Mars 2013

sommaire

Gérer & Comprendre

Numéro complet

N° 111

Editorial

Par Pascal LEFEBVRE

Réalités méconnues

Dialogue social dans les PME : comment gérer de façon stratégique les effets de seuil d’effectif ?

Par Yvan BAREL
Maître de conférences habilité à diriger des recherches en Sciences de gestion, LEMNA (Laboratoire d’Economie et de Management de Nantes-Atlantique), Université de Nantes. Adresse courriel : yvan.barel@univ-nantes.fr

et Sandrine FRÉMEAUX
Professeur, Audencia.Nantes École de management. Adresse courriel : sfremeaux@audencia.com

Si la littérature scientifique s’accorde sur la faible formalisation des pratiques de gestion des ressources humaines (GRH) dans les petites et moyennes entreprises (PME), peu d’études concernent le dialogue social au sein de ces structures (V OYNNET -F OURBOUL , 2010 ; B ACHELARD et B URLEA SCHIOPOIU , 2010) et aucune, à notre connaissance, n’envisage la façon dont les dirigeants de PME peuvent gérer les effets de seuil. Pourtant, les obligations légales en matière de dialogue social sont fortement différenciées selon les effectifs composant l’entreprise et elles sont de plus en plus contraignantes avec le franchissement des seuils, en particulier celui des 50 salariés. S’appuyant sur une enquête qualitative réalisée auprès de dirigeants de PME, cette étude appréhende les attitudes de dirigeants de PME ayant déjà franchi ou s’apprêtant à franchir des seuils d’effectifs. Si elle révèle une concordance des discours autour des risques d’artifice, de conflictualisation et de technicisation du dialogue social liés aux franchissements des seuils, elle explicite les pratiques des dirigeants « coopérants » (DUVAL-HAMEL , 2005) qui visent à gérer le dialogue social de façon stratégique.

Le risque environnemental entre oubli et gestion du passé : le cas d’une ancienne mine d’uranium française

Par Sophie BRETESCHÉ et Marie PONNET
Enseignant-chercheur

Cet article interroge la gestion post-exploitation d’une mine d’uranium française en soulignant le sort réservé aux « restes » dans la prise en charge publique du risque. En effet, le réaménagement opéré au cours des années 1990 a eu pour effet d’effacer progressivement les signes de l’extraction d’uranium sur notre territoire. À partir de l’étude d’une mine d’uranium située dans l’Ouest de la France, notre analyse met en exergue tout d’abord le processus de banalisation du site suite à son réaménagement, puis l’émergence des traces de l’exploitation comme forme singulière de mémoire. Cet exemple fournit un cadre heuristique pour questionner plus largement le rôle des restes dans l’articulation du passé et du présent, et dans la construction publique du « mémorable » en matière de gestion environnementale.

De la sécurité affichée à la sécurité effective : l’invention de règles d’usage

Par Gilbert DE TERSSAC
CERTOP-CNRS, Université de Toulouse 2

Notre recherche est consacrée à la fabrique de la sécurité dont elle met au jour ses dynamiques et ses contradictions au travers d’entretiens cliniques avec une trentaine de salariés de l’usine AZF (qui a été détruite par une explosion, le 21 septembre 2011). Le recueil de données au travers d’entretiens et l’exploitation de documents nous ont permis de comprendre la fabrication des règles de sécurité accompagnant le processus de production d’engrais chimiques. Outre la sécurité préalable, formelle et affichée, ce qui fait la sécurité effective, c’est l’invention des règles d’usage que les sujets élaborent en situation et transforment en une obligation partagée : l’engagement des individus dans un programme d’amélioration de la sécurité, l’appropriation des règles formelles, la compréhension des incidents et des accidents sans en rechercher le responsable et la mutualisation des savoirs en matière de danger. Cependant, l’amélioration de la sécurité effective n’exclut pas la survenance d’une catastrophe, comme en témoigne l’explosion de l’usine AZF. Cette étude invite à réfléchir sur le rôle que joue le mangement dans la fabrication des règles et, plus généralement, dans la mise en cohérence de cette pluralité de sources normatives.

L’épreuve des faits

La posture combative et la posture compréhensive dans les libérations sociales

Par Claude QUANTIN
Sociologue, Consultant auprès des hôpitaux et établissements médico – sociaux

Les hommes peuvent-ils se libérer de leurs déterminismes sociaux ? Pour Pierre Bourdieu, seule une socioanalyse approfondie des conditionnements sociaux peut ouvrir un espace de liberté. La sociologie clinique, que nous référerons ici à Vincent de Gaulejac, reproche à cette démarche de faire prévaloir le combat sur la compréhension et de bloquer ainsi toute réflexivité et toute libération. Le présent article rappelle qu’à côté de la disposition combative, la disposition compréhensive joue elle aussi, dans le travail de Pierre Bourdieu, un rôle considérable et souvent méconnu. Notre thèse est que la conjonction entre compréhension et combat est présente dans tout mouvement de libération sociale. Nous la mettrons en évidence à trois échelles différentes : la violence symbolique entre deux sujets, la domination macro-sociale et l’oppression clanique dans une collectivité professionnelle.

