Novembre 2012
sommaire
Réalités industrielles
Le rôle de l'écrit et ses évolutions
Ce numéro a été coordonné
par Emilie PIETTE et Loïc de la COCHETIERE
Editorial
Par Pierre COUVEINHES
Rédacteur en chef des Annales des Mines
Avant-propos : Le corps du livre
Par Laurence COSSÉ
Écrivain
Les nouvelles formes de l'écrit
Le numérique doit être une chance pour le livre
Par Mari-Noëlle JÉGO-LAVEISSIERE
Directrice de Projet d’Orange
et David LACOMBLED
Directeur délégué à la Stratégie des Contenus d’Orange
Orange a initié et orchestré un large rassemblement d’acteurs du marché des télécoms, de l’édition et de la librairie pour promouvoir un modèle ouvert de la distribution numérique au sein d’un consortium, MO3T (1). Face à un changement de paradigme, il propose une solution ouverte sur l’avenir dans le respect des acquis du passé, de la richesse des expériences et des savoir-faire de tous les acteurs du livre.
L’homme est l’avenir du papier
Par Laurent de GAULLE
Président de Culture Papier
À l’heure de l’école virtuelle, le développement durable nous invite à repenser nos raisonnements. Agir et penser « durable », c’est se placer en relation avec les autres, comme un maillon de la chaîne du vivant. La démarche de Culture Papier consiste à exprimer la valeur du média papier en tant qu’outil et moyen de partage utile et irremplaçable, complémentaire du numérique, au sein des sociétés humaines. C’est un combat pour la liberté de penser et la diversité culturelle. L’homme n’est pas un système d’information. À côté du numérique et de ses possibilités étonnantes, le papier continuera de nous surprendre par son adaptabilité, ses innovations, sa proximité avec toutes les natures, celle de la planète et celles des êtres humains qui la peuplent. En fin de compte, c’est l’homme qui défendra le papier contre la machine.
L’imprimé, un média du futur
Par Jacques CHIRAT
Président de l’Union Nationale de l’Imprimerie et de la Communication (UNIC)
L’imprimé est bien plus qu’un média, c’est avant tout une culture. Si les médias passent, les cultures restent, et c’est en cela que l’imprimé a résisté aux époques, aux changements de mode de vie et aux fantastiques révolutions techniques et technologiques qui se sont succédés depuis plus d’un siècle. Support incontournable d’expression de la pensée humaine mais aussi de l’ensemble des activités économiques, commerciales et sociales, l’imprimé est avec l’entrée dans l’ère numérique confronté à de nombreux défis, notamment celui de répondre aux nouvelles exigences du développement durable. Mais n’ayons pas de doute qu’il sera à nouveau prêt à relever le gant pour s’affirmer comme l’un, sinon le média du futur.
Livre et nouvelles technologies
La politique française du livre à l’heure des nouvelles technologies. Industries musicales, édition : l’histoire se répéterait-elle ?
Par Laurence FRANCESCHINI
Directrice générale des Médias et des Industries culturelles, ministère de la Culture et de la Communication
De prime abord, l’idée de comparer l’industrie musicale et l’édition littéraire peut paraître curieuse tant les deux secteurs sont dissemblables aussi bien dans l’absolu que dans leur façon d’aborder la révolution numérique. Mais c’est là aussi l’intérêt de la réflexion : ce qui s’est passé pour la musique peut-il se reproduire pour le livre ? Le livre peut-il tirer profit de l’expérience de la musique ? Il s’agit là d’une réflexion utile, car l’enjeu de la diversité culturelle, qui justifie la mise en place dans chaque Etat de politiques culturelles particulières, devient encore plus important avec l’avènement de l’ère numérique, tant les bouleversements économiques qui accompagnent son essor sont brusques et radicaux.
Le livre électronique : opportunité ou menace pour l’édition ?
Par Arnaud NOURRY
Président-directeur général d’Hachette Livre
À chaque génération, une nouvelle révolution technologique vient bouleverser les moyens de communication et réduit la taille de la planète dans un rapport inversement proportionnel à l’augmentation de sa population. Pour nos grands-pères, ce fut le téléphone (one to one), pour nos pères, la télévision (one to many), et pour nous, Internet (many to many). Chaque révolution remet en cause la notion même du lien social forgé par la génération précédente, et bouleverse le modèle économique qui lui est associé. Il existe une exception qui, sans doute, confirme la règle : le livre. Il a traversé ces révolutions successives en affichant une bonne santé insolente. Avec l’ère du numérique, d’aucuns considèrent néanmoins que la filière du livre serait aux prises avec un changement de paragdime qui à plus ou moins long terme lui serait fatal. Cependant, de nombreux indices laissent à penser que cette mort annoncée du livre papier n’a rien d’inéluctable.
Quel avenir pour la librairie ?
Par Denis MOLLAT
Libraire à Bordeaux, Président du Cercle de la Librairie
Quel avenir, pour la librairie ? La bonne question ne serait-elle pas plutôt « La librairie a-t-elle encore un avenir ? », tant le spectre du numérique effraie la profession, qui regarde avec angoisse les bouleversements intervenus sur le marché de la musique. Il est vrai que le numérique a modifié en profondeur le modèle économique de l’industrie du contenu musical : le piratage bien sûr, mais aussi la désintermédiation et la montée en puissance de nouveaux acteurs issus du monde de la technologie. Une part importante de la valeur a été absorbée par les fournisseurs de lecteurs mp3 et de gestionnaires de plateformes de distribution de musique en ligne, au détriment des éditeurs, les « majors », et des distributeurs, qui n’ont pas su se réinventer suffisamment vite. Et 70 % des ventes de musique numérisée sont aujourd’hui réalisées par Apple (1). La messe est dite. Mais qu’en est-il du livre ? Où en est la librairie, aujourd’hui, en France ? Et, demain, les libraires connaîtront-ils le même sort que celui de nos regrettés disquaires ? Ou bien certains indices et initiatives nous permettent-ils d’espérer un futur plus souriant ?
