Février 2020

sommaire

Réalités industrielles

L'assurance aujourd'hui

Numéro complet
Ce numéro a été coordonné
par Pierre-Charles PRADIER

Introduction: Pierre-Charles PRADIER,

Perspective cavalière sur l’industrie de l’assurance

L’industrie française de l’assurance

Par José BARDAJI
Fédération française de l’assurance (FFA)

L’assurance en France collecte près de 220 Md€ de cotisations et dispose d’un portefeuille de placements de 2 411 Md€, l’équivalent de 102 % du PIB. Ces chiffres reflètent le poids économique particulièrement élevé de cette industrie, qui accompagne tous les Français, ménages ou entreprises, à tous les stades de leur vie ou de leur développement. En effet, l’assurance protège les Français et leurs biens (voiture, habitation…) contre des risques de toutes natures. Elle protège aussi l’activité et les biens des entreprises, de plus en plus des conséquences d’une cyber-attaque. Elle finance l’économie, les entreprises et les administrations publiques, principalement européennes, grâce notamment au succès de l’assurance vie.

Les principaux marchés mondiaux d’assurance

Par Jean-François OUTREVILLE
Professeur émérite Burgundy School of Business Université de Bourgogne Franche-Comté

Cette étude présente deux caractéristiques importantes des marchés d’assurance dans le monde. Le premier aspect est la relation entre le développement de l’assurance et le développement économique qui a été évaluée dans de nombreuses études empiriques. Le deuxième est l’importance de l’assurance dans le contexte de la libéralisation des échanges commerciaux et de la globalisation des activités financières. L’analyse proposée dans cet article démontre cette relation par le biais des investissements directs à l’étranger comme moteur du développement des marchés.

Les fortunes contrastées de l’assurance et du courtage

Par Pierre-Charles PRADIER et Delphine MANTIENNE
Propos recueillis par Pierre-Charles PRADIER et Delphine MANTIENNE

La réassurance : de la garantie de la stabilité financière globale à la couverture assurantielle des effets du réchauffement climatique

Par Patrick THOUROT
Inspecteur général des Finances honoraire

La réassurance est mal connue, alors qu’elle joue un rôle économique primordial dans la garantie de stabilité du système financier, dans la création et la gestion de la capacité de transfert des risques et dans le développement de l’assurabilité des « risques de pointe » et des risques émergents. De ce fait, les réassureurs sont en première ligne dans les travaux d’évaluation et de gestion des effets du réchauffement climatique et dans l’assurance de la transition écologique.

L’assurance et la protection financière de l’agriculture

Par Didier FOLUS
CEROS, Université Paris Nanterre

Pierre CASAL RIBEIRO CEROS
CEROS, Université Paris Nanterre

Bruno LEPOIVRE
Pacifica, Crédit Agricole Assurances

et Antoine ROUMIGUIÉ
Airbus Defence & Space

Les productions agricoles sont soumises à des aléas portant sur les prix des récoltes, sur leur rendement ou encore sur leur état sanitaire. Si la gestion du risque de prix repose largement sur l’utilisation d’instruments financiers adaptés ou d’aides publiques, celle du risque de rendement fait appel à l’assurance subventionnée et à des fonds publics. Les différents contrats d’assurance récoltes – multirisque climatique, prairies, chiffre d’affaires – offrent aux agriculteurs des possibilités de couverture encadrées par les règles de la Politique agricole commune, notamment en termes d’aides à la prime. Pour autant, leur taux de pénétration demeure faible au regard des enjeux économiques de l’agriculture française. Forts de ce constat, et face aux évolutions climatiques supposées, les entreprises d’assurance, les associations professionnelles d’agriculteurs et les pouvoirs publics cherchent à accroître le degré de mutualisation du risque, afin d’offrir au monde agricole des solutions de protection financière performantes. C’est ainsi que sont mobilisées différentes techniques comme la télédétection satellitaire, les modèles indiciels d’assurance, la micro-assurance, ou encore le transfert du risque vers les marchés financiers, afin de traiter les différentes composantes du risque, de nature idiosyncratique ou systémique. Les travaux de recherche associés à cette démarche réunissent des entreprises d’assurance, du secteur spatial ou de la météorologie, mais aussi des universités et des laboratoires de recherche. Sous l’égide des pouvoirs publics, les fruits de ces recherches favorisent l’émergence d’un équilibre entre couvertures privées et couvertures publiques, pour une meilleure protection financière de l’agriculture.

