Mai 2010
sommaire
Réalités industrielles
Après la crise financière : un retour à l'économie réelle ?
Ce numéro a été coordonné
par Christian STOFFAËS, Ingénieur général des mines, CGIET
et Xavier DALLOZ, Directeur de Xavier Dalloz Consulting et représentant en Europe du Consumer Electronic Show (CES)
Editorial
Par Pierre COUVEINHES
Avant-propos
Par Christian STOFFAËS
Ingénieur général des mines, CGIET
et Xavier DALLOZ
Directeur de Xavier Dalloz Consulting et représentant en Europe du Consumer Electronic Show (CES)
I - Un diagnostic pour dépasser la crise
Les causes véritables du chômage
Par Maurice ALLAIS
Professeur honoraire à l’Ecole Nationale Supérieure des Mines de Paris – Prix Nobel d’économie
Retour aux fondamentaux
Par Marcel BOITEUX
Président d’honneur d’EDF, membre de l’Institut EDF
Pour des ingénieurs socio-économistes
Par Claude MARTINAND
Vice-président du Conseil général de l’Ecologie et du Développement durable, MEEDDM – CGEDD
Envie d'aventures
Par Francis MER
Président directeur général de Safran, ancien ministre de l’Economie et des Finances
II - Paroles d'économistes
Manifeste pour l'économie réelle. Les économistes ont-ils une responsabilité dans la crise ?
Par Christian STOFFAËS
Ingénieur général des mines, CGIET
L’auteur de cet article propose une enquête sur la responsabilité des économistes dans la crise actuelle. Dans le contexte de la révolution libérale-monétariste, ils ont fourni, avec l’hypothèse des marchés efficients, le cadre intellectuel qui a justifié la dérégulation financière, avant d’engendrer l’emballement incontrôlé de la spéculation à crédit, dont l’explosion prévisible a débouché sur la crise financière et la récession économique qui la suit. Alors que le paradigme « EMH » (Efficient market hypothesis) vient de s’effondrer trente ans après les paradigmes marxiste et keynésien, quelle représentation pertinente de l’économie réelle faut-il aujourd’hui rechercher ?
Pour en finir avec l'hégémonie du lien économique
Par Michel BERRY
Ecole de Paris
On s’est habitué à considérer que le coeur de la relation sociale serait d’essence économique. Cela conduit à miser essentiellement sur des mesures économiques pour sortir de la crise et à considérer que seules les entreprises produiraient des richesses, tandis que les activités des autres formes d’organisations (État, associations, formations culturelles, etc.) en consommeraient. Si c’était à peu près vrai au XIXe siècle et au début du XXe, la part de l’économie dans les activités humaines a tellement diminué, aujourd’hui, dans les pays riches, qu’il faut prendre en considération d’autres sources de richesses que les seuls échanges économiques afin d’aider la société à sortir du mal-être dans lequel elle est plongée.
III - Paroles d'entrepreneurs
La crise ! Quelle crise ou plutôt : quelles crises ? La crise actuelle n'en dissimule pas d'autres, qui ne se seraient pas encore manifestées ?
Par André LAMOTTE
Centralien, Ph.D. MIT, MBA Harvard, fondateur de sociétés pharmaceutiques et biotech
Allons-nous bénéficier d’un redémarrage, soudain et fort, des économies ? Plus forte est la dépression, plus forte serait alors la reprise… Ou, au contraire, la crise marque-t-elle le début d’une croissance économique globale plus faible ? Entrons-nous dans une période prolongée de stagnation déflationniste, appelée à se transformer, par la suite, en stagflation ? Ou dans une succession de brèves reprises entrecoupées de récessions ? L’économie américaine va-t-elle repartir la première et tirer derrière elle les économies européennes et mondiales ? Ou assisterons-nous à une reprise sélective, avec, d’une part, une forte croissance des économies émergentes, de plus en plus couplées entre elles et, d’autre part, une faible croissance prolongée des autres économies ? Les conséquences de la crise vont-elles permettre aux économies émergentes de réussir à attirer les meilleurs scientifiques et les entrepreneurs les plus dynamiques, leur offrant budgets de recherche et fiscalités favorables, pour convertir leur nouvelle puissance économique en des positions industrielles dominantes dans les industries de demain ?
