Mai 2019
sommaire
Réalités industrielles
Les nouveaux horizons de l’Europe spatiale
Ce numéro a été coordonné
par Jacques SERRRIS
Préface
Par Frédérique VIDAL
Ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation
Avant-propos
Par Jacques SERRIS
Conseil général de l'Économie
Les enjeux stratégiques spatiaux du XXIe siècle
Politiques spatiales intergouvernementales européennes
Par Géraldine NAJA
Agence spatiale européenne
L’Europe politique, économique et industrielle est complexe. En effet, elle s’articule autour de multiples dimensions : nationale, régionale, intergouvernementale et communautaire. Cette complexité et l’imbrication des différents niveaux de décision et de mise en oeuvre représentent néanmoins une richesse pour l’Europe. On retrouve cette complexité dans le secteur spatial, et ce d’autant plus que, dès ses balbutiements, l’espace a été un terrain favorable d’intégration européenne ainsi qu’un domaine à forte dimension stratégique. Face aux deux superpuissances spatiales historiques, que sont les États-Unis et l’ex-URSS, les États européens et leurs entreprises n’ont eu d’autre choix que de coopérer. Une telle coopération s’est organisée autour d’une organisation intergouvernementale, l’Agence spatiale européenne (ESA). L’Europe a progressivement élaboré une politique cohérente et un programme spatial complet lui permettant, au travers de l’ESA, des agences nationales et, plus récemment, de l’Union européenne, d’être un acteur de premier rang dans le spatial. Ainsi, espace et Europe sont intimement liés. Pionnière de l’intégration européenne, l’ESA a su s’adapter aux évolutions politiques et institutionnelles de l’Europe, et devra continuer à le faire dans le futur.
European Union Space Policy
Par Pierre DELSAUX
Deputy Director General at the European Commission Directorate General for the Internal Market, Industry, Entrepreneurship and SME’s
Europe has achieved many successes in Space, thanks to the fruitful collaboration of Member States, the European Space Agency (ESA), the European Organisation for the Exploitation of Meteorological Satellites (EUMETSAT) and the European Union. Copernicus and Galileo/ EGNOS the two Union flagships are the result of this synergic cooperation. They are both fully operational and deliver world class services for Earth Observation and Satellite Navigation. Building on these successes, on 26 October 2016, the European Commission adopted the Space Strategy for Europe setting up a common vision and identifying a number of concrete actions to achieve its objectives. This was enriched by an intensive political debate and orientations provided by Council and Parliament. In view of the political changes at the horizon with the forthcoming elections, it is mandatory to ensure that Europe’s successes in Space are ensured. As a result, last June this Commission adopted important proposals that will shape the future of Space in terms of programme components, research and innovation needs and investment ambitions.
La place de la France dans le domaine spatial
Par Jean-Yves LE GALL
Président du CNES
Historiquement, la France a toujours été la troisième puissance spatiale et elle est aujourd’hui le moteur de l’Europe spatiale. Ce rôle éminent s’est bâti sur un partenariat entre le CNES et les industriels, qui leur a permis de devenir des acteurs mondiaux de premier plan dans les lanceurs, les satellites et les applications. Ce positionnement est confronté à un bouleversement du secteur, né de l’apparition, aux États-Unis, de nouvelles entreprises, dont les chefs de file ont des parcours liés au développement d’Internet. Ce phénomène, baptisé New Space, semble remettre en question les fondamentaux du secteur. En fait, le spatial connaît une double évolution, la numérisation et la globalisation. Cela signifie une réduction très forte du coût de possession des systèmes spatiaux et l’émergence de nouveaux acteurs, à la fois publics et privés, et pour la France, à la fois clients et concurrents. La réponse du CNES repose sur le maintien de son excellence scientifique, le développement de son écosystème et la coopération internationale. L’ensemble étant soutenu par la puissance publique dont le rôle est finalement, et de façon un peu paradoxale, considérablement renforcé par le New Space.
