Mai 2012

sommaire

Réalités industrielles

Les industries de l'espace

Numéro complet
Ce numéro a été coordonné
par Emmanuel SARTORIUS, Ingénieur général des Mines, Conseil général de l’économie

Editorial

Par Emmanuel SARTORIUS
Ingénieur général des Mines, Conseil général de l’économie

Avant-propos

Par Laurent WAUQUIEZ
Ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche

Les enjeux

Le programme scientifique de l'Agence Spatiale (ASE)

Par Jean-Jacques DORDAIN
Directeur Général de l'Agence spatiale européenne (ASE)

L’Europe est au premier rang des progrès de la connaissance à partir de missions spatiales. Au cours des trente dernières années, l’Europe a réalisé avec succès un grand nombre de premières dans les missions spatiales, qu’il s’agisse de l’exploration de l’Univers, de la découverte du système solaire, de la compréhension de notre planète ou des sciences exploitant les conditions uniques de l’environnement spatial. Les exemples abondent, qu’il s’agisse de l’atterrissage d’une sonde sur Titan, la lune de Saturne, des missions autour de Mars et de Vénus, de celles visant à surveiller les glaces polaires ou la salinité de nos océans, ou encore de favoriser la compréhension des processus physiques en l’absence de pesanteur. Cet impressionnant enchaînement de succès a permis à l’Europe de se placer au premier rang dans de nombreux domaines de ces disciplines scientifiques, de revendiquer des découvertes majeures et d’ouvrir la voie à des applications et à des services dérivés de ses progrès scientifiques. Ainsi, pour un budget modeste (en regard de ceux de ses principaux partenaires), l’Europe, au travers des programmes de l’Agence spatiale européenne (ASE) et de ceux de ses Etats, s’est dotée de moyens – en particulier d’une base technologique et industrielle compétitive et à la pointe de l’innovation – qu’elle a su mettre au service des communautés scientifiques européennes. Ce sont ces dernières qui définissent le contenu des programmes scientifiques de l’ASE, lesquels sont conduits en étroite coopération avec les Etats membres de l’ASE et leurs agences nationales respectives.

La politique spatiale de la France

Par Yannick D'ESCATHA
Président du Centre National d'Etudes Spatiales (CNES)

Le secteur spatial est omniprésent dans notre vie quotidienne, sans que nous en soyons toujours conscients, au travers d’un nombre croissant d’applications et de services opérationnels à destination des Etats et du grand public. L’espace est ainsi un secteur stratégique au service des politiques publiques, de l’industrie, de l’économie et de la science. Forte d’une stratégie d’investissements massifs réalisés depuis les années 1960, la France est aujourd’hui un des acteurs majeurs de la politique spatiale européenne. L’ambition de la France est de maintenir ce positionnement, pour pleinement profiter de ses investissements et du fort effet de levier économique du spatial, et de contribuer à la construction de l’Europe de l’Espace. Les grands axes de la politique spatiale de la France sont : - l’Europe et la coopération internationale, - l’indépendance de l’accès et de l’utilisation de l’espace, - l’espace utile et ses applications, - une base industrielle et technologique compétitive.

Quelles seraient les conséquences sur le plan militaire de la perte par la France de ses capacités spatiales ?

Par le Colonel Iñaky GARCIA-BROTONS
Chef d’Etat-major du Commandement interarmées de l’Espace

et François RAFFENNE
Responsable du suivi des questions de sécurité/défense UE et OTAN au sein de la division « Relations Institutionnelles » d’Astrium

Comme l’ont montré les dernières opérations militaires de la France sur des théâtres extérieurs, la prégnance du spatial sur l’ensemble du spectre des missions de défense est forte. La crédibilité du positionnement politique et diplomatique de la France reste subordonnée à sa capacité à évaluer chaque situation de manière autonome et souveraine. Une perte d’autonomie en la matière aurait pour la France des conséquences durables pour son avenir stratégique et sa capacité à rester maîtresse de son destin.