Questions d’actualité

Dans quelle mesure les fonds de pension permettraient-ils de résoudre le problème des retraites en France ?

Par Philippe TRAINAR
Professeur titulaire de la chaire assurance du CNAM Directeur de la Fondation SCOR pour la science

L’intérêt des fonds de pension a toujours été contesté en France et, par voie de conséquence, leur place dans l’économie est restée parfaitement marginale. Le débat sur les fonds de pension en France a pu laisser penser, un temps, que leur utilité se limitait à leur capacité à absorber les conséquences du retournement démographique. En réalité, les propriétés économiques de la capitalisation par rapport à la répartition dépassent largement leur capacité à absorber les chocs démographiques. Notamment, elles en font un support extrêmement efficace pour compenser les risques « politiques » que la répartition fait peser sur les retraites. Dans cet article, nous examinons en détail les objections opposées aux fonds de pension, pour constater finalement que la seule vraie difficulté tient aux problèmes soulevés par la transition institutionnelle de la répartition vers la capitalisation. Mais la tendance de notre système de retraite à évoluer vers un système minimaliste beveridgien relativise la portée de cette difficulté.

L’assurance privée peut aider au financement de la dépendance

Par Arnaud CHNEIWEISS
Délégué général de la Fédération française de l’assurance (FFA)

Les perspectives démographiques et financières de la dépendance ne relèvent pas d’une science exacte, mais les ordres de grandeur sont connus. Alors que la France consacre plus de 1,4 % de son PIB à ce domaine, il faudra augmenter substantiellement cet effort, jusqu’à le doubler à l’horizon d’un demi-siècle. Dans ce contexte, les assureurs ont des produits et propositions pour couvrir le grand-âge, qui doivent se combiner avec les ressources publiques pour faire face à l’ampleur des besoins.

L’impact des taux bas sur l’assurance

Par José BARDAJI
Fédération française de l’assurance (FFA)

L’environnement de taux bas a un impact sur l’assurance vie (en euros) et sur l’assurance non-vie. Si l’assurance vie est la plus touchée, elle dispose de marges pour faire face à ses engagements, mais doit accélérer sa mue, notamment au passif, en diversifiant les fonds à destination des épargnants français. La loi Pacte, adoptée cette année, apporte sa contribution en simplifiant les contrats eurocroissance et en accroissant l’attractivité de l’épargne retraite supplémentaire (les nouveaux plans épargne retraite). L’assurance non-vie est certes moins touchée, car l’ajustement périodique des cotisations permet de contrebalancer des évolutions défavorables sur les marchés financiers. Toutefois, la baisse continue des produits financiers implique d’avoir de meilleurs résultats sur le cœur du métier assurantiel. Cette évolution est d’autant plus significative que le risque traité l’est sur une longue période (construction et responsabilité civile).

Big Data, GAFA et assurance

Par Arthur CHARPENTIER
Université du Québec à Montréal

Les sociétés technologiques et le monde de l’assurance auraient tout pour être opposés. Agilité, rapidité, obsession du futur chez les uns, conservatisme, réflexivité, fascination pour les données passées chez les autres. Et pourtant, les deux s’observent et commencent à nouer des partenariats, comprenant que la donnée est leur cœur de métier.

L’assurance en Chine

Par Marc-Philippe JUILLIARD
Directeur S&P Global Ratings Maître de conférences associé, CNAM-ENASS

Après avoir progressé de manière très importante, le marché chinois de l’assurance est aujourd’hui le deuxième plus grand à l’échelle mondiale derrière les États-Unis. Pour autant, la prime d’assurance moyenne par habitant ainsi que la part de l’assurance dans le PIB chinois demeurent très en deçà des niveaux observés dans les pays développés. Cela laisse donc augurer des perspectives de développement toujours très fortes au cours de la décennie à venir. À ce stade, le marché chinois de l’assurance est relativement équilibré entre les secteurs vie et non-vie, ce qui démontre sa maturité grandissante. Il est aussi fortement régulé et dominé par un nombre réduit d’acteurs disposant de fortes parts de marché. Les assureurs étrangers ne représentent pas un poids significatif. Malgré la forte croissance dont ils bénéficient, les assureurs chinois se heurtent à de nombreux défis, tels que le coût des réseaux de distribution, la nécessité d’adapter leur gamme de produits aux besoins changeants des assurés et, enfin, l’impact grandissant des catastrophes naturelles.

