Décembre
2018

sommairE

ENJEUX

NUMéRIQUES

Gouvernances du numérique
Numéro complet
Ce numéro a été coordonné par
Bertrand PAILHÈS

N° 4

Introduction : Gouvernances du numérique, entre doctrine et pratiques

Par Bertrand PAILHÈS

La gouvernance du numérique est un terme polysémique qui touche aussi bien la conduite d’un projet numérique dans une entreprise que les grands équilibres géopolitiques du cyberespace. Si ces enjeux peuvent sembler lointains les uns des autres, ils héritent cependant d’une même matrice, la création de l’Internet, dont les principes d’ouverture et d’horizontalité ont profondément façonné notre société et notre économie modernes. Si la question de la gouvernance de l’Internet connaît de nouvelles évolutions, ses principes continuent de se diffuser et d’être réappropriés dans des secteurs éloignés du numérique, comme les transports ou l’énergie.

L'histoire d'un idéal

La gouvernance, un enjeu transversal d’Internet au numérique

Par Francesca MUSIANI et Valérie SCHAFER

De la gouvernance d’Internet à celle du Web mais aussi de ses archives, en passant par la gouvernance de Wikipédia, de l’Internet des Objets, ou encore par la neutralité du Net, cette contribution témoigne de multiples déclinaisons. Si la gouvernance peut être pensée au pluriel et à plusieurs échelles, de la donnée au « réseau des réseaux », dans cet article, nous montrerons aussi la nuance qu’apporte la notion de « gouvernementalité » pour saisir, en théorie comme en pratique, les manières de faire et d’agir dans les environnements numériques.

Internet est-il un (bien) commun ?

Par Valérie PEUGEOT

Internet et le Web, ces infrastructures qui sous-tendent l’essentiel des services numériques d’aujourd’hui et de demain, ont été pensés par leurs fondateurs comme des biens communs, des ressources partagées ouvertes à l’innovation et la créativité de tout un chacun. Cette spécificité a été un facteur majeur dans l’explosion des services que nous avons connue depuis le milieu des années 1990. Mais, en 2018, peut-on encore considérer Internet et le Web comme des communs ? Après une exploration de la définition des communs et des différentes interprétations qui en sont faites, nous remonterons, dans un premier temps, l’histoire d’Internet afin de comprendre en quoi les réseaux numériques répondent aux critères précédemment définis. Dans un second temps, nous nous pencherons sur les mondes numériques contemporains pour questionner, non pas tant le caractère partagé de ces ressources que les finalités poursuivies par ceux qui les mobilisent.

Les déclinaisons de la neutralité

Par Serge ABITEBOUL

Le monde est devenu numérique, et notre économie comme notre société en sont transformées. Nous pouvons nous féliciter de toutes les connaissances facilement accessibles, des nouveaux moyens de communiquer, des révolutions du commerce... Mais, bien sûr, tout cela s’accompagne de risques. Dans cet article, nous considérerons tout d’abord la neutralité du réseau. Puis nous étendrons cette neutralité aux services du Web et aux terminaux qui nous permettent d’accéder au réseau. Le but de ces différentes formes de neutralité est de faire d’Internet un espace de liberté, un terrain de jeu commercial équitable, un bien commun au service de tous.

Back to the future of the Internet: guidance from the Web’s open origins for today’s problems

Par Mitchell BAKER

Régulation mondiale d'Internet à la croisée des chemins

La gouvernance mondiale d’Internet à la croisée des chemins

Par Julien NOCETTI

Aprement disputée tant elle cristallise une myriade d’enjeux aussi complexes que protéiformes, la gouvernance d’Internet est à la croisée des chemins. La confrontation entre la géo-économie et la géopolitique a jusqu’à présent entravé une régulation internationale d’Internet autre que technique. Vaste, cet enjeu de gouvernance recouvre celui de la reconfiguration du pouvoir dans le monde.

Une gouvernance pour l’Internet des Objets ?

