Juin 2018
sommaire
Gérer & Comprendre
N° 132
Réalités méconnues
Les groupements d’employeurs : vers un nouveau développement de la gestion des ressources humaines territoriale ?
Par Laëtitia LETHIELLEUX
Maître de conférences en sciences de gestion-URCA, titulaire de la Chaire Économie Sociale et Solidaire URCA
Créés en 1985, les groupements d’employeurs (GE) ont pour mission la mise à disposition de salariés en temps partagé auprès des entreprises adhérentes au groupement. Il s’agit de créer, dans la mesure du possible, un emploi pérenne à temps plein à partir du temps partagé. En période de tensions sur le marché du travail, les GE connaissent un regain d’intérêt de la part des pouvoirs publics français, car ils sont perçus comme l’un des moyens de lutter contre le chômage et comme une réponse à l’attente de flexibilité des entreprises ainsi qu’à des besoins non pourvus sur le marché du travail. L’objet de cet article est de montrer, à partir des résultats d’une recherche-action menée de 2015 à 2017 sur le territoire du Grand-Est, que les GE contribuent au développement de la gestion des ressources humaines territoriale (GRH-T). Néanmoins, cette GRH-T reste conditionnée à l’évolution de la vision des acteurs du marché du travail et à l’intégration d’une logique inter-organisationnelle par les GE eux-mêmes.
L’épreuve des faits
« Ça nous a fait grandir, mettre un pied dans l’âge adulte » - Propositions pour une évolution de l’enseignement de la gestion dans les business schools
Par Carine CHEMIN-BOUZIR
NEOMA BS, IAE Paris I
et Jean-Baptiste SUQUET
NEOMA BS, IRG - UPEMLV
L’enseignement de la théorie de la gestion dans les business schools est souvent envisagé comme la diffusion de connaissances théoriques que les étudiants doivent acquérir et restituer. L’expérience pédagogique que cet article décrit et discute est une tentative de dépasser ce modèle et de permettre aux étudiants d’appréhender le travail réel d’équipes de travail inscrites dans des organisations et leurs modes de régulation divers. Cette expérience met en relief la posture de l’enseignant qui accompagne plus qu’il n’évalue ses étudiants, dans un contexte où il est confronté avec eux à l ’exploration du fonctionnement réel d ’une équipe de travail que ni lui ni ses étudiants ne connaissent préalablement au cours .
« Nul ne peut être contre la vertu… sauf un système »
Par Sylvie CHEVRIER
Institut de recherche en gestion (IRG)
Les modalités de mise en œuvre de la cartographie de flux de valeur et la santé des travailleurs : une étude de cas multiples
Par Sébastien BRUÈRE
Ergonome et psychologue du travail
Le Lean management est un mode d’organisation du travail qu’adoptent de plus en plus d’entreprises. Il rencontre, cependant, de nombreuses critiques quant à ses effets sur la santé des travailleurs. Au cœur de l’implantation de cette organisation du travail, la carto-graphie de flux de valeur est un outil central. Dans le cadre de cette recherche exploratoire et qualitative, prenant la forme d’une étude de cas multiples, nous avons recueilli des données concernant dix projets d’implantation lean en France et au Québec. Pour ces projets, nous nous sommes demandé quelles modalités d’utilisation de la cartographie des flux de valeurs pouvaient favoriser ou bloquer l’émergence des propriétés d’une organisation capacitante. Nous avons pu relever que la manière dont sont définis les gaspillages, la façon dont sont construits les objectifs, et les modes de recueil des informations sur le travail pour réaliser la cartographie de flux de valeur, sont des éléments pouvant favoriser ou bloquer l’émergence d’une organisation capacitante.
En quête de théorie
Un contrat de société sans contrat d’investissement ? Les interrogations des actionnaires minoritaires sur le droit des sociétés Dialogue avec Colette NEUVILLE
Par Rachelle BELINGA et Blanche SEGRESTIN
Mines ParisTech
Depuis qu’elle a créé l’Association de défense des actionnaires minoritaires (ADAM), en 1991, Colette Neuville est un témoin privilégié des interactions entre les actionnaires et les directions d’entreprise et elle n’a cessé d’œuvrer pour faire évoluer la gouvernance. Au-delà de la défense des actionnaires, son engagement vise à dénoncer le rôle que peuvent jouer les actionnaires majoritaires : ces actionnaires peuvent ne plus avoir d’autres qualités de l’associé que celle de détenir le droit de vote, et pourtant ils peuvent contrôler le capital d’une société et son administration. Avec cet angle d’analyse original de l’actionnaire minoritaire, Colette Neuville soulève des questions radicales : est-il légitime qu’un investisseur dispose d’une majorité des droits de vote et contrôle la société sans toutefois viser l’intérêt de l’entreprise à terme ? Ne faut-il pas lier risque, responsabilité et profit ? Et y a-t-il toujours un contrat de société entre les associés, quand il n’y a plus d’intérêt commun entre eux ?
