Février 2011

sommaire

Réalités industrielles

Mutations du Travail et place de l'Ingénieur

Numéro complet
Ce numéro a été coordonné
par Marie-Josèphe Carrieu-Costa,

Editorial

Par Pierre COUVEINHES

Avant-propos : un nouveau rôle pour l'ingénieur ? par Marie-Josèphe Carrieu-Costa,

Par Pierre COUVEINHES
Amble-Consultants

Le travail : évolution des représentations et des pratiques

Travail, emploi, activite - une histoire sociale

Par Annie FOUQUET
Inspectrice générale des Affaires Sociales

Travail, emploi, activité sont des mots dont l’usage varie selon le contexte. Le glissement de la notion de travail à celle d’emploi à contribué à créer le modèle du plein emploi des Trente Glorieuses, un modèle rêvé qui s’est délité au moment même où il fut conceptualisé.

Travailler… ou mesurer le travail

Par Marie-Ange COTTERET
Docteur en Sciences de l’Education

Anne-Marie BREUIL
Directeur régional des Télécommunications

et Danièle BRETELLE-DESMAZIERES
Maître de conférences au Conservatoire national des arts et métiers, Paris

Le travail occupe une place prépondérante, tant dans la vie de l’individu que dans la société. Il est l’objet de nombreuses formes d’évaluation et de mesure, sur lesquelles s’appuient des décisions en matière de gestion ou de politique. Or, dans le monde du travail actuel largement bouleversé par des facteurs inhérents à notre époque, il est difficile de quantifier avec rigueur les processus abstraits mis en jeu dans la réalisation d’un travail. La métrologie fondamentale, pensée pour des grandeurs physiques, montre, par la rigueur qu’elle apporte, que les fondamentaux permettant d’obtenir des mesures fiables ne sont pas réunis et elle voit s’élargir son champ dans la tentative de trouver le moyen d’introduire davantage de rigueur dans les dispositifs de mesure subjective de la réalité du travail.

Le contrôle du travail : de la vérification de la conformité des opérations au blocage des initiatives

Par Philippe ZARIFIAN
Professeur de sociologie à l’Université de Paris-Est Marne-la-Vallée

Nous assistons actuellement, dans les grandes entreprises, à une mutation profonde du mode de contrôle du travail, accompagnée d’un changement dans la manière d’appréhender le travail lui-même, et donc de répondre à cette question simple : qu’est-ce que « travailler » ?* Notre thèse, fondée sur des recherches de longue durée que nous avons réalisées au sein de grandes entreprises (1), est que nous sommes les témoins du basculement d’un contrôle disciplinaire que le taylorisme a incarné – un contrôle fondé sur le concept d’opération –, à un contrôle d’engagement fondé sur le concept d’initiative. (1) Il s’agit de recherches successives menées sur une période allant de 1996 à aujourd’hui, chez Danone, France Télécom, La Poste et la SNCF. La longue durée est pour nous essentielle, car elle seule peut permettre de voir et de comprendre des mutations profondes, mais peu visibles à un moment donné.

Une précarisation subjective du travail ?

Par Danièle LINHART
Sociologue, Directrice de recherches au CNRS, GTM-CRESPPACNRS Université Paris Ouest Nanterre-La Défense

En imposant, sur la base de critères de rentabilité, une logique d’individualisation, de mise en concurrence systématique et de définition d’objectifs personnalisés, la modernisation managériale a souvent abouti à transformer le travail en une épreuve individuelle où chacun se trouve dans une quête solitaire de sens et de valeurs. Cette évolution s’accompagne d’un mal-être au travail, dont on peut redouter qu’ils s’étende à la société toute entière.

Les technologies de l’information et de la communication (TIC) et le contenu du travail

Par Christophe Elie-dit-Cosaque
Maître de Conférences en Sciences de Gestion, Université Paris Dauphine, Dauphine Recherches en Management – UMR CNRS n°7088

L’intégration des technologies de l’information et de la communication (TIC) dans les pratiques de travail fait naître des questionnements relatifs à leur contribution à la structuration du travail et aux interactions sociales et humaines au sein des organisations.

Et si le travail m’était conte en termes de don ? …

Par Laetitia PIHEL
Maître de Conférences, Institut d’Economie et de Management de Nantes IAE / Laboratoire d’Economie et de Management Nantes Atlantique (LEMNA)

Au sein de l’entreprise, le principe de la contractualisation est aujourd’hui au cœur des échanges avec les salariés (le « donnant donnant», le « gagnant-gagnant »). Cette logique de codification, d’encadrement de la relation de travail se traduit néanmoins par une négation de l’idée de lien social (le désir de donner, le plaisir de faire, l’utilité sociale). Il y a là une altération de la mémoire de la chaîne des dons (les relations de don et de contre-don) qu’amplifient les nombreux changements affectant l’environnement des entreprises.

