Février 2017
sommaire
Réalités industrielles
La biologie industrielle : enjeux technologiques, économiques et sociétaux
Ce numéro a été coordonné
par Françoise ROURE,
Editorial
Par Carlos MOEDAS
Commissaire européen Recherche et développement
Avant-propos
Par Jean-Luc PUJOL
Haut Conseil des biotechnologies (HCB)
et Françoise ROURE
Conseil général de l’économie (CGE)
Les potentiels scientifique, technique et d’innovation de la biologie industrielle
Les connaissances nécessaires à la biologie industrielle
Par Pierre MONSAN
Président de la Fédération française de biotechnologie et président fondateur de Toulouse White Biotechnology
La biologie industrielle résulte de la convergence des sciences de la vie et des sciences de l’ingénieur. Elle est le fruit de l’extraordinaire avancée des connaissances et des outils disponibles dans les deux domaines précités : diminution du coût du séquençage des génomes (et dans une moindre mesure de la synthèse de gènes), augmentation de la puissance de calcul disponible et des possibilités de modélisation, amélioration des méthodologies et des outils biologiques et analytiques… La combinaison de ces progrès a conduit à l’émergence de la biologie synthétique, c’est-à-dire à la possibilité de remanier rationnellement le génome d’un microorganisme en y introduisant notamment des systèmes de régulation et des activités enzymatiques non décrites dans les systèmes vivants, de manière à créer des voies métaboliques originales. Des succès industriels ont d’ores et déjà été enregistrés (hydrocortisone, acide artémisinique, propane-1,3diol, acide succinique…).
Les Big data en oncologie : de la recherche fondamentale à des applications au bénéfice du patient
Par Emmanuel BARILLOT
Directeur de l’unité INSERM 900 à l’Institut Curie
et Philippe HUPÉ
Directeur adjoint de la plateforme de bioinformatique de l’Institut Curie
L’oncologie est aujourd’hui intimement liée au numérique, et ce, aussi bien pour les activités de recherche que pour les soins. Ce mariage est issu avant tout de notre capacité à explorer la dimension moléculaire des cellules grâce au séquençage de leur génome. Les mutations mises en évidence sont dès lors autant de cibles thérapeutiques potentielles pour ces nouvelles molécules pharmaceutiques nommées inhibiteurs ciblés qui offrent des perspectives prometteuses de personnalisation des traitements. Aussi assiste-t-on à la mise en place de plans nationaux de médecine de précision prévoyant le séquençage de centaines de milliers, voire de millions de génomes humains dans les années à venir (et donc la génération de pétaoctets de données), et à l’émergence dans les pays en avance dans le domaine d’une filière industrielle qui intéresse les grands acteurs du numérique et ses start-ups .
Apport de la métrologie avancée à l’évaluation et à l’amélioration de la fiabilité des examens de biologie médicale
Par Vincent DELATOUR
Expert Biomédical/Biomarqueurs au Laboratoire national de métrologie et d’essais (LNE)
La fiabilité des examens de biologie médicale représente un enjeu majeur de santé publique, car elle permet de disposer d’un diagnostic fiable et d’adapter les traitements entrepris. Afin d’évaluer et d’améliorer la comparabilité et la fiabilité des résultats de ces examens, l’apport de la métrologie est fondamental. D’une part, le raccordement métrologique des résultats aux méthodes de référence et aux étalons d’ordre supérieur (rendu obligatoire par la directive 98/79/CE relative aux dispositifs médicaux de diagnostic in vitro) permet d’harmoniser les résultats d’un laboratoire à l’autre, même s’ils utilisent des méthodes de dosage différentes. D’autre part, l’utilisation des méthodes de référence pour déterminer les valeurs cibles associées aux échantillons de contrôle de qualité permet de vérifier l’exactitude des dosages réalisés dans les laboratoires de biologie médicale, à la condition que ces échantillons de contrôle soient commutables, c’està-dire qu’ils imitent le comportement des échantillons de patients.