Variable Annuities and Systemic Risk

Par Wolf WAGNER
Rotterdam School of Management

This chapter argues that variable annuities may cause systemic risk in the insurance sector. Life insurers, in particular in the US, have transformed their business by moving from largely diversifiable activities to taking on market risk. This exacerbated by the fact the variable annuities are typically supplemented with guarantees. Such guarantees are effectively put-options on the stock market and expose insurers to significant stock market risk. Although insurers hedge a large fraction of the guarantees, the hedging also causes insurers to shift their asset allocation towards illiquid bonds. This backfires in the event of a correlated shock, where collective firesales of illiquid bonds result. The implications for the capital of the US life insurance sector, and systemic risk, are significant.

Perspectives longues

(Ré)assurance et risque systémique

Par Denis KESSLER
SCOR

La crise financière de 2008 a été le catalyseur d’un développement réglementaire bourgeonnant visant le secteur financier, avec une attention particulière accordée à la prévention du « risque systémique ». La (ré)assurance n’est pas source de risque systémique, elle est au contraire une force stabilisatrice pour le système économique et financier dans son ensemble, à la fois par sa capacité à absorber les chocs exogènes et par sa fonction fondamentale de mutualisation des risques à l’échelle globale. Le secteur de la (ré)assurance a amplement démontré sa grande résilience. Les rares assureurs à s’être retrouvés en difficulté lors de la crise l’ont été du seul fait de leurs activités de nature « quasi bancaire » et non du fait de leurs opérations de « (ré)assurance traditionnelle ». Il faut promouvoir le principe d’une réglementation optimale, qui établit un juste équilibre entre stabilité/solvabilité, d’une part, et efficience/croissance, d’autre part. De ce point de vue, il est fondamental que la réglementation n’exige pas des « surcharges » en capital injustifiées pour l’activité de (ré)assurance, alors même que cette dernière contribue intrinsèquement à la résilience des économies et des sociétés.

Comprendre les cycles dans l’assurance

Par Gilles BÉNÉPLANC
Verlingue

L’existence de cycles de résultats est une caractéristique importante du fonctionnement des marchés d’assurance et de réassurance. Une bonne compréhension de ce phénomène reste fondamentale pour les professionnels, même si les récentes conditions de marché et l’abondance de liquidités ont complexifié l’observation et l’analyse des cycles. Il incombe donc à la recherche économique de faire de nouvelles avancées pour mieux modéliser et anticiper la survenance de cycles dans le contexte actuel.

Quel avenir pour les probabilités prédictives en assurance ?

Par Arthur CHARPENTIER
Université du Québec à Montréal Laurence BARRY

Chaire PARI
(Programme de recherche sur l’appréhension des risques et des incertitudes)

et Ewen GALLIC
Aix-Marseille Université, CNRS, EHESS, Centrale Marseille, AMSE

Les polices d’assurance sont des exemples classiques de contrats aléatoires, ce qui force les assureurs à devoir quantifier régulièrement cette incertitude, à calculer des probabilités pour proposer des primes « justes » au regard des engagements qu’ils vont prendre. N’est-il pas temps de s’interroger sur cette pratique à l’heure de l’explosion de l’intelligence artificielle, qui propose des algorithmes prédictifs d’une précision jusqu’alors jamais vue, à l’heure d’un Big Data/Big Brother qui pourrait signifier la disparition même de l’incertitude ?

Régulation

La régulation des assureurs en Europe – Quel juste niveau d’harmonisation ?

Par Bernard DELAS
Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR)

Entrée en vigueur en 2016, la norme Solvabilité II vise à instaurer une équité de traitement prudentiel entre les assureurs en Europe et une sécurité du marché renforcée. Elle a permis des progrès très importants tant sur le plan de la gestion des risques qu’en matière de gouvernance. Mais la nouvelle norme est difficile à appliquer de manière homogène dans un marché européen de l’assurance qui reste très fragmenté. La série de défaillances d’assureurs construction intervenant en France mais originaires d’autres États membres en est une illustration. Cette fragmentation du marché a également un effet sur le recours aux mesures du paquet « Branches longues ». Elles ont effectivement facilité la transition de Solvabilité I vers Solvabilité II, mais elles ont aussi conduit à une grande dispersion des indicateurs de solvabilité, dont la signification peut varier d’un État membre à l’autre. Enfin, il est à noter que l’excessive complexité de la norme rend difficile la convergence des méthodes utilisées par les différents superviseurs nationaux et accroît, au sein des entreprises d’assurance, les risques d’incompréhension entre les équipes techniques et les organes dirigeants.