L'investissement de l'Etat dans les hautes technologies : une approche keynesienne
Par Daniel PICHOUD
Ingénieur général de l’Armement (2e section)
Les grands progrès technologiques qu’ont connus les dernières décennies avaient été préparés par des investissements étatiques très importants. Dans la crise actuelle, après avoir sauvé le système financier, il est indispensable de trouver le financement des investissements nécessaires pour préserver et (si possible) développer l’économie réelle en assurant le plein emploi de nos ressources humaines. Nous suggérons ici qu’une autre gouvernance de l’Euro soit mise en place, pour que celui-ci offre aux pays membres de l’Union européenne, les mêmes possibilités que celles qu’offre le Dollar à l’économie américaine.
Revenir à la dissociation historique des métiers financiers
Par Pierre-Henri LEROY
Président de Proxinvest
« Vous savez que l’internationalisation des marchés est aujourd’hui attaquée par des personnes qui n’ont peut-être pas de connaissances très évoluées dans ce domaine. Pourquoi donnons-nous à ces gens des arguments légitimes pour s’inquiéter de la croissance du capitalisme international ? C’est le coeur du problème. Si nous souhaitons être un modèle crédible pour le monde entier, il faut que nous ayons nousmêmes les mains propres ». Paul Volcker, invité en février 2003 par la Fédération Bancaire Française. Les récentes inquiétudes et leur point culminant d’octobre 2008 ont fait percevoir le fossé qui sépare nombre d’opérations financières d’une réalité économique tangible, et c’est donc bien un juste projet, pour le présent numéro de Réalités Industrielles, que celui d’un retour à l’économie réelle. Après deux ans de maelström et une crise aigue de liquidité heureusement maîtrisée par les pouvoirs publics en Europe, le débat sur les origines de la crise n’est pas clos. Ainsi, la décision radicale du Président Obama, le 21 janvier 2010, annonçant pour son pays la dissociation des activités de prise ferme d’actifs financiers et des activités de banque commerciale, n’a pas été appréciée par les élites européennes, alors que son parrainage par l’ancien Président de la Fed, Paul Volcker (âgé de 82 ans), prouvait qu’il s’agissait de l’aboutissement d’une réflexion ancienne, sans doute moins familière à l’Europe…
La stratégie du luxe : un point fort pour la France/ une stratégie d'entreprise pour le monde qui advient
Par Vincent BASTIEN
X67 / Professeur affilié à l’Ecole des Hautes Etudes Commerciales (HEC)
Les aspects macro-économiques, financiers et sociétaux de la crise sont déjà amplement traités par ailleurs dans ce numéro de Réalité Industrielle. Nous allons, dans cet article, examiner le problème au niveau de l’entreprise – un niveau qui n’est pas assez sérieusement traité, en France, et qui est néanmoins capital. Il ne faut pas, en effet, cesser de créer de la richesse. Le retour à l’« état de nature » n’est en aucun cas une solution : le progrès scientifique a beaucoup apporté à l’humanité et il doit se poursuivre. Pour ce faire, il faut prendre le problème « par le petit bout de la lorgnette » du management des sociétés, car ce point de vue microéconomique est fondamental : l’entreprise (qu’elle soit capitaliste, ou non) est, en effet, le lieu où la richesse se crée. Or, sans création de richesse, il n’y a plus de civilisation possible.
La crise, catalyseur du rétablissement de la primauté de l'économie réelle sur l'économie virtuelle
Par Franck BIANCHERI
Directeur du LEAP (Laboratoire Européen d’Anticipation Politique)
C’est une approche géopolitique, tout autant qu’économique, financière et monétaire, qui m’a conduit à annoncer au mois de février 2006, avec le Laboratoire Européen d’Anticipation Politique (LEAP), l’imminence de ce que nous avons appelé « la crise systémique globale ». Cette même démarche tend aujourd’hui à confirmer l’idée centrale de ce numéro des Annales des Mines, à savoir que dans le « monde d’après la crise », l’économie réelle va retrouver son caractère central, alors que les dernières décennies ont été marquées par la centralité de l’économie – virtuelle – de la sphère financière.
IV - Paroles de scientifiques
Crises et métrologie - A quoi sert la prospective ?