La négociation collective sur l’égalité professionnelle : une négociation intégrative ?
Par Clotilde CORON
Université Paris 1, GREGOR (IAE Paris, EA2474)
et Frédérique PIGEYRE
Université Paris-Est Créteil, Institut de Recherche en Gestion (IRG, EA 2354)
La négociation d’accords d’entreprise en France, pierre angulaire du dialogue social, a fait l’objet de nombreuses recherches. Pourtant, peu d’entre elles abordent la question du processus de négociation d’un accord d’entreprise sur l’égalité professionnelle, négociation pourtant obligatoire depuis la loi Génisson de 2001. Or, cette thématique présente des spécificités (entre autres, la transversalité du sujet au travers de différents domaines de ressources humaines et le poids du cadre légal) qui peuvent influer sur le processus de négociation. Dans l’optique d’éclairer cette question, notre travail cherche à identifier les spécificités de la négociation sur l’égalité professionnelle. Notamment, la définition de la thématique de négociation (l’égalité professionnelle) s’impose dans la négociation ; la transversalité de la thématique au travers de différents processus (recrutement, rémunération, promotion, entre autres) a de fortes incidences sur les marges de manœuvre des négociateurs et sur le rôle des syndicats vis-à-vis de la direction ; enfin, le cadre légal relativement fourni, qui attache une grande importance aux indicateurs chiffrés, peut inciter à définir dans l’accord des engagements chiffrés parfois inatteignables. Finalement, la négociation illustre bien le registre intégratif, pourtant peu caractéristique du « dialogue social à la française ».
Autres temps, autres lieux
Les clubs sportifs d’entreprise, des organisations prises entre le marteau managérial et l’enclume syndicale ?
Par Igor MARTINACHE
Professeur agrégé de sciences économiques et sociales à l’Université de Lille 1
Les clubs sportifs d’entreprise sont souvent assimilés à leurs homologues des fédérations délégataires. Pourtant leur inscription au sein des organisations productives leur confère des propriétés particulières et donne lieu à des entreprises d’instrumentalisation émanant tout autant des directions que des syndicats de travailleurs. À partir d’une comparaison des discours portés par les responsables passés et présents de six clubs d’entreprise de secteurs variés, cet article propose de mettre en évidence certains des enjeux propres à ces entreprises dans l’entreprise, ainsi que les facteurs structurants et leurs transformations, en distinguant trois « âges » de leur évolution : l’essor patronné, l’âge d’or des Trente Glorieuses et, enfin, leur déclin contemporain sous l’effet de la crise et de la « modernisation » des entreprises, déclin toutefois concomitant d’un investissement renouvelé des employeurs dans les activités sportives de leurs salariés.
Mosaïque
Jacques Girin : une œuvre singulière à découvrir ou à redécouvrir
À propos de l’ouvrage de Jacques Girin (avec la collaboration de Jean-François Chanlat, Hervé Dumez et Michèle Breton), Langage, organisations, situations et agencements, Presses de l’Université de Laval, 2016
Par Franck AGGERI
Une analyse des pratiques de « recherche partenariale et collaborative »
À propos de l’ouvrage dirigé par Anne Gillet et Diane-Gabrielle Tremblay, Les recherches partenariales et collaboratives, Presses de l’Université du Québec et Presses universitaires de Rennes, 2017.
Par Damien COLLARD
La croissance des investissements intangibles
À propos de l’ouvrage de Jonathan Haskel et Stian Westlake, Capitalism without Capital. The Rise of the Intangible Economy, Princeton University Press, 2018
Par Hervé DUMEZ
Jeu vidéo, culture et industrie
À propos de l’ouvrage de Pierre-Jean Benghozi et Philippe Chantepie, Jeux vidéo : L’industrie culturelle du XXIe Siècle ?, Presses de Sciences Po, 2017.
Par Pierre POINSIGNON