Solvabilité 2 : les assureurs se sont-ils laissé piéger ?

Par Sylvestre FREZAL
Cofondateur d’Appenin et directeur à Covéa

En dépit d’une gestation difficile, Solvabilité 2 a incarné l’état de l’art en matière de régulation prudentielle des assurances. Début 2016, elle est entrée en vigueur. Elle est aujourd’hui largement décriée. Elle s’appuie sur deux postulats : 1) nous sommes capables de quantifier les risques extrêmes, et 2) les exigences de capital fondent les incitations des dirigeants. S’appuyant sur des modalités opérationnelles induites par ces deux postulats, Solvabilité 2 avait pour objectif d’optimiser la gestion des risques dans les compagnies d’assurance, ainsi que l’utilisation du capital dans cette industrie. Nous proposons ici un retour d’expérience interrogeant la pertinence de ces postulats et les conséquences de cette régulation. Il apparaît que la quantification des risques rares n’est, en termes d’ordre de grandeur, pas fiable ; que les « incitations » mises en œuvre conduisent à dissoudre les responsabilités ; et qu’en homogénéisant la façon de penser le risque, elle introduit un risque systémique.

Are reinsurance companies overcapitalized?

Par Anna BENDER
JLT Re

The cost of insurance and reinsurance tends to follow the classic supply and demand dynamic – if there is too much supply relative to demand, prices will decline and vice versa. In reinsurance, we tend to measure supply in terms of capital, i.e. the money available to (re)insurers to support the risks that they accept from their policyholders. Demand is defined as the amount of premium a (re)insurer is receiving from their policyholders in exchange for taking on a part or all of one or several risks. Over the years the cost of reinsurance has declined to almost unsustainable levels due to an increase in capital relative to demand. We believe that falling prices in the reinsurance industry due to the supply and demand argument are somewhat misguided. The cause for the increasing levels of (re)insurer capital over the past few years are mainly driven by the increasing demands of the rating agencies. High financial strength ratings as assigned by the rating agencies have become a necessity to (re)insurers in order to successfully compete in the market and significant amounts of capital, often far in excess of regulatory demands, tend to be required to achieve a high financial strength rating.

Enjeux et défis de la libre prestation de services pour l’assurance française et européenne

Par Philippe POIGET et Christian PIEROTTI
Fédération française de l’assurance (FFA)

Principal volet du passeport européen, la libre prestation de services est un outil-clé d’approfondissement du marché intérieur en matière financière. Elle permet à une entreprise agréée dans un État membre d’offrir ses services dans tous les pays de l’Union européenne. Dans le secteur de l’assurance, la libre prestation de services a permis de décloisonner les marchés nationaux, de favoriser les échanges intra-européens et de renforcer la coordination entre États. Toutefois, la libre prestation de services pose aujourd’hui des défis majeurs en termes de concurrence équitable et de stabilité des marchés. L’absence d’harmonisation européenne freine l’essor des échanges assurantiels transfrontaliers et révèle les défaillances du marché. Conscientes des risques et défis que présente la libre prestation de services, les institutions européennes doivent s’efforcer de prendre toutes les mesures nécessaires afin d’assurer des pratiques de contrôle convergentes par les autorités de supervision ainsi qu’une concurrence équitable dans l’ensemble du marché unique.

Challenges and opportunities for the insurance sector in Europe

Par Gabriel BERNARDINO
Chairman, European Insurance and Occupational Pensions Authority

The insurance sector is facing many challenges while the rapidly changing business environment also give rise to a number of opportunities. As insurers adapt to the new landscape, insurance regulators and supervisors must also evolve. As insurers, regulators and supervisors navigate the digital revolution, the challenges of cyber risk and corresponding opportunities of cyber insurance, the risks associated with a prolonged low yield environment and the opportunities of taking a stewardship approach in relation to sustainable finance, it is essential that policyholders’ interests remain a priority. Since its inception, the European Insurance and Occupational Pensions Authority (EIOPA) has worked with supervisors across Europe to foster a common approach to supervision to ensure that consumers remain protected no matter where they live or from where they bought their policy. As a European supervisor, EIOPA will continue to work with consumers, industry and supervisors to make sure that Europe is resilient in the face of challenges and open to the opportunities that the next decade will bring.

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