En quête de théorie

Le rôle des dynamiques familiales dans la stratégie et la gouvernance des entreprises : soixante ans d’histoire d’une entreprise familiale

Par Céline BARRÉDY et Julien BATAC
Pôle Universitaire des Sciences de Gestion, Bordeaux

La recherche sur les entreprises familiales se développe fortement (ZELLWEGER et al. , 2010). Pourtant les dynamiques provoquées par l’évolution du rapport famille-entreprise dans le temps (GERSICK et al. , 1997) et leurs impacts sur les orientations stratégiques restent peu explorés. Cet article présente l’originalité d’envisager la stratégie d’une entreprise familiale en croisant l’analyse stratégique et la gouvernance spécifique à cette forme d’entreprise. Notre étude, empirique, repose sur le cas longitudinal d’une entreprise familiale, TransLog, qui, créée en 1946, permet d’accéder à soixante années de données primaires et documentaires. Les résultats de notre analyse montrent l’existence d’épisodes stratégiques évoluant en fonction des dynamiques familiales et de la gouvernance de l’entreprise, passant d’une fusion totale entre la famille et l’entreprise à la transformation de la famille en un véritable partenaire de l’entreprise. (1) Les auteurs sont présentés par ordre alphabétique de l’initiale de leur nom, ce qui ne présume en rien de la contribution respective de chacun des auteurs dans l’écriture de cet article.

Autres temps, autres lieux

De l’« arrangement » à l’« organisation » : essai sur les dispositifs de gestion

Par Thibault LE TEXIER
Groupe de recherche en droit, économie et gestion (GREDEG-CNRS)

Avant même qu’il ne soit usité pour parler du gouvernement des entreprises privées, le terme de « management » désignait communément la régularisation des comportements au moyen d’arrangements conçus selon des mesures et des calculs précis. Les ingénieurs se réclamant du management scientifique s’inscrivent directement dans ce sillage symbolique lorsqu’ils entreprennent, à la charnière des XIX e et XX e siècles, d’organiser le travail industriel selon de tels dispositifs prétendant à l’objectivité. Ce qui commence alors à changer, c’est l’ampleur des phénomènes qu’il devient concevable d’arranger et le fait que l’on n’arrange non plus seulement des réalités données, mais les arrangements eux-mêmes. Les théoriciens modernes du management ont étendu le champ d’application des dispositifs de gestion, notamment à la structure sociale des organisations et à la subjectivité des individus. En mettant le principe d’« organisation » au cœur de leur réflexion, ils ont confirmé l’importance de la logique de l’arrangement pour penser l’administration des entreprises et payer inconsciemment leur dette aux auteurs d’ouvrages de « management » des fermes et des foyers domestiques qui œuvraient au XIX e siècle.

Mosaïque

Les dessous du triple A - agences de notation : récit de l’intérieur

À propos de l’ouvrage de Samuel Didier et Nicolas Weill, Les dessous du triple A - Agences de notation : récit de l’intérieur, Omniscience, 2012.

Par Thierry BOUDÈS

L’épopée Logan

À propos du livre de Bernard Jullien, Yannick Lung & Christophe Midler, L’épopée Logan : Nouvelles trajectoires pour l’innovation (Préface de Carlos Ghosn), Dunod, 2012.

Par Daniel FIXARI
Professeur à Mines ParisTech

Crise dans la gouvernance – éthique des affaires et recherche du profit

Commentaires sur le livre de François Valérian, Crise dans la gouvernance – Éthique des affaires et recherche du profit, Editions ESKA, 2011.

Par Dominique JACQUET

Manager, ou l’art de ne pas motiver

À propos du livre de Daniel H. Pink, La vérité sur ce qui nous motive, tr. fr., Leduc (S.) éd., 2011 (1re éd. 2009).

Par Arnaud TONNELÉ
Consultant, coach, Groupe Bernard Julhiet

Les élites économiques nationales forment-elles une communauté sur le déclin ?

Compte rendu du livre d’Eelke (M.) Heemskerk, Decline of the Corporate Community. Network Dynamics of the Dutch Business Elite, Amsterdam University Press, 2007.

Par Michel VILLETTE

La revue complète

Digital issues: abstracts

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