L’évolution du contexte spatial américain
Par Xavier PASCO
Directeur de la Fondation pour la recherche stratégique
Des investissements encore inégalés à ce jour continuent de faire des États-Unis la première puissance spatiale dans le monde. Cette première place repose sur les deux piliers que sont l’exploration spatiale habitée et le développement de l’espace militaire. L’époque récente s’est même caractérisée par une croissance des dépenses militaires liée à un sentiment croissant de vulnérabilité face à la montée en puissance de la Chine et le maintien par la Russie de capacités importantes. En parallèle, l’émergence d’une nouvelle industrie spatiale à vocation plus directement commerciale s’est exprimée à travers des entreprises emblématiques comme Space-X ou Blue Origin dans le domaine du lancement. Les applications spatiales connaissent aussi des évolutions avec l’espoir pour les investisseurs de nouveaux débouchés dans le secteur de l’information. Mais le soutien apporté par l’État apparaît indispensable pour garantir le succès de ce qui reste encore un pari industriel incertain.
Chine, Russie, Inde, Japon : essai de typologie de leurs ambitions spatiales en 2019
Par Isabelle SOURBÈS-VERGER
Directeur de recherche au CNRS, Centre Alexandre Koyré
Les activités spatiales des principaux membres du club spatial sont volontiers étudiées par référence à l’hyper-puissance spatiale des États-Unis. Le classement désormais classique des experts occidentaux, si l’on exclut l’Europe, place ainsi en second la Chine suivie de la Russie, puis de l’Inde et du Japon. De fait, cette hiérarchie ne correspond pas tant à des critères liés aux performances spatiales qu’à l’importance accordée à ces États sur la scène internationale et, en filigrane, à la façon dont chacun d'eux est perçu en tant que compétiteur potentiel des États-Unis. Le rôle des activités spatiales étant pleinement reconnu comme élément de puissance, il est intéressant de comparer les ambitions spatiales respectives de ces différents acteurs et de voir si une typologie peut être dégagée afin d’offrir une nouvelle grille de lecture des modalités particulières de l’occupation actuelle de l’espace.
Petits satellites, petits lanceurs : quelles opportunités pour de nouveaux entrants ?
Par Florence GAILLARD-SBOROWSKY
Fondation pour la recherche stratégique
Selon de nombreux commentateurs, le spatial entrerait désormais dans une nouvelle ère, celle du « New Space », marquée par l’irruption et la multiplication d’acteurs privés proposant un accès à l’espace pour tous grâce à de nouveaux systèmes innovants. Les petits satellites et les petits lanceurs sont des constituants majeurs de cette approche à la conjonction de plusieurs facteurs : miniaturisation des composants électroniques, développement de composants standards sur étagère, commercialisation croissante de services de lancement dont l’objectif est d’abaisser drastiquement les coûts de mise en orbite, et qui sont plus particulièrement dédiés aux petits satellites. Ces nouvelles approches technologiques et industrielles impactent la notion de puissance spatiale et semblent proposer des opportunités pour de nouveaux entrants dans le spatial. Pour autant, il est nécessaire d’apprécier à l’aune de la réalité les changements en cours et les possibilités concrètes qu’ils peuvent susciter.
Le rôle de l’État français dans l’Europe de l’espace
Par Patrice BRUDIEU
Responsable de la politique spatiale Direction générale de la Recherche et de l’Innovation, MESRI
L’espace est en pleine (r)évolution. L’État doit néanmoins jouer plus que jamais un rôle majeur pour assumer quatre fonctions essentielles : autonomie et capacités régaliennes, soutien à l’industrie amont et aval et à l’économie, contrôle législatif et réglementaire, sciences et exploration.
L’offre industrielle et les nouveaux marchés
Les chiffres clés de l’industrie spatiale française
Par Anne BONDIOU-CLERGERIE
Directrice R&D Espace et Environnement, GIFAS
Avec une présence forte sur le territoire national des trois grands maîtres d’oeuvre européens, avec une chaîne d’équipementiers, de PME et de start-ups innovants, la filière française poursuit sa croissance. Elle est créatrice d’emplois depuis plusieurs années consécutives et contribue positivement à la balance commerciale du pays. Elle s’est affirmée comme un acteur de tout premier plan sur les marchés commerciaux, tout en développant ses capacités au service des marchés institutionnels, civils et militaires. Si cet équilibre est délicat à préserver dans un environnement compétitif en pleine mutation, il apparaît que nos industries ont réussi à mobiliser toutes leurs capacités d’innovation pour répondre aux nouveaux défis, dans le domaine des lanceurs avec le programme Ariane 6, comme dans celui des satellites, qu’il s’agisse de l’évolution vers le très haut débit ou du développement de constellations. Dans le même temps, l’industrie spatiale française a pu réaliser des missions complètes de classe mondiale (météorologie, science, environnement) et contribuer largement à la Défense et aux grandes politiques de l’Union européenne et à sa prospérité économique.
