Juin 2017
sommaire
Gérer & Comprendre
N° 128
Réalités méconnues
Deus ex Machina dans l’« espace régulatoire » du crédit en France, la reconnaissance du crowdlending face au monopole bancaire
Par Antoine SOUCHAUD
ESCP Europe, Labex ReFi (ESCP Europe, ENA, La Sorbonne, CNAM)
Qualifiée par les uns de « divine surprise » ou par les autres d’« inconséquence dramatique », l’ouverture d’une dérogation au monopole bancaire sur le crédit au bénéfice des plateformes adoptant le nouveau statut d’Intermédiaire en financement participatif (IFP) a constitué un véritable coup de tonnerre demeuré en grande partie inexpliqué. Nous chercherons ici à comprendre ce qui a permis d’aboutir en un temps record à l’apparition d’une brèche réglementaire dans le monopole bancaire. Les principaux résultats de notre recherche sont les suivants : le monopole bancaire sur le crédit était un principe de régulation dont la légitimité, sur le plan intellectuel, était presque unanimement reconnue comme étant extrêmement fragile ; l’association professionnelle des plateformes a présenté sa démarche de coconstruction du secteur comme étant un élément de réponse mis à la disposition des pouvoirs publics dans leur combat contre la crise ; un dirigeant de l’une de ces plateformes s’est révélé être un entrepreneur institutionnel redoutable assumant de son propre chef le rôle de nomothète du nouvel incubateur régulatoire proposé ; les cabinets ministériels et présidentiel se sont investis dans cette problématique d’une manière extrêmement active et singulière ; les partisans naturels du monopole bancaire sont restés, quant à eux, divisés, désarmés et indécis quant à la position à adopter dans la négociation.
L’épreuve des faits
Une approche contextualiste des pratiques de gestion des compétences par l’informel : une enquête sur quatre PME
Par Dominique BESSON
IAE Université Lille1, Laboratoire RIME Lab (EA 7396)
et Audace OLABA
Docteur en sciences de gestion, enseignant-chercheur à l’Institut national des sciences de gestion (Libreville, Gabon)
Cet article s’intéresse à la portée des pratiques informelles dans les processus de changement de gestion des compétences dans des PME. Ces pratiques informelles recouvrent des comportements, des habitudes de travail et des modalités d’investissement particulières des salariés de PME qui sont peu compatibles avec une instrumentation formelle de la gestion de compétences (GC) telle que dupliquée des démarches officiellement adoptées dans les grandes entreprises. En matière de gestion des ressources humaines et, en particulier, de gestion des compétences, les petites et moyennes entreprises (PME) présentent une variété de pratiques qui demeurent généralement peu formalisées. En effet, la gestion des compétences mise en place dans les grandes entreprises (GE), qui se caractérise par une forte formalisation, requiert une organisation et une instrumentation complexes. Cette structuration est difficile à adapter à des PME, dans le cadre d’un mangement direct de proximité. De nombreuses observations montrent en effet que les instruments formels de GC issus des GE ont peu d’effet sur les pratiques de gestion propres aux PME. En particulier, ces outils ignorent souvent la spécificité des interrelations informelles spécifiques à l’humain et font abstraction de la dynamique qui se joue mentalement chez les salariés en interaction et qui fait sens pour eux. Notre recherche basée sur une analyse de cas approfondie ayant porté sur quatre entreprises moyennes montre que, dans les PME, les interactions non formalisées/instrumentées entre salariés favorisent une culture forte propice aux compétences collectives. Lorsqu’un salarié apporte ses connaissances à un autre salarié, il enrichit ses propres compétences, il contribue à développer les modalités de gestion informelle de GC sous-tendues par les éléments de contextes interne et externe perçus par les salariés. Cette perspective plaçant l’humain au cœur des processus permet de reconsidérer la perspective instrumentale, aujourd’hui dominante.
Fonction publique : de la lente mort de la notation à l’institutionnalisation de l’entretien professionnel
Par Paul CROZET
IAE, CRIISEA (Université de Picardie Jules Verne)
Dans la fonction publique, l’évaluation individuelle peut paraître marginale, tout en étant le thème symptomatique de l’impossible réforme de l’administration : mettre plus de cinquante ans pour faire disparaître la notation alors que le système était dénoncé par beaucoup comme dépourvu d’intérêt ne semble pas augurer d’une grande capacité réformatrice. Le droit évolue et officialise de nouvelles pratiques. La disparition de la notation et son remplacement par un entretien d’évaluation, puis la transformation de celui-ci en entretien professionnel renvoient à un bouleversement bien plus profond qu’un simple changement de terminologie. Cette recherche vise à décoder la signification du passage de l’expérimentation de l’entretien d’évaluation en dehors des règles de la fonction publique à la légitimation de l’entretien professionnel. La difficulté à définir le concept de performance, les querelles nées de l’usage d’indicateurs chiffrés, les oppositions sociales et idéologiques ont conduit à structurer les dispositifs réglementaires et les premières expérimentations autour de la thématique du développement des compétences.
