Mars
2021

sommairE

ENJEUX

NUMéRIQUES

Faire confiance au temps du numérique
Numéro complet
Ce numéro a été coordonné par
Côme BERBAIN et Bertrand PAILHÈS

N° 13

Introduction

Par Côme BERBAIN et Bertrand PAILHÈS

La confiance, c’est quoi ?

Les ressorts de la confiance

Par Bruno BAGARRY

La confiance est essentielle au développement de toute personne (le sujet) et à l’instauration du lien. Au départ, l’on parle de confiance fondamentale, inhérente à la dépendance totale de tout humain, à la différence de l’animal. Elle est comme un état de nature. Son ressort est une crédulité constitutive sans laquelle l’accès aux premiers soins et à l’apprentissage serait impossible. La relation avec le parent nourricier influe également sur la qualité et la stabilité de la confiance. Elle contribue à l’instauration de la confiance en soi corrélée à la confiance en l’autre. Puis viennent les désillusions. Le sujet y fera face grâce aux conventions sociales telles que la promesse et à certains attendus dans les relations intersubjectives tels que des intérêts et des valeurs partagés. S’ajoute le besoin de réputation qui n’est autre qu’une demande d’amour.

Numérique et confiance

Par Henri ISAAC

L’univers numérique s’est développé si rapidement que la question de la confiance peut paraître secondaire. Cependant, à mesure que les usages se diversifient, des comportements viennent amoindrir la confiance en cet espace (fraude, usurpation d’identité, cyber-harcèlement). En outre, la collecte massive de données personnelles opérée par les services numériques interpelle. Par ailleurs, la cybercriminalité, la surveillance étatique des communications entravent également la confiance en ligne. Dès lors, un tel espace interroge les mécanismes qui produisent et entretiennent la confiance. Si ces mécanismes de confiance ont dans un premier temps imité les mécanismes classiques, l’univers numérique a progressivement produit des mécanismes de génération et de gestion de la confiance propres, en s’appuyant sur la nature de ce qui le caractérise, l’organisation réticulaire et le traitement des données. Dès lors, l’architecture du tiers de confiance, quelle qu’en soit sa modalité, pose elle-même question et débouche sur l’idée qu’une architecture de réseau, par conception, par elle-même, peut générer la confiance dans les échanges.

La procédure et la confiance des citoyens en la justice à l'épreuve de la dématérialisation

Par Alain LACABARATS

La confiance des justiciables dans le fonctionnement de la justice passe par l'adoption, aussi bien en matière civile qu'en matière pénale, de règles de procédure garantissant le respect du droit au procès équitable. Le recours aux technologies informatiques peut affecter la qualité des procédures juridictionnelles, en remettant en cause les conditions dans lesquelles sont appliqués les principes fondamentaux du procès. Mais au-delà de ce risque, ces technologies peuvent être également une chance à saisir pour l'institution judiciaire.

L’engagement dans une pratique collaborative : une question de « confiance » ?

Par Josette DEBROUX

De nombreux travaux s’intéressant au développement de « l’économie collaborative » s’inscrivent dans le paradigme de l’échange, avec la « confiance » comme concept central. L’engagement dans une pratique collaborative peut être analysé à partir du modèle dispositionnaliste et contextualiste, selon lequel la pratique résulte de la rencontre entre des dispositions – des manières de voir, de penser et d’agir – construites au cours de la socialisation et d’un contexte présent qui les actualise. L’enquête réalisée auprès de conducteurs réguliers de Blablacar montre que, au cours de leur socialisation, les conducteurs ont construit une disposition à être économes et, plus largement, une disposition ascétique, des compétences relationnelles, voire parfois un goût pour l’altérité. C’est à un moment d’incertitude sociale, de fragilisation du statut social, que démarre l’engagement dans la pratique dont ils ont eu connaissance par un proche qui les encourage. La pérennisation de la pratique suppose le renforcement de dispositions faiblement constituées.

Le numérique à l’école : la crise sanitaire, une opportunité pour déve­lopper une culture numérique

Par Jean-Marc MERRIAUX

À la suite de la fermeture de toutes les écoles le mars 2020, l’ensemble de la communauté éducative a dû répondre à cette situation exceptionnelle, qui a touché millions d’élèves, plus de millions de parents, 80enseignants et 40agents du ministère chargé de l’Éducation nationale, en ayant recours massivement au numérique. Les outils institutionnels proposés par le ministère, ses opérateurs et ses partenaires tels que les outils « ma classe à la maison » du CNED, les ENT (espaces numériques de travail) et les ressources numériques ont permis de répondre à l’urgence et aux attentes des différents acteurs. La spécificité française qui repose sur la capacité à articuler les politiques publiques en matière de numérique avec le soutien d’une multitude d’acteurs a su montrer une certaine efficacité, soulignée par l’OCDE qui a cité la France comme l’un des pays ayant le mieux réussi à organiser cette continuité pédagogique. Avec cet article, nous cherchons, à travers une synthèse des retours d’expérience pendant la crise, à identifier quelques axes pour permettre le développement d’une culture numérique partagée dans un système éducatif en mouvement.