Par Laurent TOUTAIN

L’Internet est devenu le vecteur dominant de communication de l’information. Ce réseau a réussi à fédérer un très grand nombre d’acteurs autour de protocoles communs provenant de différents organismes de standardisation et de constructeurs. Les objets, tels que définis dans l’Internet des Objets, se caractérisent par une capacité de traitement limitée et par une consommation énergétique réduite pour préserver l’autonomie imposée par une alimentation sur batterie. Cela a forcé ces acteurs à redéfinir des protocoles prenant en compte ces nouvelles contraintes, tout en conservant l’architecture qui a fait le succès du réseau. Cet article brosse ces évolutions et les interactions entre les acteurs pour construire des services robustes et inter-opérants.

L’utilisateur, acteur de la régulation des données

Par Isabelle FALQUE-PIERROTIN

Depuis le 25 mai 2018, l’Union européenne dispose d’un socle juridique rénové sur la régulation des données personnelles, le Règlement général sur la Protection des Données (RGPD). Ce nouveau cadre a été pensé selon l’objectif ambitieux de replacer les utilisateurs dans l’« équation » de la promesse numérique. Cette intervention du législateur européen était plus qu’opportune. En l’espace de quelques décennies, et alors même que les données personnelles prenaient une place économique et sociétale croissante, l’individu a en effet eu un sentiment croissant de dépossession, de malaise face à cet écosystème numérique complexe. Si l’Internet s’est construit autour de l’émancipation des personnes, les failles de sécurité ou les scandales qui se succèdent relatifs à l’utilisation des données personnelles, renforcent à l’inverse l’impression que nous évoluons dans une infrastructure aux bases fragiles et contestables, où l’individu n’est plus vraiment le maître à bord. En permettant une meilleure maîtrise des individus sur leur vie numérique, le RGPD constitue une étape cruciale pour replacer l’utilisateur au cœur de ce « récit » du numérique. Il lui confère une souveraineté jusqu’ici inégalée sur ses données ; il l’outille pour retrouver son libre arbitre dans cet univers. Par ce Règlement, le droit réussit l’exploit d’épouser les pratiques numériques du XXIe siècle tout en réaffirmant des valeurs fondamentales ancrées dans l’humanisme européen. Les mois à venir vont être cruciaux. En donnant vie et opérationnalité au Règlement, utilisateurs, entreprises et régulateurs seront comptables du résultat. Éviter la dépossession numérique reste un défi en constante négociation, à l’heure où les grandes régions du monde s’affrontent sur la souveraineté du numérique, à l’heure où les moyens d’analyse de données continuent à se perfectionner, l’intelligence artificielle figurant en tête des enjeux.

Gouverner le numérique d’une métropole : l’exemple de la Métropole européenne de Lille

Par Bruno CASSETTE, Cathy BUQUET-CHARLIER, Julien COISNE, Dimitri MANCHUELLE et Thomas VINCENT

Le numérique, et plus largement les technologies de l’information et de la communication, constituent un axe majeur de développement des territoires. Ils accompagnent des mutations profondes, tant dans le comportement des individus que dans la transformation de notre économie, et obligent ainsi les collectivités locales à adapter leur action et leur politique de développement. À ce titre, piloter la révolution numérique est un enjeu crucial, voire de survie, pour les territoires. Ce pilotage consiste à faire de nos villes des « concentrés d’intelligence » et nécessite de relever trois défis majeurs que sont la gouvernance, le développement des infrastructures numériques et la gestion des données. En faisant de la ville intelligente une bannière stratégique de son action, la Métropole européenne de Lille (MEL) s’attache à développer un large panel de services numériques et s’inscrit dans une approche centrée sur l’usager et de co-création de ses politiques publiques. Pour ce faire, et pour assurer une diffusion optimale des technologies sur son territoire, la MEL a su se positionner en tant qu’autorité organisatrice de déploiement des réseaux. Au-delà, la question de la valeur des données et de leur impact pour le territoire constitue un des axes principaux de la stratégie numérique métropolitaine et passe notamment par la création d’un Service public métropolitain des Données (SPMD).

Plan France Très Haut Débit : une gouvernance originale entre État, collectivités et opérateurs

Par Ghislain HEUDE

Exemple d’une politique industrielle co-construite entre État, opérateurs et collectivités, le Plan France Très Haut Débit (PFTHD) lancé en 2013 doit aboutir à une couverture intégrale du territoire national en très haut débit dans un délai de dixans. Dans sa conception, ce plan a dû composer avec un cadre existant mobilisant une variété d’acteurs (personnes publiques, opérateurs privés, investisseurs et équipementiers…) et d’échelons territoriaux. Ne partant donc pas d’une feuille blanche, le Plan France Très Haut Débit a cherché à transformer cette complexité initiale en atout en s’appuyant notamment sur un modèle de gouvernance originale.

