Septembre 2018
sommaire
Gérer & Comprendre
N° 133
Réalités méconnues
Le dessin opérationnel à la brigade de sapeurs-pompiers de Paris : l’improbable histoire d’une ressource organisationnelle
Par Anne DIETRICH
Maître de conférences habilitée à diriger des recherches à l’Université de Lille, IAE Lille, qualifiée professeur des universités et membre du LEM (Lille Économie Management) UMR-CNRS 9221
Jérôme RIBÉROT
Doctorant au RIME Lab, EA7396, Université de Lille ‒ IAE
et Xavier WEPPE
Maître de conférences à l’IAE de Lille, membre du LEM (Lille Économie Management) UMR-CNRS 9221
Nous rendons compte ici d’une collaboration insolite de près de cinquante ans entre un dessinateur et une organisation militaire chargée de la protection des biens et des personnes de l’agglomération parisienne, la brigade de sapeurs-pompiers de Paris (BSPP). À travers cet article, nous mettons en lumière la manière dont le dessinateur, puis l’artefact qu’il produit, le dessin opérationnel, vont progressivement passer du statut de ressources périphériques à celui de ressources centrales pour l’organisation. Le départ programmé de ce dessinateur pose alors la question du transfert de ses connaissances et de leur réappropriation par la BSPP.
L’épreuve des faits
Le paradigme du cloud computing : au-delà de nouvelles solutions informatiques, un enjeu de gouvernance renouvelée des technologies numériques
Par Valérie FAUTRERO
Maître de conférences en sciences de gestion au sein du département Sciences économiques et Gestion de l’Université Toulouse-Jean-Jaurès, UMR i3 (CNRS, Télécom ParisTech, Mines ParisTech, École polytechnique)
Valérie FERNANDEZ
Professeur, directrice du département Sciences économiques et sociales de Télécom ParisTech, UMR i3 (CNRS, Télécom ParisTech, Mines ParisTech, École polytechnique)
et Sabine KHALIL
Enseignant-chercheur en Management des systèmes d’information à l’ICD (Institut international du commerce et du développement, laboratoire LARA)
Le cloud computing fait l’objet d’un fort engouement dans les entreprises : celles qui en déploient les solutions informatiques comme celles qui l’adoptent. Cet article étudie la question de l’intégration organisationnelle de solutions de type cloud computing (CC) et les enjeux de systèmes informatiques associés. Il s’appuie sur une littérature, tant académique que professionnelle, abordant des confrontations d’analyses de différentes communautés professionnelles concernées, et sur un corpus original d’entretiens menés auprès de 39 acteurs, majoritairement des directeurs des systèmes d’information (DSI) de grandes entreprises (GE) françaises et internationales significatives du marché des utilisateurs de ce type de solutions. Notre recherche laisse apparaître trois résultats principaux : des stratégies d’adoption différentes suivant les types de cloud computing ; l’existence d’une pression forte du marché de l’offre, mais aussi de différents acteurs internes à l’entreprise sur les « choix » d’adoption ; enfin, les effets de cette double pression (de l’offre et de la demande) ainsi que des enjeux forts en termes de design organisationnel invitent à une gouvernance spécifique des systèmes d’information. La migration vers le CC, pour être efficace et efficiente, relève de décisions stratégiques qui doivent être coordonnées et pilotées dans le cadre de nouveaux modes de gouvernance, si l’on veut garder la maîtrise de ce qui apparaît désormais le « paradigme du cloud computing ».
En quête de théorie
La nécessaire adaptation des modèles de coûts des directions des systèmes d’information
Par Isabelle LACOMBE
Professeur chercheur (assistant) en finance, chef du département Droit, finance, contrôle et directeur académique du M2 Audit et finance d’entreprise à l’EM Normandie, Laboratoire Métis
Les directions des systèmes d’information (DSI) et la maîtrise de leurs coûts constituent un avantage concurrentiel pour une banque. Une étude de cas sur la fusion de deux DSI d’un groupe bancaire français confirme les apports de la littérature : le besoin d’une méthodologie spécifique de calcul de coûts dans les DSI. Une modélisation Activity-Based-Costing (ABC), enrichie de « services techniques », appuie les benchmarks et choix technologiques et lie directement les coûts aux services clients qui les utilisent. En outre, l’ajout d’un niveau d’analyse des données comptables les rend lisibles pour les opérationnels et les enrichit, ce qui permet une meilleure répartition. Enfin, une gouvernance renforcée par des contrats de services, avec un besoin de transparence accru pour lequel la piste d’audit entre les ressources et les services délivrés est nécessaire, s’avère plus cruciale dans un contexte de transformation et de mutualisation de moyens.
Autres temps, autres lieux
La construction sociale du risque : l’enfouissement des résidus solides issus des fabriques (1810-1917)
Par Serge BOARINI
Docteur ès lettres-philosophie, professeur agrégé en exercice au Lycée de l’Oiselet (Bourgoin-Jallieu), membre du Haut conseil des biotechnologies et membre du Comité de protection des personnes Sud-Est V
La contribution étudie le regard porté au XIXe siècle par les contemporains des fabriques sur les risques posés par l’enfouissement des résidus solides et sur la construction sociale de ce risque : pourquoi cet enfouissement n’est-il pas perçu comme un risque ? Pour ce faire, elle rappelle le contexte et les motifs de l’enfouissement ; elle examine la conception de la responsabilité sur le résidu ; elle expose un modèle de la « construction sociale du risque ». Les résidus des fabriques industrielles sont pensés dans les termes d’une ruralité habituelle ; leur représentation est calquée sur celle des déjections animales. Quoique la fabrique naissante dénature l’« environnement », la production des fabriques reste interprétée dans les termes de la production naturelle (tout se répare de soi-même) et du monde rural (tout se réutilise). Dans cette pensée antérieure aux catastrophes industrielles modernes, l’« environnement » « naturalise » les résidus et les déchets des fabriques. En raison de ces facteurs contextuels et idéologiques, il n’existe pas de conscience propre du risque industriel.
L’invention de la logistique par Antoine-Henri de Jomini
Par Aurélien ROUQUET
Professeur de logistique à NEOMA Business School
Dans le paysage des sciences de gestion, ce n’est qu’à partir des années 1980 qu’une véritable pensée logistique se développe. Pourtant, dès 1838, le Suisse Antoine-Henri de Jomini, qui combattit dans l’armée de Napoléon, pose dans son Précis de l’art de la guerre les bases de la logistique moderne. Comment Jomini réussit-il à préfigurer, dans le domaine militaire, les thèses qui seront développées au sujet de la logistique des entreprises au début des années 1980 ? Cet article se propose de donner à lire à la communauté des chercheurs en logistique et en gestion la pensée et la démarche fondatrice de Jomini, qui font de lui, au côté d’autres précurseurs comme Taylor, Fayol ou Vauban, l’un des pères fondateurs de la gestion.
Mosaïque
Pourquoi travailler pour un Big Four de l’audit ?
À propos de l’ouvrage de Sébastien Stenger, Au cœur des cabinets d’audit et de conseil. De la distinction à la soumission, Prix Le Monde de la recherche universitaire, PUF, 2017
Par Nicolas BERLAND
Elon Musk
À propos de l’ouvrage de Vance Ashlee, Elon Musk. Tesla, Paypal, SpaceX : l’entrepreneur qui va changer le monde, Eyrolles, 2017/2015
Par Hervé DUMEZ
L’usine géante et son destin
À propos de l’ouvrage de Freeman Joshua B., Behemoth. A History of the Factory and the Making of the Modern World, New York, Norton, 2018
Par Hervé DUMEZ