La normalisation des techniques d’ingénierie en recherche biomédicale : l’exemple des centres de ressources biologiques
Par Bruno CLÉMENT
Directeur de l’unité Inserm Nutrition, métabolismes et cancer à Rennes et directeur scientifique de l’Infrastructure nationale BIOBANQUES
Paul HOFMAN
Professeur de pathologie au CHU de Nice
Mireille DESILLE
Ingénieure de Recherche au CRB-Santé du CHU de Rennes
et Georges DAGHER
Directeur de recherche à l’Inserm et coordinateur de l’Infrastructure nationale BIOBANQUES
Les technologies à haut débit ont profondément modifié la recherche dans les sciences de la vie et de la santé. Les retombées sur la compréhension des maladies et, progressivement, dans la prise en charge des patients sont considérables. Ces progrès reposent plus particulièrement sur l’accès à des échantillons biologiques dont l’assurance-qualité et la traçabilité doivent être garanties dans le respect de l’éthique et de la loi. Les centres de ressources biologiques collectent, stockent, sécurisent et distribuent des échantillons annotés par des données cliniques et biologiques. Ces infrastructures évoluent désormais vers des biobanques de nouvelle génération qui sont des partenaires à part entière du processus de soins et de recherche, et non plus de simples entrepôts d’échantillons biologiques. La puissance des techniques à haut débit capables de générer des milliers de données à partir d’un unique échantillon et l’avènement de la médecine de précision, qui s’appuie sur l’analyse de données massives, nécessitent la mise en œuvre rapide de normes pré-analytiques et la réunion d’expertises multidisciplinaires.
Apport de l'ingénierie du vivant aux applications innovantes de la biologie industrielle : cas des matériaux agro-sourcés
Par François TÉNÉGAL
Directeur général d’IFMAS (Institut Français des Matériaux Agro-Sourcés)
et Patricia KRAWCZAK
Professeur de l’Institut Mines-Télécom à Mines Douai, Secrétaire général du Comité d’orientation stratégique d’IFMAS
Créé en 2012, IFMAS (Institut Français des Matériaux Agro-Sourcés) est une société privée de recherche et développement (R&D), qui est experte dans les domaines de la chimie du végétal et des matériaux biosourcés. La vocation d’IFMAS est de conduire des projets de R&D orientés vers les applications et les performances d’usage des matériaux. Au-delà des bénéfices environnementaux, les développements d’IFMAS doivent aussi permettre d’apporter des innovations technologiques majeures en développant des matériaux biosourcés présentant de nouvelles fonctionnalités par rapport aux matériaux actuellement commercialisés. À cette fin, IFMAS s’appuie sur ses nombreux partenaires, dont fait partie Mines Douai.
Les nouvelles techniques d’amélioration des plantes : quelques éclairages du quatrième semencier mondial, Limagrain, sur l’innovation en agriculture
Par Jean-Christophe GOUACHE
Directeur des Affaires internationales de Limagrain
Le groupe coopératif agricole international Limagrain, le quatrième semencier mondial, soutient l’innovation agricole, notamment les nouvelles techniques d’amélioration des plantes ( New Plant Breeding Techniques ) comme vecteurs cruciaux de progrès génétiques pour répondre aux multiples défis que doit relever l’agriculture. Ces nouvelles techniques constituent des outils complémentaires de ceux qui ont été historiquement utilisés dans les programmes d’amélioration des plantes. Elles permettent un gain d’efficacité et peuvent générer de la diversité génétique. Néanmoins, pour permettre leur utilisation sur un grand nombre d’espèces végétales et par tous les sélectionneurs en Europe (et garantir ainsi le maintien de la diversité des acteurs), les contraintes réglementaires et les coûts induits doivent être acceptables au regard de la taille des marchés ciblés. Limagrain défend une approche réglementaire proportionnée aux risques, prévisible, transparente et fondée sur des bases scientifiques. Une telle approche est nécessaire pour ne pas restreindre l’innovation de façon injustifiée, éviter de conduire à la stigmatisation des nouvelles techniques et promouvoir la confiance du public vis-à-vis des produits agricoles. Dans cette perspective, Limagrain soutient la proposition, qui a été faite par cinq organisations professionnelles (1), de classer certaines de ces techniques hors du champ d’application de la directive OGM de la Communauté européenne (2001/18/CE). (1) En décembre 2015, cinq organisations (FNSEA, Jeunes agriculteurs, Coop de France, Union française des semenciers et GNIS) ont déposé une contribution auprès du Comité économique éthique et social du Haut conseil aux biotechnologies proposant une grille d’analyse réglementaire des NPBT.
