Septembre 2020

sommaire

Gérer & Comprendre

Numéro complet

N° 141

Réalités méconnues

Gérer un méta-problème : le cas des débris spatiaux

Par Camille TOUSSAINT et Hervé DUMEZ
Institut Interdisciplinaire de l’Innovation – i3 (UMR 9217) Centre de Recherche en Gestion (CRG) – École polytechnique

Avec le développement de nouveaux projets vers la Lune ou vers Mars, avec la croissance du marché des satellites privés et militaires, le secteur spatial est en pleine expansion. Ces activités sont aujourd’hui menacées par l’augmentation exponentielle du nombre de déchets en orbite autour de la Terre. Le cas présente les caractéristiques de ce que Cartwright (1987) a appelé un « méta-problème ». Un tel type de problème suppose en effet la coordination d’acteurs multiples et hétérogènes. Le cas des débris spatiaux montre qu’il se décompose par ailleurs en trois dynamiques interdépendantes mais exigeant des formes d’actions différentes : contenir au présent l’aggravation de la situation, impulser de nouvelles solutions pour l’avenir et nettoyer les débris existants pour effacer l’héritage du passé. Reposant sur l’approche des scénarios (Schoemaker, 1995 ; Wiebe et al., 2018), cet article identifie quatre voies de résolution de ce problème. Chacune tient compte de l’hétérogénéité des acteurs, publics et privés, et des modes de coordination possibles, marché et régulation.

Participation et e-participation citoyennes en contexte de transition démocratique en Tunisie, les nouveaux habits de l’empereur ?

Par Anissa BEN HASSINE
Chercheure - Université de Tunis, ESSECT, LR11ES02 LARIME

Kamel FARHATI
Magistrat - Cour des Comptes de la République Tunisienne

et Aida HAOUALA
Chercheure - Université de Tunis, LR11ES02 LARIME

L’objet de cette recherche est d’étudier, dans le contexte tunisien de transition démocratique post-2011, le rôle des trois principaux acteurs (politiques, administrateurs publics et société civile) engagés dans le projet de (e)participation citoyenne Open Government Partnership (OGP). Grâce à une posture d’acteur-chercheur qui a permis une immersion dans ce projet, il a été possible de conclure que, malgré une demande pressante en matière de participation, la mobilisation citoyenne dans le projet étudié reste faible, même lorsqu’elle utilise des supports accessibles comme des plateformes technologiques. La faiblesse de cette participation s’explique, selon nos résultats, par le fait que les différents partenaires engagés dans le projet sont mus par des intérêts davantage individuels que collectifs, lesquels intérêts sont relatifs à la légitimation d’un nouveau rôle qu’ils chercheraient à jouer dans ce nouveau contexte. Cela conduit à nuancer l’engouement pour les démarches collaboratives, particulièrement sur Internet, et réinterroge, plus généralement, les vertus de la démocratie participative.

La rationalisation du travail d’ingénieur d’études dans les organisations publiques

Par Lambert LANOË
Laboratoire d’économie et de Management Nantes-Atlantique Université de Nantes

Depuis le développement des sociétés industrielles, les ingénieurs se sont trouvés en position d’objectiver le travail des autres catégories de travailleurs. En ce sens, l’avènement de l’Organisation Scientifique du Travail a consacré leur rôle au sein des entreprises. Toutefois, les nombreuses mutations et projets de rationalisation qui se sont immiscés dans nos grandes organisations publiques sont à l’origine d’une profonde complexification du travail d’ingénieur. En effet, l’évolution historique introduite par la division sociale du travail à travers le taylorisme, dont les ingénieurs ont été des acteurs éminemment déterminants, a fini par les affecter à leur tour. On peut voir ici une certaine application du darwinisme où les ingénieurs originels, qui objectivaient le travail des autres employés, voient désormais leur propre travail objectivé par les gestionnaires et leurs machines.

L’épreuve des faits

Le rôle de la dynamique communautaire dans la mise en œuvre d’une démarche de lean management : le cas Yves Rocher

Par Johan GLAISNER
Chaire « Management du Travail Vivant », Ircom

et Olivier MASCLEF
Chaire « Management du Travail Vivant », Ircom Chercheur Associé au LEMNA, Université de Nantes

En 2006, le Groupe Rocher Opérations (GRO), la filiale qui regroupe la production et la supply chain du Groupe Yves Rocher, commence à mettre en place le lean management en vue d’optimiser son processus de production et de distribution. Douze ans plus tard, force est de constater que la démarche a été une franche réussite : non seulement l’entreprise a atteint ses objectifs industriels et économiques, mais encore le lean s’est déployé dans un climat social extrêmement bon et une appropriation généralisée. Cette réussite interroge, tant le lean management a été décrié : on lui reproche régulièrement la « casse sociale », le manque d’efficacité et l’irrespect du travail réel. Notre recherche vise à comprendre comment une telle appropriation a été possible. Nous verrons que cette réussite vient du fait que l’entreprise fonctionne comme une communauté de travail (une dynamique fusionnelle créée par des communs, de la convivance et une structuration commune du monde), et que le management joue délibérément le jeu de cette communauté.

Concevoir pour tous, mais avec qui ? Trois cas de co-conception avec des personnes en situation de handicap

Par Estelle PEYRARD et Cécile CHAMARET
Institut Interdisciplinaire de l’Innovation – i3 (UMR 9217) Centre de Recherche en Gestion (CRG) – École polytechnique

De plus en plus d’entreprises recourent à la co-conception et impliquent des utilisateurs dans leurs processus d’innovation. Dans ce contexte, la participation de publics ayant des besoins spécifiques apparaît comme un des moyens d’identifier et de prendre en compte ces besoins, et ainsi, de tendre vers la conception universelle. Pourtant, les démarches mêlant conception universelle et co-conception sont rares, et les apports réciproques des deux approches peu décrits. Nous montrons ici, à travers trois cas de conception avec des personnes en situation de handicap (PSH), que cette participation permet une approche globale de la conception universelle, prenant en compte tous les aspects du produit et des usages associés. Nous soulignons cependant les spécificités des démarches de co-conception avec des utilisateurs en situation de handicap, liées tant à la posture et aux croyances du concepteur qu’à celles de l’utilisateur. Nous formulons enfin des recommandations pour les concepteurs et proposons des pistes pour de futures recherches.

Mosaïque

Un livre sur le travail qui se lit comme un roman

À propos de l’ouvrage de Damien Collard, « Le Travail au-delà de l’évaluation. Normes et résistances », Érès, collection « Clinique du travail », 2018.

Par Vincent Meyer

La revue complète

Digital issues: abstracts

Retour en haut