Juin
2020
sommairE
ENJEUX
NUMéRIQUES
Ce numéro a été coordonné par
Michel SCHMITT
N° 10
Introduction
Par Michel SCHMITT
Usages et économie des contenus
Mutation des écosystèmes de médias
Par Olivier BOMSEL
La dimension sémantique et institutionnelle des médias induit une organisation industrielle en écosystèmes complexes où de nombreuses firmes interagissent pour valoriser des récits. La numérisation introduit dans ces écosystèmes de nouveaux supports et de nouveaux médias qui altèrent non seulement la production et la distribution, mais la structure même et l’agrégation des récits. Dans cette profonde mutation, l’ensemble des modèles tarifaires qui finançaient la création se trouve également bouleversé. L’adaptation des firmes de médias historiques passe par une recomposition très profonde de leur offre et de leurs méthodes de tarification.
Nouvelles plateformes entre télévision et cinéma : quelles mutations en cours ? Quels impacts sur les contenus ?
Par Valery MICHAUX
Les plateformes de SVOD ( Subscription Video On Demand), du type de Netflix , ont véritablement révolutionné les modes de consommation de la télévision et du cinéma et introduit la série comme un nouveau genre hybride entre les deux mondes. Ce sont sans doute les faces les plus connues des mutations en cours. Mais le succès des plateformes a induit une seconde mutation plus souterraine : une totale recomposition du secteur des télévisions payantes et gratuites avec une consolidation sans précédent des grands groupes du secteur de la télévision et du cinéma. Pendant que les opérateurs télécom rachètent certaines de ces entreprises et lancent de nouvelles plateformes, d’autres fusionnent pour lancer également leurs propres plateformes. A côté d’eux, les géants d’Internet confirment leur pénétration dans le monde des contenus et renforcent l’intensité concurrentielle au sein du secteur avec des plateformes de plus en plus sophistiquées. Cet article tente de décrypter les mutations en cours et leurs impacts sur les contenus : d’une part, créativité renforcée, liberté de ton, course aux contenus originaux et exclusifs et rôle de plus en plus crucial des systèmes de recommandations devant cet hyperchoix ; d’autre part, fuite des films d’auteur sur les plateformes soulevant quelques interrogations, industrialisation des productions, guerre des talents alimentant une bulle financière, contenus qui doivent faire leurs preuves rapidement.
La dynamique stratégique des plateformes digitales : analyse du marché de la formation en ligne
Par François ACQUATELLA
Les plateformes sont de nouvelles organisations singulières qui jouent un rôle central dans l’architecture des différents marchés auxquels elles s’adressent, le marché de la formation en est un exemple caractéristique. Ces organisations relèvent d’un nouveau paradigme de développement économique fondé sur des stratégies de captation et de création de valeur spécifiques au numérique. Ainsi, les récents modèles d’affaires observés sur le marché de la formation se développent autour d’un modèle de plateforme « à deux versants » leur permettant d’offrir simultanément un intérêt d’usage pour deux catégories d’agents « faces », représentant autant de versants d’un marché biface. Toutefois, le développement croissant du nombre de plateformes digitales dans la sphère éducative renvoie à une pluralité de stratégies au levier de l’exploitation des données recueillies et de leur médiation algorithmique. Cet article vise à en analyser les spécificités, à travers l’identification de leurs attributs techno-stratégiques différenciateurs.
Les stratégies de visibilité, le rôle des plateformes
Par Philippe BOUQUILLION
La proposition centrale de cette contribution dédiée aux stratégies de mise en visibilité des contenus conduites par les plateformes est que ces dernières tentent de forger la croyance dans l’efficacité des systèmes algorithmiques de recommandation afin de renforcer leur position face aux utilisateurs, à d’autres acteurs industriels et face aux autorités publiques et de régulation. Ces dispositifs présentent ainsi une dimension matérielle mais aussi une dimension idéelle. Il convient de mettre en tension leur rôle affiché, l’appariement entre offre et demande de contenus dans le cadre d’une abondance de contenus offerts sur les plateformes, avec leur concours à l’instauration et à la légitimation de rapports de force favorables aux plateformes. Pour ce faire, il peut être nécessaire ne pas considérer l’économie des productions culturelles seulement comme une économie de l’attention mais aussi comme une économie de l’incertitude.
Gallica, mine d’or et source de culture
Par Arnaud BEAUFORT
La bibliothèque numérique Gallica, nourrie par les ressources de la Bibliothèque nationale de France et de plus de 400 partenaires, donne librement accès à plus de 6 millions de documents. Sa mise en ligne en 1997 a contribué à un renouvellement des rapports aux contenus, en particulier pour le grand public (dont les accès au patrimoine se sont diversifiés) et, bien sûr, pour les chercheurs. Afin de toujours mieux s’inscrire au cœur du Web, sur la route des internautes, Gallica se recompose sans cesse. Il s’agit à la fois de référencer les documents en parlant le langage des moteurs, de construire des communautés d’utilisateurs – et de bâtisseurs à travers le dispositif des marques blanches – qui fonctionneront autant comme des relais que comme des catalyseurs, et d’éclairer la collection en mobilisant l’intelligence humaine. Le service public qui se dessine ainsi constitue un terreau pour le patrimoine numérique à venir, tant en matière de contenus qu’en termes d’exploration et d’appropriation.