Les progrès et insuffisances de l’approche par les technologies

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

La certification de produits fonctionne-t-elle ?

Par Renaud LABELLE et Sylvain LEROY

Devant la grande variété des produits de sécurité (pare-feu, VPN, composants de sécurité…), l'utilisateur est parfois démuni : comment distinguer les meilleurs ? La certification de sécurité, qui est un processus d'évaluation objectif et reproductible réalisé en France sous l'autorité de l'ANSSI, tente d'apporter une réponse, notamment pour ceux dont les fonctions sont très normalisées (comme les cartes bancaires). Si elle offre d'importantes garanties de sécurité et est largement reconnue, elle s'appuie sur des procédures qui ont été établies il y a une vingtaine d'année, et n'est vraiment adaptée qu'aux produits apportant un haut niveau de sécurité. La certification européenne, qui est en train de se mettre en place et la remplacera à terme, vise à élargir son périmètre pour, entre autres, permettre l'évaluation des objets du quotidien ainsi que la prise en compte du cycle de vie complet des produits.

Vers la confiance, voire la certification, des systèmes à base d’intelli­gences artificielles

Par Julien CHIARONI

Le fonctionnement sûr des logiciels est au coeur de nombreuses applications de tous les jours, qu’il s’agisse du transport (automobile, aviation, rail…), ou des dispositifs de santé. Toutefois, la question reste ouverte lorsque les systèmes intègrent de l’intelligence artificielle (IA). Pour y parvenir, le développement de lignes directrices en matière d'éthique et de confiance est un élément central en vue de définir des exigences requises et partagées. Toutefois, avant de mettre en oeuvre ces exigences ainsi que celles spécifiques à l’application et au contexte d’emploi, il est impératif de développer un cadre technique conduisant à revisiter l’ensemble de la chaîne de conception, d’évaluation et de déploiement des systèmes à base d’intelligence artificielle. Cela se traduit, d’une part, par le développement des briques logicielles permettant d’outiller l’ingénierie algorithmique et système de l’intelligence artificielle, et, d’autre part, par de nouvelles approches d’évaluation, voire de certification. C’est tout l’enjeu du « grand défi » que de lever ces verrous et permettre le déploiement de l’IA à de futurs produits et services, tout en garantissant la confiance nécessaire à l’acceptabilité sociale des futurs utilisateurs.

Blockchain : quelle confiance, pour quels usages ?

Par Clément JEANNEAU

La blockchain permet de décentraliser la valeur, comme Internet l’a fait avec l’information. Avec la blockchain , tout internaute peut créer et échanger ses propres actifs de valeur, avec l’internaute de son choix, (quasi) instantanément, sans nécessiter la permission d’un tiers. Cette technologie ouvre différents usages, qui commencent à être mis en application dans divers domaines. Ces usages nécessitent cependant d’accorder sa confiance à une technologie qui paraît souvent complexe, et est parfois controversée. Faire confiance à la blockchain nécessite de comprendre ses principes, les nouveautés qu’elle apporte, mais aussi ses limites, au-delà des discours quelquefois sans nuance qui entourent cette innovation.

RGPD, trois ans après, où en est-on ?

Par Marie-Laure DENIS

Mis en place le mai 2018, le RGPD est l’un des rares textes européens dont on parle encore près de 3 ans après son adoption : c’est assez rare pour être souligné. Son champ d’application remet les acteurs européens à égalité de concurrence avec les acteurs mondiaux et permet à l'Europe de prendre toute sa place dans l’économie numérique globale. De nombreux pays ont ainsi mis à jour leur réglementation pour se rapprocher des standards européens. À l’échelle européenne, la coopération est réelle et une véritable doctrine européenne se construit. Enfin, en France, les chiffres montrent que lorsqu’on explique mieux aux citoyens leurs droits, ceux-ci s’en saisissent massivement. Le contexte politique et juridique de 2020, exceptionnel à plusieurs égards, offre un alignement inédit des intérêts entre notre régulation en matière de protection des données et notre politique industrielle, qu’il faut mettre au service d’une stratégie ambitieuse en matière de souveraineté numérique.

L’atout confiance : Maîtriser le risque numérique pour construire la cyber-résilience

Par Fabien CAPARROS

Pour une organisation, publique ou privée, la confiance a bien des vertus. Elle permet, en particulier au dirigeant, de consacrer les ressources adéquates à la réalisation de la mission ou à la création de valeur, et de gérer sereinement les aléas. Mais face à l’évolution du risque numérique, qui au fil des ans est devenu à la fois stratégique et systémique, comment avoir confiance en son activité numérique ? Comprendre et maîtriser ses risques numériques apporte des solutions à cette problématique essentielle. Cela demande, néanmoins, un niveau de maturité élevé pour une organisation. Lorsqu’elle y parvient, celle-ci ne sera pas immunisée contre une attaque informatique, mais elle sera prête à y faire face. Devant les menaces informatiques, le management des risques numériques permet de bâtir la confiance sur trois niveaux : la confiance dans son organisation, la confiance dans ses partenaires et la confiance dans son écosystème. Il fournit ainsi un atout significatif et difficile à acquérir : l’atout confiance.