De multiples domaines d'applications

Espace et télécommunications

Par Jean-Paul BRILLAUD
Administrateur d’Eutelsat

La croissance impressionnante et ininterrompue enregistrée par l’industrie spatiale a été nourrie par celle du secteur des médias et des télécommunications pris dans son ensemble. Fort de sa qualité technologique (diffusion en haute définition, en tout point du territoire, de manière uniforme) et de ses faibles coûts de diffusion, le satellite est un maillon essentiel du développement de l’économie et de la société numériques. Dans un monde où l’accès à Internet à haut débit devient une commodité essentielle au même titre que l’eau ou l’électricité, la question de son accessibilité pour tous à un prix abordable devient une question d’équité entre les citoyens, entre les entreprises et entre les territoires. Là encore, de par sa complémentarité avec les réseaux terrestres, le satellite est porteur d’opportunités et s’affirme comme le vecteur essentiel de la réduction de la fracture numérique.

L'espace et les services

Par Eric BÉRANGER
Ingénieur des Mines, CEO d'Astrium Services

Le spectre des services spatiaux recouvre quatre grands types d’applications, à savoir : les télécommunications, la navigation, l’observation de la Terre et les missions scientifiques. Ce sont les télécommunications qui ont connu le développement commercial le plus spectaculaire au travers d’applications civiles (comme la télévision) ou militaires. Les défis à venir ne manquent pas. S’ils sont bien sûr techniques, ils sont également sociaux, politiques et financiers. Fort de ses propriétés uniques (ubiquité, vision globale ou précise, disponibilité), le satellite est et restera le vecteur incontournable pour un nombre croissant d’applications : télédiffusion, communications sécurisées et robustes, navigation, surveillance, étude des phénomènes météorologiques, environnement…

A nouveaux services, nouveaux entrants

Par Alain BORIES
Directeur de la Stratégie et du Business Development d’OHB

Le titre de cet article, A nouveaux services, nouveaux entrants, fait écho à l’étonnement médiatique qui a pris corps lorsqu’OHB, une PME allemande, a remporté l’appel d’offres pour la fourniture de quatorze satellites de la constellation Galileo, en janvier 2010, avec des titres accrocheurs comme « La droguerie a gagné contre Carrefour ». Nouveaux services, car Galileo, à l’instar du GPS, entraînera le développement de nombreuses applications dans des domaines variés. Nouveaux entrants, non seulement parce qu’OHB a été admis, dans ce contexte, dans la cour des grands du spatial, mais aussi parce que l’Union européenne, à travers la Commission, est devenue un nouvel acteur du domaine spatial. Ce sont ces différents thèmes que nous aborderons dans cet article, sans prétendre à l’exhaustivité, mais en brossant à petites touches quelques éléments d’évolution du spatial européen.

L'industrie spatiale est prête pour éclairer une politique environnementale

Par Joël CHENET
SVP Relations Institutionnelles et Business Développement, Thales Alenia Space

Alors que la crise climatologique et environnementale se poursuit, avec l’enchaînement inexorable de ses effets sur la planète et sur la vie de ses habitants, plus que jamais les dirigeants politiques doivent engager une action forte et cohérente dans ce domaine. Pour cela, ils pourront s’appuyer sur une communauté industrielle et scientifique structurée et expérimentée capable d’apporter des solutions et de générer des applications qui, à leur tour, pourront favoriser la création de nouveaux emplois, en France et en Europe.

Perspectives d'exploration du système solaire

Par Catherine CÉSARSKY
Haut Commissaire à l’Energie Atomique, présidente du Comité des Programmes Scientifiques du CNES

et Richard BONNEVILLE
Directeur adjoint des Programmes, de la Stratégie et des Relations Internationales du CNES

On rappellera d’abord la problématique et les enjeux de l’exploration robotique et humaine du système solaire. L’exploration de Mars présente un intérêt particulier par son intérêt scientifique et par la perspective, encore lointaine, d’une exploration habitée. Plusieurs voies complémentaires se dessinent à moyen terme l’exploration robotique de Mars, avec un programme de retour d’échantillons comme étape majeure, l’exploration humaine de la Lune et des astéroïdes proches, précédée par des missions précurseurs automatiques, des missions automatiques vers les planètes géantes et leurs satellites. Etant donné l’importance des ressources à mobiliser, une large coopération internationale est essentielle, en particulier pour les missions habitées. On examinera ensuite les atouts de l’Europe pour contribuer à un tel programme.