Le New Space
Par Jean-Jacques TORTORA
Directeur de l’Institut européen de politique spatiale (Vienne, Autriche)
Né aux États-Unis à l’instigation de la NASA et s’inscrivant dans une démarche de recherche d’efficacité, le phénomène du New Space n’en finit pas de susciter l’intérêt du public et des gouvernements à travers le monde, tant il est riche de promesses d’un secteur spatial enfin devenu accessible au plus grand nombre par la magie de quelques entrepreneurs audacieux. Cet article fait la synthèse des éléments fondamentaux de ce phénomène et met en perspective les initiatives européennes intervenues ces deux dernières années. Si aucun bilan définitif ne saurait encore être tiré, il est acquis que le secteur spatial se trouve revitalisé par l’intérêt soudain que lui portent nombre d’investisseurs privés. De même, la radicalité de certaines approches ouvre également des perspectives prometteuses. À terme, l’Europe devra probablement faire évoluer son cadre réglementaire et juridique, en particulier, l’articulation de la relation client/fournisseur entre ses institutions et le secteur industriel, à la fois pour tirer profit de ces potentialités et pour donner à son industrie les moyens de faire face à une concurrence d’une virulence renforcée.
Quel avenir pour la filière spatiale française ? Un essai d’analyse prospective fondé sur la théorie de la disruption stratégique
Par Éric JOLIVET
Toulouse School of Management, Université de Toulouse I, Capitole
et Grégory PRADELS
Aerospace Valley, Pôle de compétitivité Occitanie et Nouvelle-Aquitaine
Les sociétés américaines SpaceX, Planet ou encore OneWeb bousculent, chacune dans leur domaine, le secteur spatial et contribuent à faire émerger une nouvelle industrie désignée sous l’appellation de New Space. Pourtant, l’industrie spatiale a longtemps été considérée comme particulièrement stable et difficile d’accès. La théorie de la disruption technologique aide à comprendre certains changements, notamment comment de nouveaux entrants réussissent à détrôner des géants, parfois en utilisant des technologies inventées par ces derniers. L’enjeu est de réussir à modifier les normes de performance afin de transformer les atouts détenus par les firmes en place en charges et en actifs obsolètes. S’il s’agit bien du mécanisme économique actuellement en jeu dans le secteur spatial, l’industrie française, qui occupe jusqu’à présent une place de choix, se trouve en danger. Dans ce contexte, l’article évoque quelques scenarii probables et les stratégies possibles pour les acteurs de cette filière, s’ils veulent faire face à cette rapide évolution de leur environnement.
Où va la filière des lanceurs européens ?
Par Alain CHARMEAU
Si explorer l’univers a fait rêver l’humanité pendant des siècles, l’aventure spatiale est aujourd’hui une réalité, et l’accès autonome à l’espace un enjeu non seulement stratégique, mais également politique, sociétal, économique et industriel. La filière européenne, incarnée par le lanceur Ariane, a réussi à garder sa place de leader mondial, en sachant se transformer pour mieux s’adapter aux évolutions du marché. Elle évolue vers toujours plus de compétitivité, de productivité et de coopération ; des leviers indispensables à sa pérennité et au maintien des savoir-faire et emplois qu’elle représente. Ses atouts ? Un héritage prestigieux, une capacité d’anticipation déjà à l’oeuvre et une volonté des États de poursuivre l’aventure encore plus loin. Des décisions cruciales pour l’évolution d’Ariane 6 à horizon 2025 et pour l’avenir des lanceurs européens au-delà de 2030 devront être prises dès cette année lors du prochain conseil de l’Agence spatiale européenne qui se tiendra au niveau ministériel.