Qualité, équité, transparence, vérification, et explicabilité des décisions algorithmiques

Par Serge ABITEBOUL

Nous considérons des aspects, surtout techniques, de la qualité, l’équité, la transparence, et l’explicabilité des décisions algorithmiques.

Prouver son identité en ligne : l’enjeu d’une solution régalienne de confiance

Par Valérie PÉNEAU

La nécessité croissante d’être en mesure de prouver son identité en ligne, de façon simple, à sa convenance et en toute sécurité, justifie la mise à disposition des citoyens d’un moyen d’identification électronique public de confiance, en complément des éventuelles solutions proposées par des acteurs privés. En application du règlement européen eIDAS, qui en définit les différents niveaux de garantie et pose le principe d’une interopérabilité de ces moyens dans l’espace numérique européen, l’État français a ainsi engagé un programme de conception et de déploiement d’une future identité numérique régalienne, qui s’articulera avec la future carte nationale d’identité électronique devant être généralisée à partir d’août 2021.

Le rôle des communautés (open source, open data, open gov)

Par Mathilde BRAS

L’ouverture des données publiques, la mise à disposition des codes sources développés par les administrations et la co-construction des politiques publiques impliquent un changement de posture des acteurs publics. Dès lors qu’il s’agit de mettre en place des « dispositifs d’ouverture publique » voués à améliorer la confiance des citoyens envers la puissance publique, assembler des communautés d’acteurs pluriels – agents publics, entrepreneurs, chercheurs, représentants de la société civile – a un impact certain sur les politiques publiques. L’apport de la « puissance créatrice de la multitude » dans l’État est vecteur d’innovation technologique et organisationnelle. Cette puissance ouvre de nouveaux champs de réflexion « par communautés » dans plusieurs projets et dispositifs « publics et ouverts » en lien avec le numérique, et d’y apporter des éclairages prospectifs.

Numérique et information

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Perspective historique sur la liberté d’expression

Par Maryse ARTIGUELONG et Henri LECLERC

De la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, qui dans son article proclame que « tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi », en passant par la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH) qui promet « l’avènement d’un monde où les êtres humains seront libres de parler et de croire... », de longs combats ont été nécessaires avant que la loi sur la liberté de la presse de 18ne vienne garantir la liberté d’expression, notamment par la définition des différents niveaux de responsabilité pour la presse, mais aussi pour tous les moyens d’information et de communication. Ces droits sont-ils assurés dans le monde numérique ? L’illusion d’un univers où la liberté d’expression serait totale, grâce, entre autres, à la gratuité des services, à l’anonymat et à la « viralité », se heurte au profilage, à la surveillance de masse et à une régulation qui nécessite d’être fiabilisée. De nouveaux droits restent à garantir.

Inclusion numérique au coeur des politiques publiques

Par Florence PRESSON

Cet article est écrit par une élue locale qui a vécu une première transition numérique dans sa vie professionnelle dans les années 1990, avec un changement radical qui s’opérait dans le monde industriel. Cette transition touchait de plein fouet la relation client et celle entre les salariés. La notion de confiance a commencé à être redéfinie. À partir des années 2000, nous avons vécu une accélération, et l’ère du numérique a touché tous les secteurs, tous les acteurs et l’ensemble des citoyens. L’inclusion et l’identité numérique représentent un enjeu de société majeur. Le rôle et l’accompagnement des collectivités est la pierre angulaire d’une "Human SmartCity" pour tous.

HORS DOSSIER

Art.Machines.Intelligence

Par Frederic Fol LEYMARIE

Je présenterai quelques réflexions sur les potentiels qui se trouvent à l'intersection de l'art, des machines (y compris l'IA) et de l'intelligence. Je ne souhaite pas simplement donner un aperçu de la pratique actuelle des artistes utilisant, ou parfois développant, certains aspects de l’utilisation des machines dans leur pratique, mais plutôt discuter des raisons pour lesquelles il y a un grand potentiel dans le mixage de ces disciplines. Pour ce faire, je caractériserai chacun des trois thèmes. Mes descriptions de ces sujets seront loin d'être des aperçus complets, mais suffisants, je l'espère, pour faire comprendre au lecteur comment je considère les potentiels offerts en considérant la jonction ou la fusion des trois thèmes « art », « machines » et « intelligence ». Je donnerai aussi quelques exemples récents et actuels de pratiques et projets d'artistes avec lesquels j'ai collaboré, où les trois disciplines sont réunies, en un court tour d’horizon. Enfin, je suggère qu'au lieu de porter nos efforts sur l'intelligence artificielle générale (ou forte), nous devrions plutôt nous concentrer sur des objectifs plus raisonnables tels que Art.Machines.Intelligence.

La revue complète

Digital issues: abstracts

Retour en haut