Par Thierry GAUDIN
Ingénieur général des Mines, Docteur en Sciences de l’information et de la communication, Président de « Prospective 2100 », rapporteur du groupe « Le Monde en 2025 » pour la DG Recherche de la Commission européenneLa compréhension du désarroi dont les institutions semblent affectées face aux crises (financières et écologiques) demande une analyse, plus profonde, faisant appel aux neurosciences et à l’histoire. C’est en relisant différemment l’histoire de la Révolution française (notamment le rôle joué par la métrologie et les monnaies) que l’auteur espère libérer les conditions de l’élaboration d’une prospective utile et opérationnelle, face aux défis contemporains.
Reconstruire la compétitivité de la France et de l'Europe innover dans un monde globalement numérique, massivement interconnecté
Par André-Yves PORTNOFF
Directeur de l’Observatoire de la Révolution de l’intelligence, Groupe Futuribles international
et Xavier DALLOZ
Directeur de Xavier Dalloz Consulting et représentant en Europe du Consumer Electronic Show (CES)
Qu’est-ce qui nous empêche de sortir de la crise par le haut et de nous appuyer sur elle pour faire de l’Europe un continent réussissant une forte croissance qualitative, basée sur un effort soutenu d’innovation globale, technique et organisationnelle, et susceptible de servir d’exemple à beaucoup de pays ? Rien ne nous en empêche : ni la dette, ni un manque de ressources financières ou naturelles. Rien, sauf l’emprise d’idées fausses et la domination d’éthiques incompatibles avec un développement durable, au sens littéral du terme, dans un monde fini.
V - Paroles d'ingénieurs
L'économie numérique un défi systémique
Par Jean-Pierre CORNIOU
Directeur général adjoint de Sia Conseil
Le numérique peut-il relancer l’économie française ? Depuis quelques années, cette question, lancinante, a donné lieu à de multiples rapports d’une grande qualité. Néanmoins, aussi pertinents soient-ils, ces documents pèchent tous par la dissociation schématique qu’ils opèrent, entre des « nouvelles technologies » parées de toutes les vertus et porteuses de toutes les promesses et un « reste du monde » passéiste, obsolète et réfractaire au progrès…
Le rôle des Business Angels dans le financement de la croissance des PME innovantes
Interview d’Eric BERTHAUD, Président, Cabinet DETROYAT - par Bernard NEUMEISTER, Journaliste
Que faut-il changer, en France et en Europe, pour que nos PME réussissent et deviennent des géants industriels ? Eric Berthaud, président d’une dizaine d’entreprises technologiques dans le monde, et Business Angel investissant dans l’avenir, nous donne son point de vue…
La culture, une des clés du développement durable
Par Hervé DIGNE
Vice-président du Forum d’Avignon
Au fur et à mesure que la crise économique déroule ses effets mécaniques, elle se modifie progressivement dans le regard des analystes, qui voient désormais en elle, au-delà d’une remise en cause économique, une crise de société, voire une crise de sens. Face à ces questionnements, la culture s’impose comme l’une des réponses à la crise. Cela a été un des leitmotivs du Président de la République, dans ses voeux pour l’année 2010. Toutefois, il y a plusieurs manières d’aborder ce nouveau rôle que l’on assigne à la culture.
Après la crise financière : un retour à l'économie réelle ? Ou : la France dans l'économie mondialisée
Par Grégoire POSTEL-VINAY
Ingénieur général des mines
Les origines de la crise actuelle remontent à deux, voire à quatre décennies : elles sont liées à l’essor des télécommunications et à ses conséquences, à la mondialisation et à la financiarisation insuffisamment régulée de l’économie, aux modifications de la gouvernance des entreprises, à la politique monétaire menée, notamment, par les Etats-Unis et au changement de braquet des pays émergents. Les atouts de la France permettent d’y répondre, à condition : a) de réagir à proportion des moyens mis en oeuvre par d’autres grands pays en faveur d’une politique d’offre innovante dans l’industrie et les services, portant notamment sur la croissance verte, l’économie numérique, la santé, l’excellence scientifique et technique et la formation permanente, cela, dans une stratégie renouvelée, b) de poursuivre les réformes structurelles en faveur de la part globale du travail tout au long de la vie, c) d’orienter l’épargne vers les activités productives, d) de mettre en oeuvre une politique vigoureuse de maîtrise des dépenses publiques et, e) de parvenir, dans le cadre de débats nationaux, à une vision suffisamment partagée du diagnostic et des objectifs à atteindre afin de sortir par le haut des difficultés présentes.