Bibliothèque numérique européenne : de l’utopie aux réalités
Par Alexandre MOATTI
Ingénieur en chef des Mines (Conseil général de l’Économie, de l’Industrie, de l’Énergie et des Technologies), chercheur associé à l’Université Paris-VII Denis-Diderot (laboratoire SPHERE UMR 7219), ancien Secrétaire général du comité « Bibliothèque numérique européenne » (sept. 2005- mars 2006)
Pourquoi les grands projets informatiques portés politiquement au plus haut niveau de l’État deviennent-ils quelques années plus tard des échecs consommés, dans une indifférence quasi générale inversement proportionnelle à la mobilisation politico-médiatique qui avait présidé à leur annonce ? Le dossier médical personnel, lancé médiatiquement en mai 2004 et inscrit dans la loi d’assurance maladie d’août 2004, en est un exemple : chaque Français devait disposer d’un dossier médical sur Internet au 1er janvier 2007 – qui s’en souvient (1) ? À l’instar de ce projet, alors présenté comme la pièce maîtresse de la réduction des dépenses d’assurance-maladie, la bibliothèque numérique européenne, annoncée urbi et orbi en mai 2005, était censée contrer ce qui était vu comme une hégémonie culturelle de Google dans le domaine de la diffusion des connaissances sur Internet. Que la montagne ait là aussi accouché d’une souris nous invite à une réflexion sur l’efficacité du discours politique et de l’action publique, au niveau français comme européen.
Les nouveaux modèles de la presse écrite
La presse et le tournant numérique
Par Sarah SAUNERON
Chargée de mission au département Questions sociales du Centre d’analyse stratégique (CAS)
et Julien WINOCK
Responsable du service Veille et Prospective au Centre d’analyse stratégique (CAS)
Depuis une dizaine d’années, la presse écrite est confrontée à des difficultés considérables. Au déclin de sa diffusion liée à l’évolution des modes de vie, s’ajoutent la baisse des recettes publicitaires et le développement d’une nouvelle offre numérique. L’évolution technologique bouleverse non seulement le modèle économique de ce média, mais aussi ses modes d’organisation, ses métiers et ses contenus. Cependant, l’arrivée du numérique ne se réduit pas à une simple menace pour la survie de la presse. Elle représente aussi une extraordinaire opportunité de développement et de réinvention de ce secteur afin qu’il continue à séduire les lecteurs, et en particulier les nouvelles générations.
Presse : peut-on renoncer à l’édition papier ?
Par Pierre-Jean BOZO
Ancien Président directeur général du quotidien (gratuit) 20 Minutes
Aujourd’hui, il est terriblement banal de parler de la crise de la presse écrite. Mais insister davantage sur son image de corps malade et sous assistance ne pourrait que renforcer le climat défaitiste que cette industrie subit. Il apparaît donc essentiel d’observer, puis de proposer de nouvelles perspectives, en imaginant de nouveaux modèles. En effet, le besoin d’information reste intact pour le public, au-delà des supports et des genres. Ce besoin d’’informations souvent immédiat devient même parfois croissant, et l’accès à l’information doit rester un droit pour tous, car il est le garant du bon fonctionnement de nos démocraties.
Pourquoi La Tribune n’a pas (complètement) renoncé au papier
Par Philippe MABILLE
Directeur adjoint de la rédaction de La Tribune
Depuis le 1er février 2012, La Tribune n’est plus imprimée ni distribuée en tant que quotidien sur papier. Dans la turbulente histoire d’un journal économique qui a toujours été perçu comme le challenger et le concurrent du titre leader, Les Echos, une nouvelle aventure a commencée, celle du net… Mais le papier est réapparu avec la création d’un format hebdomadaire.
Hors dossier
Joseph E. Stiglitz et le Prix de l’inégalité
Par Christophe ATTALI
Ingénieur général des Mines, Conseil général de l’Economie, de l’Industrie, de l’Energie et des Technologies (CGEIET), ministère de l’Economie et des Finances
Cet article est une recension de l’ouvrage écrit par le prix Nobel d’Economie, Joseph E. Stiglitz, et intitulé Le Prix de l’inégalité. Dans ce livre, l’auteur rassemble l’essentiel de son expérience et de son savoir sur le fonctionnement réel de l’économie aux Etats-Unis et son rapport au monde politique. Cet ouvrage est un véritable réquisitoire contre certaines perversions qui, provoquant ou aggravant les échecs du marché, consolident des situations de rente, distordent les processus d’allocation de ressources et créent toujours plus d’inégalités au profit des « 1 % » les plus riches. L’auteur y aborde les implications éthiques, politiques et sociales que soustend le nouveau paradigme qu’il a progressivement imposé, celui de l’économie de l’information (Information economics).
Bilan énergétique de la France pour 2011
Par Céline ROUQUETTE
L’année 2011 est marquée par un contexte économique atone au niveau mondial : la croissance de la production et surtout celle du commerce mondial ont nettement ralenti. La zone euro est particulièrement affectée. Dans un contexte géopolitique tendu, notamment au Moyen-Orient, les prix internationaux des matières premières croissent fortement en 2011, plus particulièrement ceux du pétrole. Cela pèse sur la facture énergétique française. À 61,4 milliards d’euros (Md€), elle s’alourdit de près d’un tiers et cumule à 88 % du déficit commercial de la France. Elle représente ainsi 3,1 % du PIB, contre seulement 1 % dans les années 1990. La seule facture pétrolière s’élève désormais à plus de 50 Md€.
