Novembre 2017

sommaire

Réalités industrielles

Vers la fin du cash ?

Numéro complet

Introduction: Rémi STEINER,

Monnaie fiduciaire et politiques publiques

How the Riksbank encourages innovation in the retail payments market - Speaking points at the session Financial stability, innovation, economic growth initiative (World Economic Forum – Davos)

Par Cecilia SKINGSLEY
Deputy Governor Sveriges Riksbank

Sweden is a low cash society on the verge of becoming a very, very low cash society. Decreasing cash usage is, of course, mirrored in increasing use of electronic payments. The Swedish Central Bank managed to construct a scheme where the fast payments are backed by central bank money. Today, over half of the Swedish population have downloaded the fast payments app (Swish) on their smart phone and it has become a prominent feature in the retail payment landscape, providing a substitute for cash in person to person (P2P) payments.

Peut-on oser une prospective pour les monnaies ?

Par Thierry GAUDIN
Ingénieur général des Mines honoraire, Prospective 2100

La monnaie est une technique, et les techniques évoluent en transformant la société. Il faut donc se poser la question de la nature technique de la monnaie et de son histoire longue, en relation avec les transformations sociétales. Partant de l’idée que la monnaie repose sur la confiance, et que cette confiance évolue, l’article tente, en reprenant des éléments d’histoire longue, de donner des éléments factuels permettant de comprendre, indépendamment des doctrines officielles, comment fonctionne la relation monnaie-société. Il est clair que cette relation est profondément transformée par la dématérialisation contemporaine, mais il n’est nullement évident que cette transformation soit maîtrisée. Il semble même qu’un scénario d’effondrement comparable à celui du XIVe siècle européen soit à craindre. La multiplication des monnaies complémentaires, sorte d’ubérisation de la monnaie, est-elle en mesure de prendre le relais ?

L’interdiction des paiements en espèces : quelques observations juridico-historiques

Par Myriam ROUSSILLE
Agrégée des facultés de droit, professeur à l’Université du Mans

La fin du cash en France ? Les années à venir nous le diront. Mais, pour l’heure, une chose est sûre : les Français n’ont jamais beaucoup recouru aux espèces pour régler leurs factures. La situation n’est pas simplement le fruit d’un désamour de nos concitoyens pour les pièces et les billets, c’est aussi – et peut-être surtout – le fruit d’une action volontariste des autorités françaises qui ont, depuis des décennies, utilisé la réglementation pour orienter nos habitudes de paiement. Si le palmarès des modes de paiement présente certaines spécificités dans l’Hexagone, celles-ci s’expliquent donc en partie par des considérations juridiques, étant entendu que la configuration particulière de notre système bancaire n’y est sans doute pas, elle non plus, tout à fait étrangère.

Fragments d’une histoire monétaire : réalités et faux-semblants des particularismes français

Par Patrice BAUBEAU
Maître de conférences en histoire économique contemporaine à l’Université Paris Nanterre, chercheur au laboratoire Institutions et dynamiques historiques de l'économie et de la société (IDHES)

Pour identifier des spécificités, il faut, le plus souvent, recourir à une norme implicite ou explicite : un modèle, une moyenne des cas observés... Or, en matière monétaire, la norme est si prégnante qu’elle a tendance à faire passer pour des particularismes des phénomènes finalement banals, mais qui autorisent un regard décalé sur les faits monétaires. À partir de quatre exemples parmi les nombreux héritages et particularismes français (à savoir les supposés effets du prétendu « traumatisme » fiduciaire du XVIIIe siècle, le poids durable de l’or et de l’argent, la persistance d’expressions monétaires désuètes et la « préférence » des Français pour le chèque), nous essaierons d’en montrer ici les ambiguïtés et les paradoxes, et donc le caractère fortement accidentel, même si ces accidents, en se prolongeant, prennent peu à peu la forme de traits structurels.

Les nouveaux instruments de paiement, avatars de la monnaie fiduciaire : de nouveaux facteurs de risque en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme

Par Bruno DALLES
Directeur du Service Tracfin (ministère de l’Action et des Comptes publics)

L’accélération de la révolution digitale et le développement de nouveaux instruments de paiement constituent un défi en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Certains de ces instruments présentent en effet des risques avérés. La menace terroriste a conduit le législateur français à encadrer en 2016 l’usage de la monnaie électronique, en particulier celui des cartes prépayées. Ce resserrement réglementaire en matière de produits doit s’accompagner d’une responsabilisation des nouveaux acteurs du paiement, appelés à conforter leur culture de conformité. Or, la capacité des autorités de supervision à contrôler ces acteurs est amoindrie par le passeport européen et le régime de la Libre Prestation de Services. Le manque d’harmonisation internationale en matière d’exigences anti-blanchiment limite l’efficacité du dispositif, tandis que la fiabilité de certains opérateurs implantés en Europe peut être mise en doute.