Médecine personnalisée : jusqu’où peut-on aller ? Un réel enjeu de recherche pour l’industrie pharmaceutique et ses partenaires
Par Marc BONNEFOI
Vice-président R&D de Sanofi France
Les travaux de R&D traditionnels menés par l’industrie pharmaceutique sont freinés par un mode de fonctionnement qui n’est plus adapté aux enjeux des systèmes de santé modernes. Le processus – identification d’une cible d’intérêt, développement d’une molécule active contre cette cible, test de cette molécule dans une ou plusieurs pathologies – se révèle à la fois long, onéreux et incertain. A contrario, de par son fonctionnement novateur, la recherche translationnelle ouvre la voie à une médecine de précision s’intéressant d’abord au patient et aux mécanismes de sa pathologie pour mettre au point un traitement spécifique et ciblé. Ce changement de paradigme qui fait passer depuis quelques années l’industrie pharmaceutique de l’ère de la chimie à celle des biotechnologies requiert une excellence scientifique et une refonte organisationnelle source d’innovations ouvertes. Les collaborations entre grands laboratoires, grands centres de recherche académiques, centres de soins et entreprises de biotechnologies favorisent l’essor de cette prise en charge toujours plus personnalisée. Intégrant non seulement des facteurs médicaux, mais également comportementaux, environnementaux, éthiques… et renforcée par l’apport du Big data, la médecine du futur requiert également une adaptation des approches réglementaires ainsi que celle des payeurs. Mais elle répond, par ses opportunités, aux impératifs de croissance sanitaire et socio-économique des pays développés, appelant à des pilotages forts et à des gouvernances dédiées.
Les hydrocarbures issus de la biologie industrielle : la trajectoire et les perspectives de Global Bioenergies
Par Marc DELCOURT
Directeur général de Global Bioenergies
et Ronan ROCLE
Chargé d’affaires
Global Bioenergies a été fondée en 2008 sur la base d’un concept de rupture pour la biologie industrielle : la production d’hydrocarbures gazeux par fermentation. Notre société s’est focalisée sur la fabrication biologique d’isobutène, l’une des plus importantes briques élémentaires de la pétrochimie, en tant qu’elle peut être convertie en carburants, en matières plastiques, en verre organique ou en élastomères. Global Bioenergies continue d’améliorer les performances de son procédé, mène des essais sur son démonstrateur industriel en Allemagne et prépare aujourd’hui l’exploitation du procédé dans des usines de pleine taille.
La modélisation des systèmes biologiques : une façon de générer dans le même temps de multiples formes d’innovation
Par François IRIS
Directeur scientifique, fondateur et président de BMSystems
et Manuel GEA
Directeur général, vice-président R&D Systèmes d’Information et co-fondateur de BMSystems
Avec un taux d’échec des phases cliniques aujourd’hui de plus de 90 % [11], le système actuel du « drug discovery » n’est plus soutenable. Contrairement à la « pensée dominante », le problème n’est pas d’ordre technologique pas plus qu’il n’est dans le traitement des « Big data », ce qui est en cause, c’est notre mauvaise compréhension des mécanismes du vivant et la façon dont sont élaborés certains concepts de maladies complexes sur lesquels sont basés les programmes de R&D. Au fil de cet article, le lecteur pourra se convaincre de la réalité des mécanismes du vivant qui sont à l’œuvre, là où la distinction entre système complexe et système compliqué est des plus critiques, et de la nécessité de prendre en compte les alertes lancées par l’Université de Stanford, qui a créé, en 2014, l’Institut METRICS, qui est dédié à l’amélioration de la qualité des données produites et des publications [8, 9]. Enfin, c’est à travers l’exemple du succès d’une réponse apportée à un risque majeur de santé publique, la multi-résistance des bactéries aux antibiotiques, que nous décrirons comment une approche de modélisation heuristique non-mathématique a permis de transformer la phagothérapie en une solution diagnostic/thérapeutique innovante utilisant des banques de phages produites à partir de trois technologies brevetées issues de la modélisation.