TIC et/ou développement durable : le paradoxe écologique vécu par les utilisateurs
Par Angélique RODHAIN, Florence RODHAIN et Bernard FALLERY
Laboratoire Montpellier Recherche en Management – MRM, Université de Montpellier
et Jérôme GALY
Laboratoire d’Informatique, de Robotique et de Microélectronique de Montpellier – LIRMM, Université de Montpellier
Dans les médias, les technologies de l’information et de la communication (TIC) sont souvent assimilées à des technologies « vertes » . Pourtant, la littérature révèle que le coût écologique de leur utilisation ne cesse de croître… Face à ce paradoxe, la recherche exploratoire que nous avons menée a porté sur les modes d’utilisation des TIC par des personnes impliquées dans la cause écologique. Il ressort de l’analyse des entretiens que, d’une part, des stratégies sont mises en œuvre pour minimiser les culpabilités dues à un écart entre les attitudes écologiques et un comportement moins écologique en général, et que, d’autre part, l’utilisation des TIC donne lieu à des stratégies de déculpabilisation spécifiques. En effet, en partie dématérialisées et consommables quasi à l’infini, les TIC portent en elles un caractère pour ainsi dire « magique » facilitant une vision idéologique de leur vertu écologique. Étant massivement utilisées aussi bien dans la sphère sociale que dans la sphère privée, elles deviennent porteuses d’éléments d ’identité : cela explique-t-il que même des personnes adoptant par ailleurs des comportements en phase avec leur conscience écologique n’envisagent pas d’en réguler leur consommation ?
En quête de théorie
La Design Science Research Methodology au service de la recherche en contrôle de gestion : application aux recherches sur les systèmes de coûts
Par Pierre MÉVELLEC
Professeur émérite, LEMNA (Laboratoire « Économie et de Management » de Nantes-Atlantique), Université de Nantes
Cet article est doublement ambitieux : sur la méthode, d’une part, et sur l’objet, d’autre part. La DSRM n’est pas chose nouvelle, mais elle n’a été codifiée que très récemment et reste pour l’instant cantonnée aux sciences de l’ingénieur, plus particulièrement aux sciences de l’information. Nous montrerons qu’elle peut également être utilisée de manière efficiente dans le domaine des sciences de gestion. En l’appliquant aux systèmes de coûts, nous revisiterons un domaine de recherche très actif dans les années 1990-2005, mais qui est aujourd’hui quelque peu délaissé. Ce désintérêt s’explique sans doute pour partie par l’absence d’une méthode d’analyse globale de cet artefact que constitue tout système de coûts. Nous espérons que notre illustration de la méthode précitée utilisée pour déconstruire une « innovation » majeure de ces dernières années permettra d’en élargir le champ d’application aussi bien en matière de recherche que dans les pratiques d’organisations confrontées chaque jour aux difficultés soulevées par le développement de nouvelles « innovations ».
L’Entreprise Sociale et Solidaire, ou la nécessité de changer de paradigme
Par Éric PERSAIS
CEREGE (EA 1722), Université de Poitiers
Par opposition au modèle classique, l’économie sociale rassemble des entreprises qui privilégient le service rendu à une collectivité d ’acteurs – ceci dans un esprit de solidarité – à l’intérêt individuel et à la quête du profit au bénéfice d’actionnaires. En France, la loi ESS de juillet 2014 a donné une nouvelle légitimité à ces organisations qui bénéficient désormais d’un cadre juridique clair et d’un environnement favorable pour se développer. De façon paradoxale, ces entreprises (dont certaines étaient habituées à vivre grâce, notamment, à des financements publics) font désormais face à une pénurie de ressources tant du côté de l’État que de celui des collectivités locales. Cette évolution du contexte les oblige, sinon à modifier leur vision habituelle basée essentiellement sur la promotion de valeurs sociales et humanistes, tout au moins à mettre en avant leur apport de valeurs à la fois économiques, environnementales et sociales qui justifierait des contreparties financières de la part des pouvoirs publics. Je m’attacherai à démontrer ici la nécessité, pour ces entreprises, de changer de paradigme et de passer d’une logique normative à une approche plus instrumentale de leur vision à l ’égard des parties prenantes. Je recourrai pour ce faire au concept de Business Model, qui s’avère particulièrement adapté dans un contexte de concurrence et de raréfaction des ressources financières potentielles pour ces entreprises.
Mosaïque
Peut-on faire confiance aux économistes pour résoudre le problème du changement climatique ?
À propos du livre d’Antonin Pottier, « Comment les économistes réchauffent la planète », Éditions du Seuil, collection « Sciences humaines », 2016
Par Franck AGGERI
Quand le monde s’est fait nombre
À propos du livre d’Olivier Rey, « Quand le monde s’est fait nombre », Stock, coll. « Essais – Documents », 2016, 328 p.
Par Nicolas BERLAND
Des artistes en ville : une réinvention des pratiques d’urbanisme ?
Commentaire de l’ouvrage de Nadia Arab, Burcu Özdirlik et Elsa Vivant, « Expérimenter l’intervention artistique en urbanisme », Presses Universitaires de Rennes, 2016
Par Frédérique PALLEZ
Va-t-on devoir payer pour travailler ?
À propos du livre de Valérie Segond, « Va-t-on payer pour travailler ? », Stock, 2016, 304 pages
Par Marie-Pierre VASLET
