Décembre 2011
sommaire
Gérer & Comprendre
N° 106
Editorial
Par Pascal LEFEBVRE
Réalités méconnues
L’élaboration des plans de sauvegarde de l’emploi : l’intervention d’acteurs tiers – le rôle des DDTEFP
Par Philippe CHAPELLIER
Maître de conférences en sciences de gestion à l'IUT de Montpellier, Membre du groupe CREGOR-COST-FCCS, MRM, Université Montpellier II
et Claude FABRE
Maître de conférences en sciences de gestion à l'IUFM de Montpellier, Membre du groupe CREGOR-ORHA, MRM, Université Montpellier II
Les restructurations et les plans de sauvegarde de l’emploi (PSE) ont des impacts lourds pour les parties prenantes qu’elles affectent à l’intérieur et à l’extérieur des entreprises concernées. Leur régulation sociale est donc déterminante. Si le pilotage collectif et paritaire des processus et des dispositifs d’accompagnement des licenciements qui leur sont propres est considéré comme une condition clé des restructurations « responsables », son instauration reste difficile et aléatoire en raison du contexte et des déséquilibres caractérisant ces situations.
L'épreuve des faits
Les rapports de développement durable : d’une logique globale à une logique locale. Le cas de Total – raffinerie de Normandie
Par Nathalie AUBOURG
Maître de Conférences en sciences de gestion
Béatrice CANEL–DEPITRE
HDR - Maître de Conférences en sciences de gestion
et Corinne RENAULT–TESSON
Maître de Conférences en sciences de gestion
Les rapports de développement durable (RDD), un des outils de la responsabilité sociale des entreprises (RSE ), font souvent figures de « vitrine environnementale et sociale » ; ils s’inscrivent dans une logique de communication institutionnelle à visée globale. Or, les entreprises prennent de plus en plus conscience des exigences des parties prenantes locales (PPL). Elles se doivent désormais d’apporter des réponses qui s’inscrivent dans une logique de territoire, afin d’assurer leur légitimité. Ces objectifs de légitimité et de proximité paraissent cohérents, mais ils sont parfois difficiles à concilier. Parmi les outils RSE, l’entreprise objet de l’étude (la raffinerie de Normandie du groupe Total) a élaboré un RDD local intitulé Rapport sociétal et environnemental. La déclinaison du RDD global en un RDD local, révélatrice d’une tendance bottom up dans la consultation des PPL, constitue une source d’information d’une nature différente : la consultation des PPL est un élément d’une démarche participative qui témoigne d’un processus d’apprentissage collectif.
Le management du changement à l’épreuve de l’homéostasie des systèmes
Par Gilles BAROUCH
Diplômé de l’École des Hautes Études Commerciales (HEC) ; Docteur en Gestion de l’Université Paris-Dauphine ; Titulaire d’une habilitation à diriger des recherches de l’Institut d’Études Politiques de Paris ; Professeur senior ; Responsable académique de l’Institut Supérieur du Management par la Qualité, BEM – Bordeaux Management School
Le management du changement est défini comme l’action consistant à amener une organisation d’une situation A à une situation B (qui est jugée préférable) tout en prévenant autant que faire se peut les difficultés. Dans cet article est dressée une esquisse d’une théorie de la résistance au changement fondée sur l’hypothèse d’une homéostasie des systèmes organisationnels. Un concept d’homéostasie qui aide à la compréhension et au management des changements complexes et à partir duquel sont proposés des principes visant à faciliter un tel management.
Comment les processus pensent-ils ? Autopsie d’une pratique de retours de dossiers, dans la banque
Par Vincent MAYMO
Maître de Conférences à l’université de Bordeaux, IRGO – EFFI, Chaire Management des Entreprises financières
Depuis 2000, la réorganisation des processus bancaires s’inscrit dans une logique de réduction des coûts et des délais, et de maximisation de la valeur captée. Or, des dysfonctionnements générateurs de non qualité s’y sont normalisés. C’est le cas des retours de dossiers du siège vers une agence, que nous avons analysés au cours d’une observation participante de neuf mois réalisée au sein d’une banque régionale. Nous expliquons pourquoi cette pratique de gestion diffère des préconisations en matière de management des processus. Nous mobilisons, pour ce faire, l’approche managériale des conventions.
Autres temps, autres lieux
Les jeux de la gastronomie et de la négociation : les enseignements du congrès de Vienne (1814-1815)
Par Lionel BOBOT
NOVANCIA (CCIP), Enseignant chercheur / Direction déléguée au Corps professoral et chercheur associé à l’INRA (UMR SAD APT, équipe Proximités)
La gastronomie française vient d’être inscrite par l’Unesco au patrimoine culturel immatériel de l’Humanité, et le projet d’une Cité de la Gastronomie avance à grands pas. L’histoire de cet art de vivre « à la française » est depuis toujours liée aux pratiques de négociation non seulement diplomatiques, mais également commerciales. Malgré les difficultés économiques, les repas d’affaires restent incontournables pour les entreprises françaises, pour lesquelles ils représentent un investissement stratégique. Or, la négociation, comme la gastronomie, prend sa source aux XVIIe et XVIIIe siècles, avec l’apogée de leur alliance personnifiée par Talleyrand et son chef Carême, lors du Congrès de Vienne (1814-1815). Notre article a pour objectif, à travers l’étude du cas de l’alliance entre gastronomie et négociation, lors de ce Congrès, d’en faire ressortir certes les atouts pour le manager d’aujourd’hui (émotions, théâtralisation et communication), mais aussi les limites.