L'essor économique de la biologie industrielle
Understanding value chains in industrial biotechnology
Par Jim PHILP
Conseiller Biotechnologies à DSTI/OCDE
Alain SCHIEB
Président de BACKCASTING SAS et consultant auprès de l’OCDE
et Mohamed Majdi CHELLY
Ingénieur d’études à ENGIE Cofely France
Actual and future value chains regarding the industrial bioeconomy show that OECD countries will continue until 2050, at least, to be net importers of fossil fuels and also of biomass. In order to see a flourishing industrial bioeconomy in Europe, there is a need for competitive sources of biomass, including agricultural and forestry residues and waste materials. In principle, it should be easy to substitute local production in Europe to imports, given the size of demand. However, relative prices of fossil fuels versus renewable biomass will be a key to the growth of bio-sourced products in the European market. At present the competition is unwinnable: the fossil industries have a century of a head start and they still receive enormous subsidies. Creating a level playing field should be a pre-requisite for Europe. From a public policy perspective, creating a level playing field is both a high priority and a legitimate goal since it does not imply any selection by a government of a given technology pathway. The “technology neutral” requirement for public policies would be met while enforcing a level playing field that would still open the door for new entrants and particularly a circular and industrial bioeconomy.
La bioéconomie industrielle à l’échelle d’une région : la bioraffinerie de Bazancourt-Pomacle, tremplin d’une stratégie territoriale
Par Maryline THÉNOT
Professeur, responsable du département Finance, chaire de « Bioéconomie industrielle » de NEOMA Business School
et Honorine KATIR
Ingénieure de recherche, chaire de « Bioéconomie industrielle » de NEOMA Business School
La bioraffinerie de Bazancourt-Pomacle, complexe agro-industriel situé près de Reims (département de la Marne), présente la singularité d’être une bioraffinerie intégrée de dimension internationale, pionnière du secteur de la bioéconomie et en pleine expansion s’intégrant dans un projet collectif territorial. La principale particularité de ce complexe est d’associer, sur un même site, un pôle industriel et un pôle d’innovation ouverte, dans lesquels le mouvement coopératif agricole régional est fortement engagé. Dans cet article, nous décrirons cet écosystème unique, son métabolisme particulier ainsi que son fort potentiel de dynamisation du territoire local, dans le contexte actuel de la création en France de nouvelles grandes régions.
Maturité des innovations et propriété intellectuelle en biologie industrielle
Par Nathalie MANTRAND-FOUSSADIER
Consultante senior en chimie, chimie verte et biotechnologie blanche, Questel Consulting
La biologie de synthèse, qui s’est fortement développée ces dix dernières années, a vu émerger de nouvelles technologies et de nouveaux acteurs. L’étude des brevets déposés dans ce domaine permet de décrypter ses axes de développement et les positionnements de ses différents acteurs. Nous présentons ici un aperçu des évolutions de la biologie de synthèse, notamment en ce qui concerne ses applications dans les domaines de la chimie et de l’énergie.
Cartographie de la biologie industrielle en France : l’exemple des biotechnologies médicales
Par Gaëtan PONCELIN DE RAUCOURT
Ingénieur en chef des mines, chef du bureau des Industries de santé à la direction générale des Entreprises – ministère de l’Économie et des Finances
Présente parmi les pionniers de la biologie industrielle à travers les travaux de Louis Pasteur, au XIXe siècle, la France des biotechnologies médicales présente aujourd’hui un visage contrasté. Aux côtés de quelques grands leaders internationaux (tels que Sanofi, Sanofi-Pasteur ou encore bioMérieux) présents sur certains segments et d’instituts de recherche publics à la pointe de la compétition internationale (CEA, CNRS, INSERM, notamment), se développe un vaste écosystème d’entreprises de plus petite taille et souvent ultraspécialisées soutenues par les dispositifs publics et privés de création et d’amorçage, mais peinant, pour une grande majorité d’entre elles, à transformer une recherche de très haut niveau en une réussite économique. L’arrivée des médicaments biosimilaires et les promesses des thérapies cellulaires et géniques ouvrent toutefois le champ des possibles pour les acteurs français et laissent espérer un renforcement des positions françaises dans la compétition mondiale.
