prochaines années. Là réside toute la problématique à laquelle le secteur de la construction se trouve confronté : comment réussir à atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050 et à réduire son utilisation des ressources primaires, tout en répondant à la demande en logements consécutive à l’augmentation de la population mondiale ?

Quels enjeux pour le secteur du tourisme français suite à la pandémie de Covid-19 ?

Par Caroline LEBOUCHER
Ingénieure générale des Mines, directrice générale d’Atout France, l’agence française de développe­ment touristique

Mars 2020, la France, première destination touristique mondiale, connaissait un premier confine­ment. Musées, monuments, parcs de loisirs, théâtres, restaurants et bars fermaient leurs portes ; aéroports et gares étaient soudainement désertés ; foires, salons et congrès annulés ; les dépla­cements restreints… Pour le secteur du tourisme mondial, la pandémie a entraîné une chute d’activité inédite, im­pactant l’ensemble des acteurs du secteur. Alors que la reprise du secteur devrait être lente et graduelle, et sujette à l’évolution de la situation sanitaire mondiale, la crise a mis en lumière l’im­portance économique et sociale du secteur Tourisme, loisirs et affaires, qui pesait 7,4 % du PIB en 2019, ainsi que sa contribution décisive à la balance des paiements courants de la France (excédent du poste Voyages de 11 Mds€ en 2019). Dix-huit mois plus tard, et grâce notamment à des mesures massives de soutien des pouvoirs publics (plus de 30 Mds€ entre mars 2020 et juin 2021), le secteur du tourisme français montre globalement sa capacité de résilience et de rebond. Se posera toutefois la question de la capacité des entreprises à rembourser les prêts garantis par l’État le moment venu. La crise s’est par ailleurs révélée être un accélérateur en matière d’innovation et de transformation numérique du secteur, mais également l’occasion d’une prise de conscience de la fragilité d’un secteur globalement très dépendant des mobilités internationales et des connectivités aériennes, ainsi que de la nécessité d’améliorer son impact environnemental et sociétal. Et si la pire crise affrontée par le secteur du tourisme devait s’avérer être pour lui une opportunité ? Opportunité de s’adapter, de se transformer, d’innover ? Autant d’opportunités d’investissements nouveaux, de création d’activités nouvelles et d’une attractivité pour ses métiers renouvelée ? L’analyse de la crise et de son impact, comme l’observation des nouvelles tendances émergentes sont riches d’enseignements pour développer une politique nationale du tourisme ambitieuse fa­vorisant un tourisme plus compétitif, attractif, innovant, résilient et durable. Tel est l’objet du plan de reconquête et de transformation du tourisme que le Président de la République devrait présen­ter en novembre 2021. Atout France a contribué activement à l’élaboration de ce plan et prendra toute sa part à sa mise en oeuvre.

Hors dossier

Responsible innovation in neurotechnology, practical examples from translational projects

Par Tracy LAABS
PhD, Chief Development Officer, Wyss Center for Bio and Neuroengineering

Progress in neurotechnology is advancing rapidly driven by unmet needs for therapies to treat neurological disorders. New technologies raise ethical questions and responsible innovation is needed at every step of the development process. Here we describe two research projects breaking new ground in neurotechnology and neurobiology respectively. The first, a brain-computer interface, enables people who are completely locked-in to communicate in real time using their brain signals to control a communication device. The second assesses the feasibility of using photobiomodulation (PBM) as a therapy in the fight against neurodegenerative disorders like Parkinson’s and Alzheimer’s disease. We briefly consider the ethical aspects of both projects and conclude that organizations developing new neurotechnologies should consult with experts in neuroethics and put quality systems which require development in line with accepted international standards in place early in the development process. They should additionally engage in an open dialogue with society around the impact of their technology. Finally, they should anticipate potential unintended use of new technologies and engage with professional organizations to facilitate the translation of applied research ethics into government policy.

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