L'accès indépendant à l'espace : une fonction préalable à toute politique spatiale

Par Jean-Yves LE GALL
Président Directeur Général d’Arianespace

L’Europe des lanceurs se caractérise par ses succès techniques et commerciaux. Fin 2011, 46 lancements d’Ariane 5 ont été réussis d’affilée et Arianespace est le Numéro 1 mondial des lancements de satellites commerciaux. Ces succès sont le fruit d’une politique spatiale européenne résolue et déterminée conduite depuis plus de quarante ans, à l’initiative plus particulièrement de la France. Cette politique volontariste résulte de la prise de conscience de l’Europe de la nécessité de se doter de satellites pour assurer sa souveraineté et donc ne pas être dépendante des autres nations. L’accès indépendant à l’espace, qui repose sur le nécessaire soutien des Etats membres de l’Agence spatiale européenne et sur la réussite commerciale d’Arianespace, est la condition préalable à toute politique spatiale.

L'industrie spatiale européenne

Par Anne BONDIOU-CLERGERIE
Directeur Affaires R&D, Environnement et Espace, Groupement des Industries Françaises Aéronautiques et Spatiales (GIFAS).

et Jean-Jacques TORTORA
Secrétaire général d’Eurospace

Si les industries spatiales manufacturières européennes peuvent apparaître relativement modestes à l’aune de leur chiffre d’affaires et de leur effectif global (avec, respectivement, 5,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires consolidé et 31 000 emplois, en 2010, en Europe), elles ont incontestablement un rôle à jouer dans la réindustrialisation que toutes les politiques européennes appellent de leurs voeux. Elles présentent à cet égard de multiples atouts : en effet, elles figurent parmi les grandes aventures technologiques de notre siècle ; de même, elles peuvent avoir un incontestable effet de levier économique à travers leurs applications et offrent un vivier d’emplois attractifs et peu sujets à délocalisation.

De multiples domaines d'application

L'adaptation de la politique spatiale américaine aux changements internationaux

Par Xavier PASCO
Chercheur à la Fondation pour la recherche Stratégique, Paris. Chercheur associé au Space Policy Institute, George Washington University, Washington D.C.

Perçu comme une exception culturelle, l’attrait politique supposé des Etats-Unis pour l’espace a toujours masqué une réalité plus prosaïque faite de calculs de plus court terme parfois peu soucieux de stratégies scientifiques bien établies. Ainsi, le programme d’exploration de la Lune a été avant tout le moyen de proclamer la supériorité du système économico-politique américain sur son équivalent soviétique. Dans les années 1990, sous l’administration Clinton, l’exploitation des capacités spatiales américaines vise avant tout à conforter une suprématie économique et industrielle du pays. Sous la présidence Bush, s’opère un recentrage sur la défense avec la relance du financement direct de la politique spatiale des Etats-Unis via les grands programmes publics. L’utilisation de l’espace est guidée par des fins militaires. En 2012, si la politique spatiale américaine invoque toujours les mêmes objectifs de puissance, elle fait appel à d’autres moyens et à de nouvelles stratégies. On est à l’heure de l’efficacité politique et budgétaire. Se réclamant de l’héritage démocrate antérieur qui prônait l’efficacité économique et politique de l’investissement public, la présidence Obama paraît avoir tourné une page de l’histoire de la politique spatiale des Etats-Unis.