Valeur de la formation et formation aux valeurs éthiques dans le domaine des biotechnologies industrielles
Par Vanessa PROUX
École Sup’Biotech, directrice générale, Pôle de compétitivité Medicen Paris Région, présidente de la Commission Formation
et Fabien MILANOVIC
Docteur en sociologie de l’Université René Descartes et enseignant-chercheur à Sup’Biotech
Alors que l’espèce humaine connaît un accroissement sans précédent depuis son apparition (la population mondiale est ainsi passée de 1,66 milliard à 6 milliards d’habitants au cours du XXe siècle), les enjeux économiques de la biologie industrielle n’ont jamais été aussi forts. Les domaines de la santé, de l’agro-alimentaire ou de l’environnement seront en effet les premiers impactés, et, plus encore qu’hier, ce secteur doit encourager la formation de ses futurs cadres, ceux qui devront accompagner le monde dans ces changements. À de solides acquis scientifiques et techniques devront également s’ajouter des capacités d’adaptation, avec une prise en compte de facteurs liés aux notions de développement durable et de transition écologique, car l’impact humain sur la planète n’aura jamais été aussi fort. Voilà pourquoi il est difficile de séparer la valeur de la formation que nous donnerons à nos futurs ingénieurs de la formation de valeurs, au sens éthique du terme.
Role of Nutritional Therapy in Healthcare Innovation: The Need for Reshaping Regulatory Paradigms
Par Manfred RUTHSATZ,
PhD Nestlé Health Science, Global Head of Regulatory Advocacy
Over the next decades, the world will undergo profound changes, with its population approaching ten billion, senior citizens making up one out of five, non-communicable diseases (NCDs) increasingly outnumbering infectious diseases [1], and healthcare costs threatening to reach an ever higher percentage of countries’ GDPs. As daunting as these figures might appear, new scientific insights and technological opportunities coming at an unprecedented pace promise new perspectives and potential solutions to currently unmet needs. ‘Omics’ diagnostics will revolutionize the way we approach prevention, personalize nutrition in healthcare, and how a patient is to be defined. Novel nutrition therapeutic findings will transform disease management, and the microbiome will become a new force in targeting holistic healthcare solutions. This article presents pertinent focus areas to encourage dialogue with regulators, policy makers, healthcare professionals and other stakeholders to revisit current regulatory and policy frameworks at the food-medicine continuum and their respective interpretation, with regards to healthcare.
La prise en compte du microbiote dans les stratégies de recherche- innovation des entreprises Les enseignements tirés de l’expérience du démonstrateur préindustriel MetaGenoPolis (MGP)
Par Joël DORÉ
PhD, directeur de recherche INRA et directeur scientifique de MetaGenoPolis
et David PETITEAU
Responsable du développement de la recherche partenariale sur les projets Microbiome à l’INRA
Par-delà le buzz médiatique, les responsables innovation de nombre de secteurs ne peuvent plus ignorer le microbiote : industries agroalimentaires, acteurs de la nutrition-santé, groupes pharmaceutiques, producteurs et distributeurs de pro-/pré-/symbiotiques, acteurs du diagnostic, acteurs de la nutrition-santé animale. Pour chacun, que peut signifier cette affirmation : « Oui, patron, nous prenons en compte le microbiome dans notre stratégie de recherche-innovation ? » La réponse diffère selon le secteur, avec toutefois (nous le verrons) des problématiques communes. Sur cette thématique porteuse d’innovation, la France, avec l’INRA, et depuis 2012 avec le démonstrateur préindustriel MetaGenoPolis, a joué un rôle de leader. Aujourd’hui, les grandes questions sont en train de basculer du terrain de la science pure vers celui de la translation. Dressons donc un panorama de ce qui se dessine pour chacun des secteurs intéressés…
Vers une biologie industrielle responsable : les questions et débats éthiques et sociétaux qu'elle suscite
Portée et limites des nouvelles techniques d’obtention végétale, les New Plant Breeding Techniques (NPBT)
Par Nils BRAUN
Responsable scientifique des questions de biosécurité et de biosûreté, Haut Conseil des biotechnologies (Paris)
Les NPBT (nouvelles techniques d’obtention végétale) font la une des journaux et voilà que les CRISPR-Cas9 sont censées révolutionner la biologie. Mais, en fait, de quoi s'agit-il ? Les plantes qui en sont issues sont-elles des OGM ? Que dit la réglementation ? Afin de mieux comprendre les enjeux des débats réglementaires en cours au niveau européen, il est nécessaire de nous interroger sur la nature de ces nouvelles techniques. Quelles sont la portée et les limites des nucléases ciblées ? Pourquoi sont-elles au cœur de débats scientifiques, économiques et sociétaux depuis les récentes révélations sur les potentiels des protéines CRISPR-Cas9 ? S’agit-il d’une révolution en matière d’amélioration des variétés végétales ? La question n'est pas seulement technique.