“Rescruit, reshape, retain” : gestion du turn-over en situation interculturelle, le cas d’entreprises françaises en Inde
Par Dr. Nathalie BELHOSTE
Professeur, Reims Management School – CMAC
La puissance d’attraction du dynamique marché indien pousse de plus en plus les entreprises à s’y implanter. Cependant, une fois sur place, le recrutement, la formation et la fidélisation de la main-d’oeuvre (notamment de cadres qualifiés parlant anglais) deviennent les tâches prioritaires de la mission d’expatriation. Cette recherche exploratoire se fonde sur des entretiens qualitatifs réalisés auprès d’expatriés français en Inde, ainsi qu’auprès de leurs principaux collaborateurs indiens, dans quatre grandes villes indiennes. L’objectif est de montrer quelles sont les stratégies mises en place pour répondre à ce problème dans un contexte interculturel. Ces stratégies sont hautement dépendantes d’une vision à long ou à court terme de l’entreprise implantée localement, une vision liée, notamment, à l’interprétation que l’expatrié fait de la situation locale (culturelle ou conjoncturelle). Ces choix stratégiques seront donc discutés à la lumière de la compréhension et de l’implication de l’expatrié au plan local.
Débats
La coopérative est-elle un modèle d’avenir pour le capitalisme ? Retour sur le cas de Mondragón
Par Philippe DURANCE
Professeur associé au Conservatoire national des Arts et Métiers (CNAM) Paris, chercheur au sein du Laboratoire interdisciplinaire de recherche en sciences de l’action (LIRSA)
Les coopératives ont aujourd’hui le vent en poupe. Elles représentent pour beaucoup une alternative crédible, d’une apparence plus humaine, au modèle d’entreprise capitaliste actuel. Pourtant, les coopératives font l’objet de la part de leurs détracteurs de reproches tenant à leur incapacité de disposer des qualités qui font la force d’une entreprise traditionnelle dans un environnement mondialisé. Des critiques anciennes élaborées à partir de l’étude d’un cas devenu mythique : le groupe basque espagnol Mondragón. Or, si le modèle capitaliste classique a évolué, celui de la coopérative en a fait de même. Cet article reprend les principales analyses et montre que cette coopérative a su s’adapter et se développer au-delà de nombreuses espérances. Cependant, le rachat d’un groupe industriel européen en 2005 a dessiné une nouvelle ligne de fracture entre deux mondes bien distincts : celui des sociétaires propriétaires du groupe et celui des autres salariés. Et si les dirigeants de Mondragón insistent pour que la coopérative ne soit pas considérée comme une alternative au système capitaliste, c’est bien parce qu’elle s’inscrit pleinement dans la même vision du monde que celui-ci.
En quête de théorie
Les performances des coopératives vinicoles : un benchmark sans rentes d’appellations
Par Frédéric COURET
GAIA, ENITA Bordeaux
Confrontées à une crise, les entreprises de la filière vitivinicole se tournent vers de nouvelles options stratégiques et de nouvelles pratiques managériales. Au titre des démarches adoptées figure le benchmarking qui est une attitude coopérative s’appuyant sur la compréhension de la culture des partenaires. Dans le cas des coopératives dont la vocation est de maximiser la rémunération des apports de leurs adhérents, l’indicateur de performance économique le plus approprié est le résultat répartissable. Mais ce résultat répartissable est inopérant en tant qu’outil de comparaison des performances économiques des entreprises de terroir du fait de l’existence de rentes d’appellations (dont bénéficient les vins AOC) inégalement perçues. Cet article présente et évalue une méthode innovante, baptisée EBR (Équivalents Bordeaux Rouge), qui vise à neutraliser les effets pervers des rentes d’appellations dans le calcul du résultat répartissable.
Mosaïque
Des patrons aux managers
À propos du livre de Séverine Louvel, Des patrons aux managers. Les laboratoires de la recherche publique depuis les années 1970, Préface de Christine Musselin, directrice du Centre de Sociologie des Organisations, Presses Universitaires de Rennes – RES PUBLICA, 2011
Par Daniel FIXARI
professeur à Mines ParisTech
Que signifie être « cadre », aujourd’hui, en France ?
À propos du compte rendu du livre Cadres, classes moyennes : Vers l’éclatement ?, sous la direction de Paul Bouffartigue, Charles Gadea et Sophie Pochic, Paris, Armand Colin, 2011, 347 p.
Par Michel VILLETTE
professeur de sociologie à AgroParisTech, chercheur attaché au Centre Maurice Halbwachs
Le Contrat psychologique
À propos de l’ouvrage de Denise M. Rousseau, Psychological contracts in organizations. Understanding written and unwritten agreements, Thousand Oaks (California, United States), éd. Sage Publications Inc., 1995, 242 p.
Par Pascale de ROZARIO
Sociologue (Umr 3320 CNRS LISE, Laboratoire interdisciplinaire pour la sociologie économique, Conservatoire National des Arts et Métiers)
et Rémi JARDAT
Directeur de recherche de l’ISTEC (École supérieure de commerce et de marketing), et chercheur associé à l’EA 4603 LIRSA (Laboratoire interdisciplinaire pour les sciences de l’action - Cnam)
Comment se pilotent les systèmes ?
À propos du livre de François Dupuy, Lost in management – La vie quotidienne des entreprises au XXIe siècle, Paris, Le Seuil, 2011
Par Arnaud TONNELÉ
Consultant, coach, Groupe Bernard Julhiet