Les monnaies digitales sont-elles « disruptives » pour les banques centrales ?

Par Laurent CLERC
Directeur de la Stabilité financière à la Banque de France

Les monnaies digitales, dont la part dans les transactions reste faible, ne constituent à ce jour un danger ni pour la conduite de la politique monétaire ni pour la stabilité financière. Toutefois, leur essor est spectaculaire. Combinant une nouvelle forme de monnaie et un nouveau système de paiement, elles pourraient s’avérer, dans un futur proche, « disruptives » pour le système bancaire et les banques centrales. Face à de telles évolutions, les banques centrales pourraient être conduites à émettre elles-mêmes de la monnaie digitale selon différentes modalités, que nous présenterons dans cet article. La plupart d’entre elles ont pour corollaire la disparition du système des réserves fractionnaires et, éventuellement, celle du cash et des dépôts bancaires, avec des conséquences importantes pour le mécanisme de création monétaire.

Digital Base Money: a few considerations from a central bank’s perspective

Par Yves MERSCH
European Central Bank

There are many ways to design Digital Base Money (DBM) for non-banks. The different options have potential impacts – both positive and negative – that need to be studied and considered carefully. Only when the best way of designing DBM has been identified, can a decision be made as to whether DBM of non-banks should be introduced at all. The most important question for the European Central Bank is whether introducing a DBM would affect our ability to honor our mandate to maintain price stability.

L’avenir du billet de banque

Par Gilles VAYSSET
Directeur général des services à l’économie et du réseau - Banque de France

Malgré la progression régulière des paiements par carte et la diffusion croissante de solutions de paiement électroniques innovantes (les paiements sans contact, mobile et instantané), la circulation fiduciaire continue d’augmenter dans la plupart des pays développés. Ce paradoxe n’est qu’apparent, car de nombreuses études et estimations montrent que la part des billets détenus à des fins de transactions ne constitue qu’une fraction des billets en circulation. En effet, la demande de billets répond à diverses motivations (facilité d’utilisation, disponibilité, sécurité, réponse à l’exclusion bancaire, confidentialité…) et à différents usages (transaction, thésaurisation, demande internationale…). Dès lors, même si la place du billet de banque dans le règlement des transactions sera vraisemblablement appelée à se réduire à moyen-long terme sous l’effet de la digitalisation des paiements, sa fonction de réserve de valeur et la confiance qu’il inspire devraient demeurer deux puissants vecteurs de détention de billets dans les prochaines années.

Publics fragiles : retour d’expérience sur la mission d’accessibilité bancaire assurée par La Banque Postale

Par Didier BRUNE
Directeur de la stratégie et du développement de La Banque Postale

Comme tous les autres établissements bancaires, La Banque Postale voit ses clients déserter ses agences, ceux-ci réalisant aujourd’hui l’essentiel de leurs opérations quotidiennes à distance, via leur smartphone , et réduisant progressivement leur usage des espèces. Sa grande accessibilité, sa forte présence dans les quartiers sensibles des périphéries urbaines et son choix de continuer à doter tous ses guichets d’une caisse expliquent pourquoi La Banque Postale accueille encore à ses guichets près de trois millions de personnes continuant à réaliser à partir de leur compte bancaire de nombreuses opérations en espèces. Une des explications d’une telle situation tient à un constat : près des deux tiers des personnes fréquentant de façon intensive les guichets des bureaux de Poste pour y réaliser des opérations en cash vivent le plus souvent dans des quartiers sensibles et sont pour la plupart incapables d’exécuter sur un support numérique une quelconque transaction, même la plus simple. L’exclusion bancaire est souvent abordée sous l’angle des revenus, mais il nous semble bien plus pertinent de l’aborder sous l’angle des usages, notamment numériques ; une exclusion par les usages qui est en passe de devenir l’un des principaux motifs d’exclusion sociale. Dans sa réflexion sur une possible fin du cash, La Banque Postale s’interroge sur les infrastructures techniques et humaines à maintenir (à un coût acceptable pour la collectivité) pour faire en sorte que les populations précitées ne soient pas totalement exclues du système bancaire.

Jeux d'acteurs

Le paiement instantané, futur substitut aux espèces ?