Les microorganismes du sol : des outils biologiques pour satisfaire les objectifs du développement durable (ODD)
Par Jean-Marc CHÂTAIGNER
Directeur général délégué de l'IRD
et Robin DUPONNOIS
Directeur du Laboratoire des Symbioses tropicales & méditerranéennes
De nombreuses pratiques agricoles classiques se révèlent aujourd’hui irrespectueuses de l’environnement et ont largement montré leurs limites dans l’atteinte de l’objectif de sécurité alimentaire aujourd’hui clairement défini au sein du deuxième Objectif de développement durable (ODD 2) de l’Agenda 2030 des pays membres de l’ONU. Dans l’urgence actuelle de trouver des moyens pour atténuer le changement climatique, et surtout, de s’adapter à ses effets, des voies novatrices doivent être empruntées afin de concilier de notables augmentations des rendements et la conservation des ressources naturelles. Les outils biologiques tels que les microorganismes du sol constituent une réponse permettant d’atteindre les objectifs du développement durable. Dans cet article, nous proposons, à travers l’exemple des champignons mycorhiziens, une analyse de ces outils biologiques comme solutions universelles à l’atteinte des objectifs précités.
Nouvelles biotechnologies : questionnements éthiques et conséquences économiques et sociales sur l'agriculture et la biodiversité
Par Guy KASTLER
Confédération paysanne, membre fondateur du réseau Semences paysannes
L’évolution des techniques du génie génétique et de l’information provoque aujourd’hui dans l’agriculture une restructuration brutale du secteur industriel des biens et services en amont du champ qui s’assortit d’une recomposition profonde des cadres juridiques qui s’appliquent aux semences. Les mégafusions récentes résultent de la division, au cours de la première décennie du siècle, par 100 000 du coût du séquençage génétique et par 2 000 du temps nécessaire à sa réalisation. Ces fusions parachèvent la mise sous dépendance de paysans condamnés à devenir les exécutants d’ordres numériques quotidiens envoyés par leurs fournisseurs d’intrants et d’équipements. Elles vont renforcer la perte de biodiversité cultivée, dont l’érosion a déjà atteint 75 % au cours du dernier siècle, selon la FAO. Le verrou posé par trois sociétés transnationales sur le premier maillon de la chaîne alimentaire est tel qu’aucun gouvernement ne peut leur résister. Au-delà des droits des agriculteurs et de la souveraineté alimentaire, c’est la souveraineté politique des États qui est menacée.