De nouvelles chaînes industrielles, l’exemple de OneWeb
Par Nicolas CHAMUSSY
Directeur de Space Systems au sein de la division Airbus Defence & Space et président d’Airbus Defence and Space SAS (ex-Astrium)
En 2015, l’obtention par Airbus Defence and Space du contrat de réalisation des neuf cents satellites du projet OneWeb, première méga-constellation d’une telle ampleur jamais mise en chantier, a permis d’écrire un nouveau chapitre de l’histoire de l’industrie spatiale. Le soutien institutionnel apporté au travers du Programme d’investissements d’avenir à la constitution de constellations a été à l’origine de la création d’une capacité industrielle française unique au monde. Les objectifs très ambitieux en termes de coût unitaire, de cadence de production et de niveau de miniaturisation des satellites ont conduit les ingénieurs à repenser complètement les processus de conception, d’intégration et d’essais. Une véritable « usine du futur » présageant l’industrie spatiale de demain a ainsi été construite à Toulouse sur le site d’Airbus Defence and Space. À l’heure où les premiers satellites OneWeb viennent d’être mis en orbite, l’industrie française est incontestablement une pionnière sur le marché en mutation des constellations de satellites.
L’entreprise allemande OHB, un nouvel acteur de l’industrie spatiale
Par Alain BORIES
OHB
L’émergence d’OHB, PME typique du « Mittelstand » allemand, comme troisième maître d’oeuvre européen du spatial, a étonné beaucoup d’acteurs, mais son développement est la réussite d’une famille d’entrepreneurs passionnés par le domaine spatial et convaincus de pouvoir « disrupter » les modèles établis. Cet article reprend quelques éléments d’une saga familiale, dont l’histoire du fondateur a été contée dans un livre ( A Pioneer of Space Flight ).
How Luxembourg becomes Europe’s commercial space exploration hub
Par Marc SERRES
CEO of the Luxembourg Space Agency and Vice Chair of the ESA council
During its short history as an independent nation, Luxembourg had to reinvent itself continuously, adjusting to changing conditions beyond its control and taking advantage of new opportunities, in order to open up new spheres of value creation and national development for the benefit of its citizens and residents. The most prominent example is certainly the transformation, within a generation, of its economy based on world leadership in technology and production of steel and steel-based products to one of the planet’s most significant financial centers. Luxembourg, known for its fruitful utilization of radiofrequencies since the 1930’s, now aims at becoming Europe’s commercial space exploration hub.
Réalité et perspectives de l’IoT spatial
Par Paul WOHRER
Fondation pour la Recherche stratégique
L’Internet des objets est considéré par de nombreux observateurs comme l’évolution naturelle du réseau Internet. Dans un futur proche, ce sont des milliards d’objets qui se connecteront au réseau pour accomplir de nombreuses tâches. Même si leurs capacités sont moindres, les petits satellites, en raison de leur faible coût, apparaissent comme des relais idéaux des communications avec les objets connectés, en particulier dans les lieux faiblement couverts par les réseaux terrestres. De nombreuses start-ups ont donc été créées pour bénéficier de l’avantage au premier entrant sur ce marché potentiel. Ce marché n’existe pas encore et pourtant plusieurs satellites ont déjà été lancés pour le servir. Cette course à l’IoT, qui a déjà fait mûrir le marché de la fabrication des petits satellites, pourrait pourtant ne jamais représenter une réalité économique structurante pour eux. En revanche, s’il devenait un marché viable, cette dynamique de rupture pourrait profondément modifier le secteur spatial actuel.
Développement des applications spatiales : l’initiative « Boosters »
Par Christèle DONADINI
Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation
L’espace est devenu un outil indispensable dans notre vie quotidienne et répond à de multiples enjeux sociétaux, comme la compréhension du climat, les prévisions météorologiques, la mobilité ou encore l’Internet pour tous. En parallèle, le secteur spatial fait aujourd’hui face à de nouvelles ruptures, tant en matière d’observation de la Terre, avec l’accès gratuit à la donnée, que dans les télécommunications, avec la multiplication des constellations, et la navigation, avec la mise en oeuvre opérationnelle de Galileo. Cette mutation en cours bouleverse la chaîne de valeur traditionnelle et conduit de plus en plus d’acteurs à renforcer leur position sur l’aval, où près de 60 % des revenus sont générés. La France occupe une position de leader dans les infrastructures spatiales et dispose d’un fort potentiel pour prendre également une place de premier plan dans le domaine des applications. En ouvrant la filière spatiale vers d’autres secteurs, à commencer par le numérique, le COSPACE a mis en place les structures « Boosters », dont l’objectif est de combiner données spatiales et outils numériques pour accélérer l’émergence de services innovants tant au regard de nouveaux usages que du modèle économique qu’ils sous-tendent.