Par Rémi STEINER
Ingénieur général des Mines, référent Services financiers au Conseil général de l’économie

Une transformation radicale de l’offre de services de paiement, longtemps archaïque et médiocre, est intervenue au Royaume-Uni. En une dizaine d’années, les consommateurs et les entreprises britanniques, habitués à devoir attendre au moins trois jours l’exécution d’un ordre de paiement, se sont accoutumés à des règlements quasi instantanés et à une floraison de nouveaux services. Pendant ce temps, dans la zone euro, l’industrie des paiements était mobilisée sur l’objectif d’un évanouissement des frontières nationales, avec succès, puisque, depuis le 1er août 2014, un virement ou un prélèvement est exécuté dans les mêmes conditions, que le payeur et le bénéficiaire soient tous deux en France ou que l’un d’eux soit dans un autre pays de la zone euro. Aujourd’hui, avec quelques années de décalage par rapport au Royaume-Uni, la révolution du paiement instantané est en marche. Elle pourrait très vite bousculer les habitudes et les situations acquises, et ce, dès novembre 2017.

La révolution du paiement instantané : quels en sont les acteurs ?

Par Jean-Marie VALLÉE
Directeur général de STET

Paiement instantané : un phénomène sociétal dans un monde qui change

Par Thierry LABORDE
Directeur général adjoint et responsable de Domestic Markets chez BNP Paribas

Dans un contexte où l’instantanéité devient la norme pour le consommateur, le paiement instantané prend tout son sens ; les banques doivent donc y apporter des réponses. Dans cet article, nous précisons les caractéristiques et les usages de ce nouvel instrument, ses développements observés en Europe et dans le monde, et nous proposons une approche pour son développement en France.

Vers un monde sans banques ?

Par Hugues LE BRET
Président de la Financière des paiements électroniques (FPE), société créatrice du Compte Nickel

Les banques sont puissantes : les montants inscrits à leurs bilans dépassent souvent le PIB de leur pays de résidence, leurs bases clientèle sont stables et leurs revenus sont importants. Elles ont su s’adapter à la révolution Internet des années 2000. La révolution digitale actuelle est beaucoup plus fondamentale, car elle touche aux comportements mêmes de l'ensemble de la population. Le nouveau mot de Fintech – contraction de finance et de technologie – ne manque pas de nous interpeller. Les Fintechs assurent déjà 10 % du financement mondial des start-ups : une situation qui impacte déjà fortement les paiements, les données, les services bancaires de nouvelle génération, les services de financement ou d’investissement, ainsi que les outils de gestion ou de sécurisation des transactions.

Orange Bank : la première telco-banque

Par Jean-Bernard MATEU
Directeur de la Banque Mobile Europe chez Orange

Dans un environnement en pleine mutation tant du point de vue des banques que de celui des clients ou de la technologie, le groupe Orange a décidé de lancer une banque nativement mobile avec une expérience utilisateur incomparable. Pour cela, Orange bénéficie d’une combinaison d’atouts essentiels et uniques pour réussir : une marque forte incarnant des valeurs clés comme la sécurité et la fiabilité, un solide réseau de distribution, son assise financière et, surtout, la confiance de 28 millions de clients. Cette légitimité dans l’univers des services financiers s’est déjà concrétisée avec le succès d’Orange Money, une offre de paiement déployée principalement en Afrique, et avec le lance­ment réussi d’Orange Finanse, en Pologne. Cette nouvelle activité est pour le groupe un prolongement naturel du métier de telco. Le business model de stock adopté permettra de construire un fonds de commerce rentable et durable.

Making in-store payment enjoyable by adopting mobile payment

Par Gwarlann DE KERVILER et Nathalie T. M. DEMOULIN
IESEG

The increasing penetration rate of smartphones changes behaviors based on mobile unique features. Our research provides a first attempt to better understand the adoption of in-store smartphone usage to enhance a brick-and-mortar experience. More particularly, it focuses on proximity mobile payment (p-m-payment), which corresponds to a recent tendency of shoppers to finalize the transaction through their smartphone while they shop in a store. Using a perceived value approach, this paper identifies utilitarian, hedonic and social benefits as well as financial and privacy risks as key drivers of adoption for p-m-payment. A comparison between the drivers of this new in-store mobile usage and the ones for more familiar tasks such as mobile information search, highlights clear differences in what drives intention, as shoppers are more experienced with the latter. The paper discusses the implications for mobile and channel researches and provides sugges­tions for retailers to facilitate and take advantage of p-m-payment.

Hors dossier

Un cétacé dans des eaux peu profondes : JPMorgan, la « Baleine de Londres » et la catastrophe organisationnelle de 2012

Par François VALÉRIAN
Ingénieur général des Mines, Conseil général de l’économie, professeur associé de finances au Conservatoire national des Arts et Métiers (CNAM)

L’affaire dite de la « Baleine de Londres » a coûté plus de 6 milliards de dollars à la banque américaine JPMorgan. Les auditions réalisées par le Sénat des États-Unis permettent de bien la documenter et de mettre en lumière les erreurs commises par une organisation qui croyait mettre en oeuvre une stratégie de couverture innovante et profitable, et prenait en réalité des risques considérables et très mal estimés.

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