La Russie et l'espace

Par Isabelle SOURBÈS-VERGER
Géographe, chercheur au CNRS, directrice-adjointe du Centre Alexandre Koyré (CNRS, EHESS)

Le monde du spatial russe est volontiers vu et présenté comme étant en difficile survie, plus de vingt ans après l’éclatement de l’Union soviétique. Les échecs de 2011 de lanceurs Soyouz, comme celui de la sonde martienne Phobos viendraient soutenir cette vision. A ce propos, les accusations à peine voilées de possibles interférences hostiles sur le satellite, mais aussi les critiques plus larges évoquant les défauts d’une coopération occidentale profitant des technologies d’excellence russe sans avoir apporté de contrepartie en matière de transferts de technologies, contribuent à cette image figée d’une communauté isolée et qui doute d’elle-même. Cette grille de lecture ne prend cependant pas en compte la restructuration en cours de l’industrie spatiale russe, ses efforts de modernisation, ni la redéfinition par le pouvoir politique de la place des capacités spatiales dans le projet national visant à restaurer la puissance de la Russie. Or, ces nouvelles orientations méritent que nous leur prêtions attention car leurs implications dépassent largement le cadre russe du fait de la place particulière des moyens de ce pays dans le paysage spatial international, qu’il s’agisse aussi bien de compétition que de coopération.

La Chine et l'espace

Par Isabelle SOURBÈS-VERGER
Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS)

Dans le domaine de l’actualité spatiale (notamment avec le lancement en 2011 du module de base de sa future station spatiale), la Chine s’est trouvée placée en tête d’affiche et systématiquement comparée aux Etats-Unis. D’où la mise en scène de deux pôles uniques d’ambition spatiale qui sous-entend, au-delà du balancement actuel construit entre les ambitions de chacun, l’idée d’un éventuel renversement des rôles, la Chine devenant le lieu moteur de la conquête spatiale et les Etats-Unis déclinant lentement, faute d’une volonté politique aussi déterminée. Mais, si l’on raisonne en termes de capacités techniques, cette vision, qui sous-tend de nombreuses analyses, montre ses limites et son caractère très artificiel. La Chine a certainement des aspirations réelles en matière spatiale et des plans de long terme. L’idée d’apparaître comme le principal compétiteur de la première puissance spatiale mondiale n’est certainement pas non plus pour lui déplaire. Toutefois, ses objectifs fondamentaux, si on les étudie en tant que tels, dans leur contexte propre, sont d’un autre ordre et renvoient en priorité aux défis pratiques que la Chine se doit de relever afin de construire la « société modérément prospère » qu’elle ambitionne de devenir d’ici à 2020.

Hors dossier

La crise économique et financière en Europe et aux Etats-Unis Compte rendu d’une conférence donnée par Paul Krugman le 31 janvier 2012 à la Maison de l’Amérique Latine, à Paris

Par Yves LE YAOUANQ
Ingénieur des Mines, doctorant à la Toulouse School of Economics

et Nicolas GOVILLOT
Ingénieur des Mines, Direction générale du Trésor, Service des affaires bilatérales et de l’internationalisation des entreprises

Prix Nobel d’économie en 2008, Paul Krugman défend un point de vue keynésien sur la crise actuelle, en insistant sur le rôle positif que peuvent jouer les dépenses publiques en matière de relance de l’économie, fustigeant par là-même les partisans des plans d’austérité. Pour lui, le problème de la zone Euro n’est donc pas celui de l’indiscipline budgétaire des Etats (du moins, pas exclusivement), mais plutôt celui de l’importance d’une dette privée (ménages et entreprises) qui, générant une surconsommation, est à l’origine des déséquilibres commerciaux actuels. Paul Krugman a rappelé que la crise qui frappe l’Europe est tout autant économique que politique. Partisan d’un fédéralisme européen, il appelle de ses voeux une véritable gouvernance de la zone Euro, ainsi qu’une prise de conscience politique que les solutions plébiscitées sont inadaptées. En particulier, en plus de sa mission actuelle de contrôle des prix, la Banque centrale européenne devrait pouvoir stimuler l’activité économique, comme c’est le cas pour sa consoeur la Réserve fédérale américaine. Cette nouvelle compétence pourrait lui être bien utile en cas de mise en oeuvre de la solution préconisée par Paul Krugman pour répondre à la crise : le recours à l’inflation. Cette solution ne peut cependant se substituer à l’engagement de réformes de plus long terme nécessaires pour alléger le fardeau transmis aux générations futures et atténuer une inévitable perte d’influence de l’Europe.

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