Va-t-on vers des politiques de transport pilotées par les données ?

Par Arnaud DE LA FORTELLE et Tom VÖGE

La digitalisation de la société a produit nombre de ruptures. Le transport, après bien d’autres secteur est secoué par les discussions autour du véhicule autonome ou des services de type Uber. Les autorités en charge des transports sont confrontées au même problème que les autres secteurs : comment encourager l’innovation sous sa forme positive, en créant de nouveaux services, tout en améliorant, sans le sacrifier, tout l’existant ? Le point d’interrogation du titre de cet article est presque provocateur, tellement il semble que le choix est fait. Il est clair que la donnée devra être utilisée : le but de cet article est donc plutôt d’introduire le cadre et la manière dont cette mutation devrait avoir lieu et de donner des clefs de compréhension pour aller plus loin.

Le numérique et le gouvernement de l'entreprise

Entreprise libérée et pratiques numériques

Par Emmanuelle ROUX et Jan KREWER

Par une restructuration des marchés, par l’apparition de nouveaux concurrents, mais aussi par l’adoption de nouveaux usages chez les salariés, le numérique exerce de manière croissante une pression sur les entreprises, qui doivent à la fois se transformer pour maintenir leur capacité à innover et inventer des méthodes de travail favorisant l’autonomie de leurs employés. Mais ce n’est pas seulement la bureaucratie interne de l’entreprise qui est touchée : de nouvelles formes de « travail ouvert » se répandent, qui se fondent sur une collaboration resserrée avec un nombre croissant d’acteurs extérieurs. L’horizontalité radicale développée par de nouveaux collectifs de travail peut aller jusqu’à remettre en cause le modèle même de l’entreprise : la définition de ses frontières et son mode de gouvernance. Afin d’empêcher l’apparition de nouvelles inégalités au travail, mais aussi de nouvelles formes de dépendance économique, il est essentiel de développer de nouveaux modèles organisationnels offrant un cadre aux associations fluides et ponctuelles de l’économie numérique, tout en favorisant la liberté et la responsabilité du plus grand nombre.

La technologie, menace ou levier de la conduite du changement ?

Par Constance CHALCHAT

Pendant plus d'un siècle, nous avons peu à peu robotisé les organisations, en découpant nos chaînes de valeur en tâches simples et en optimisant ces dernières. Alors que les robots font aujourd’hui partie intégrante de notre quotidien, nous devons aider les collaborateurs à regagner en humanité, en s’appuyant sur des qualités uniques : empathie, créativité, capacité à résoudre des problèmes complexes. Car qui peut être meilleur robot qu’un robot ? La valeur ajoutée de collaborateurs plus humains doit nous permettre de réinventer les chaînes de valeur en redistribuant les rôles. Il faut pour cela revoir radicalement la façon dont nous recrutons et manageons, pour nous doter des compétences nécessaires qui feront de l’humanité le facteur de différenciation du futur.

Le numérique chez ENGIE : quelle organisation pour quel business model ?

Par Isabelle KOCHER

Comme d’autres avant lui, le secteur de l’énergie est bouleversé par la révolution numérique. Nouvelles méthodes de gestion des actifs de production, réinvention des relations clients, explosion du champ du smart : la révolution numérique entraîne un changement radical de modèle. Là où le système était centralisé et reposait sur quelques grandes unités de production et un réseau unidimensionnel, le système est devenu horizontal et variable. La frontière entre producteur et consommateur s’efface. Le temps s’accélère : nous ne sommes plus à l’âge des investissements sur des temps longs dans les grands actifs industriels. À présent, la décentralisation des installations et la puissance du logiciel imposent un rythme rapide et une conception itérative sur le mode du test and learn . Dans ce nouveau monde, les acteurs de l’énergie n’ont pas d’autre choix que de développer à la fois des méthodes de travail agiles et le potentiel d’innovation interne.

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