Outils du Web
Artificial Intelligence – Challenges for the future
Par Michalis VAZIRGIANNIS
Artificial intelligence has set off a revolution affecting nearly all aspects of socioeconomic activities. The production and storage of unprecedented quantities of data, the abundance of computational resources, the investments made and the huge interest shown by industry all ensure AI’s dominance in many tasks, some of them currently done by people. By enabling us to solve problems that we did not use to even imagine tackling, AI is expected to reshape our society, economy and governance. The value it adds will probably not be evenly shared among countries, whence the increasing risk of a wider gap between countries and between social classes. Handling and managing AI’s huge capacity is mainly a political decision in which powerful industries need to participate.
Une toile de fond pour le Web : lier les données et lier leurs vocabulaires sur la toile, pour un Web plus accessible aux machines
Par Fabien GANDON
Le Web touche plus de 3 milliards d’utilisateurs directs. Cependant, depuis plusieurs années il n’est plus seulement utilisé par les humains mais aussi par les machines. Cet article explique comment se tissent sur la toile un Web de Données et un Web sémantique pour y décrire tout ce qui peut être identifié, et pour échanger entre machines et à l’échelle mondiale des données structurées dans tous les domaines, ainsi que les règles et vocabulaires qui donnent leur sens à ces données et en permettent l’utilisation et la réutilisation.
Métopes, édition et diffusion multisupports : un exemple de déploiement à l’EHESS
Par Emmanuel VINCENT
Les problématiques de convergence numérique, de valorisation et de circulation des données de la recherche amènent à revoir les stratégies de diffusion éditoriales et les solutions techniques pour les mettre en œuvre. Métopes (Méthodes et outils pour l’édition structurée) répond à cette attente à travers les outils qu’elle propose et la formation à leur usage. À partir d’un fichier XML-TEI pivot, ouvert et pérenne pour l’archivage, cette chaîne d’édition multisupport pensée sur le modèle du single-source publishing permet en effet de générer les formes papier et numérique et d’alimenter les plateformes SHS, en associant des métadonnées requises au format ONIX. Une sémantisation des contenus à l’appui de référentiels ou de vocabulaires contrôlés vient au besoin les enrichir, les rendant adaptés à la perspective de l’édition en réseau (interopérabilité). Grâce à Métopes, l’éditeur garde la main sur sa production et ses choix de diffusion. La cellule Métopes mise en place aux Éditions de l’EHESS offre un exemple de déploiement à grande échelle au sein d’un établissement et de ses partenaires institutionnels, mais aussi de coopération étroite avec les porteurs du projet.
Archiver le Web ou le Web comme archive ?
Software Heritage : l’archive universelle des codes sources du logiciel
Par Roberto DI COSMO
Le logiciel est au cœur de toutes les activités de nos sociétés modernes, et le code source de ces logiciels contient ainsi une partie grandissante de nos connaissances techniques, scientifiques et organisationnelles, jusqu’à devenir une partie de notre patrimoine culturel. Il est aujourd’hui essentiel de préserver ce patrimoine : c’est la mission relevée par Software Heritage, qui construit une archive universelle spécifiquement conçue pour les codes sources des logiciels, un bien commun qu’il faut rendre disponible à tous. La tâche est immense et les enjeux sont colossaux : il s’agit d’un côté de préserver le passé du logiciel, ce qui demande un effort de recherche considérable, et il s’agit de l’autre côté de construire un grand instrument permettant d’observer le développement logiciel présent et de préparer de meilleurs logiciels pour le futur. Il s’agit aussi de construire une infrastructure internationale pour réconcilier la préservation de ce bien commun avec la souveraineté des nations.
L’archivage du Web ou le Web comme mémoire des sociétés contemporaines
Par Alexandre CHAUTEMPS
De plus en plus, nous vivons sur le Web. Une part croissante des discussions, de la production d’idées, de l’activité artistique se déroule sur le Web et ne fait plus l’objet de publications imprimées. Pourtant, la pérennité des ressources disponibles sur le Web n’est pas garantie. Une page accessible aujourd’hui sur le Web pourra, dans quelques années, être devenue introuvable. D’où la nécessité de préserver le Web dans des archives fiables, capables de reproduire un comportement le plus proche possible de celui du Web vivant. Ces archives constitueront des sources essentielles pour les chercheurs qui, demain ou après-demain, travailleront sur notre époque. Les chercheurs d’aujourd’hui ont d’ailleurs déjà commencé… Dans cet article, nous proposons un bref historique de l’activité d’archivage du Web, tout en évoquant les diverses questions et problématiques soulevées par cette activité. Ensuite, nous nous intéressons à divers projets de recherche prenant pour matériau privilégié les archives Web et tentons d’esquisser quelques pistes pour l’avenir.
Le Programme interministériel d’archivage VITAM
Par Jean-Séverin LAIR
L’archivage est indispensable même dans le numérique. L’archivage public est un élément clé de la continuité de l’État. Sans archivage numérique public, nous risquons un « Alzheimer d’Etat ». Faire de l’archivage numérique nécessite de réconcilier la nanoseconde avec le siècle, le flux et la preuve. Le programme interministériel d’archivage numérique VITAM a été lancé en 2015 pour apporter une réponse aux grands acteurs de l’archivage. Au cœur du programme, se trouve le développement d’un logiciel libre d’archivage, évolutif, simple et facilement interfaçable, qui permet la gestion unitaire et sécurisée de milliards d’objets. Porté à l’origine par les ministères de la Culture, des Affaires Etrangères et des Armées, le programme a rallié de multiples utilisateurs, tant publics que privés, tous impliqués dans une approche collaborative. La première phase, 2015-2019, aura été celle des débuts, avec un produit porté par une communauté d’usage et encore voué à évoluer et s’enrichir.