The misuse and malicious uses of the new biotechnologies
Par BrigGen (ret’d) Ioannis (John) GALATAS MD, MA, MC (Army), Manager et CBRN Knowledge Center @ International CBRNE Institute (BE)
MD, MA, MC (Army), Manager, CBRN Knowledge Center @ International CBRNE Institute (BE)
Being one of the sources of independent CBRNE (Chemical, Biological, Radiological, Nuclear and Explosive) expertise, the International CBRNE Institute Belgium (ICI) aims at promoting and developing best practices, standards and innovations in the CBRNE field. The ICI aims to enhance CBRNE risk mitigation at regional, national and international levels. It engages in a wide range of CBRNE-related activities including developing and supporting academic and policy-related research, organizing conferences, seminars and workshops as well as professional development programs for responders. In these activities, the ICI collaborates with other partners such as institutional, academic and corporate bodies and aims to be at the forefront of CBRNE-related activities, from policy to practical application. The Knowledge Centre (KC) is a body within the ICI that aims to provide leadership, best practices, research, support and/or training in the CBRNE area. The pallet of competencies includes technology, business concept, skill sharing or a broad area of study. The KC consists of two parts, namely the CBRN KC and the Explosives KC; both are coordinated by a Steering Committee, responsible for external relations and visibility, while the members of the KCs are pooled in a “Community of Experts” organized in Task Forces (TF). Each KC is represented by a Chairman; Professor Yvan Baudoin for the EKC and Brigadier General (ret’d) John Galatas for the CBRNKC. John is the author of the article “The misuse and malicious uses of the new biotechnologies”; he proposes here a state of the art about the new biotechnologies and their possible applications. (Abstract by Yves DUBUCQ, Managing Director ICI)
L’édition du génome : une vraie technologie de rupture
Par Hervé CHNEIWEISS
Médecin neurologue, président du Comité d’éthique de l’INSERM
Il est fréquent que des découvertes scientifiques fassent la une de l’actualité et que les média, avides de sensations fortes, nous annoncent une nouvelle révolution. Mais la réalité pratique d’une telle configuration est rare. Rare parce que les découvertes qui amènent à un changement de paradigme sont elles aussi peu répandues. Et si elles le sont, c’est parce que le passage d’une découverte académique à une application technologique est long, difficile et peu souvent couronné de succès. C’est à l’une de ces révolutions technologiques que nous assistons actuellement, avec la nouvelle maîtrise de modifications ciblées du génome grâce au système CRISPR-Cas9 et à ses dérivés.
Hors dossier
Fabrication additive : où en sommes-nous ?
Par Pascal MORAND
Président exécutif de la Fédération de la couture, du prêt-à-porter, des couturiers et des créateurs de mode, membre de l’Académie des Technologies
Joël ROSENBERG
Responsable Innovation à la direction de la Stratégie du ministère de la Défense
et Dominique TURCQ
Président-fondateur de l’Institut Boostzone
Révolution lente et profonde donnant lieu à une innovation technologique continue, la fabrication additive représente une partie importante de l’industrie du futur. Elle va impacter non seulement l’écosystème de pratiquement toutes les industries (savoir-faire nécessaires, logistique, conception de produits, vente, etc.), mais également l’écosystème économique global (emploi, offre, demande). Prenant acte de ce vaste enjeu aux multiples conséquences et du retard de la France dans ce domaine, le Conseil général de l’Armement a lancé, en 2014, une initiative en vue de clarifier la situation et de formuler des recommandations. Il s’est rapproché, pour ce faire, de la Chambre de Commerce et d’Industrie Paris Île-de-France afin de réaliser un rapport conjoint. Un institut de réflexion et de prospective, Boostzone, a également été associé à cette réflexion partagée. Cela a conduit à la rédaction d’un rapport dressant un panorama des différentes technologies utilisées et de leurs points clés, réalisant un benchmark international et présentant les industriels qui maîtrisaient à l’époque une partie de la chaîne de l’impression 3D. Ce rapport a également traité du phénomène des makers et de son écosystème de start-ups, de la mutation des modèles économiques et des applications dans des secteurs aussi divers que l’aéronautique, le médical, la construction et la mode (1). Les trois auteurs de ce rapport s’appuient ici sur celui-ci, tout en faisait état des développement récents tant dans les technologies et leurs applications qu’en matière d’initiatives publiques. (1) Ce rapport a été présenté fin 2015 au ministère de la Défense, ainsi qu’aux cabinets de François Hollande et d’Emmanuel Macron et à tous les acteurs concernés. Il a donné lieu à différents séminaires à la CCI Paris Île-de-France, qui ont associé nombre de PME. Les autorités publiques ont ensuite réuni les industriels et les grandes institutions de recherche qui s’intéressaient à cette technologie, sous l’égide de l’Alliance pour l’Industrie du futur. Ceux-ci ont fixé eux-mêmes les priorités et les thèmes qu’ils entendaient traiter et partager : machines, procédés, matériaux, chaîne numérique, etc. En parallèle, ces mêmes acteurs du terrain élaborent la feuille de route de la fabrication additive en France. Ces échanges entre différents secteurs qui n’avaient a priori aucune raison de travailler ensemble sont fructueux (nous citerons des travaux croisés entre les industriels de l’automobile et ceux du secteur aéronautique-défense).