Le paradigme du don : critique, ou leçon de management ?

Par Norbert ALTIER
Université Paris Dauphine

L’adaptation des entreprises au changement repose largement sur des micro-initiatives prises par les opérateurs. La production de cette ingéniosité collective s’interprète selon la théorie du don et du contre-don. En termes de management, elle représente un défi essentiel pour les entreprises : savoir tirer parti de cette activité non rémunérée (ce « don »), au travers notamment d’une véritable reconnaissance de sa valeur. Actuellement, pour des raisons plus culturelles qu’économiques, les directions des entreprises ne parviennent souvent pas à «recevoir» ce don, parce que celui-ci suppose de savoir donner à son tour.

Le travail et l'ingénieur : hier, aujourd’hui et demain

Les ingénieurs du corps des mines et l’évolution de la sécurité du travail minier aux XIXe et XXe siecles

Par Jean-Louis ESCUDIER
Chargé de recherche C.N.R.S./LAMETA

La loi du 21 avril 1810 et ses décrets d’application ont confié au corps des Mines le contrôle de l’industrie minière. Les ingénieurs des Mines se virent donc investis d’un rôle central dans la prévention et l’analyse des accidents miniers. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, ils furent souvent sollicités par l’exécutif et la représentation parlementaire dans le processus d’élaboration d’un système de protection sociale minière. Bien qu’indirecte, l’influence des ingénieurs des Mines n’en est pas moindre en termes de diffusion des savoirs : ils furent impliqués dans le dispositif de formation des ingénieurs-élèves, des ingénieurs d’exploitation et des agents de maîtrise. Enfin, l’activité du Conseil général des Mines et de certains ingénieurs fut déterminante en matière de recherche sur la sécurité minière, tant dans le cadre des exploitations privées que sous le régime des houillères nationalisées.

L’évolution du rôle de l’ingénieur

Par Emmanuelle VERGER
X Ponts 1993, Chef de Projet de l’EPR de Penly – EDF

Cette contribution est centrée sur le rôle de l’ingénieur dans l’entreprise en France. Ce témoignage sur ce vaste sujet est, modestement, celui d’un ingénieur évoluant dans le monde de l’entreprise, qui n’est ni historien ni sociologue et qui a fait appel à de grandes figures d’ingénieurs-entrepreneurs d’hier et d’aujourd’hui (1) pour mettre en perspective l’évolution des missions de l’ingénieur. (1) Cet article a été écrit en coopération avec Laurent Chabot.

De quel type d’ingénieurs l’Etat a-t-il besoin de nos jours ?

Par Fabrice DAMBRINE
Ingénieur général des Mines, président du Syndicat des ingénieurs du corps des Mines président de la Fédération des grands corps techniques de l’Etat

On fait souvent remonter au XVIIe siècle, avec Vauban et le corps du génie militaire, la naissance des corps d’ingénieurs de l’Etat ; c’est dire si ces grands corps sont ancrés depuis longtemps dans le paysage administratif français. Mais ont-ils pour autant toujours leur raison d’être aujourd’hui, en des temps où notre Etat de tradition jacobine se décentralise, transfère des parts croissantes de sa souveraineté à l’Union européenne et abandonne ses missions de bâtisseur, d’industriel et d’opérateur de services publics au profit de missions de régulation, de contrôle et d’animation ? C’est la question à laquelle nous allons nous efforcer d’apporter une réponse dans cet article.

Les métiers d'ingénieurs, creuset de l'innovation en Europe

Par Philippe BRUNET
Chef de Cabinet de Mme Vassiliou, Commissaire européen à l’Education à la Culture, au Multilinguisme et à la Jeunesse

et Fabrice Comptour
Membre de Cabinet de Mme Vassiliou, Commissaire européen à l’Education, à la Culture, au Multilinguisme et à la Jeunesse

L’Europe traverse actuellement l’une des crises économiques les plus importantes de son histoire. Certains s’accordent même à dire que ce sont plus de dix ans de progrès en matière économique et sociale qui sont en train de s’évanouir. Pourtant, cette crise a un effet catalyseur très important : celui de confirmer que l’échelon européen est désormais indispensable. L’Europe n’est en effet ni une option ni une alternative, mais une nécessité. Cela est d’autant plus vrai en ce qui concerne les politiques d’éducation, et l’échelon européen est sans doute encore plus nécessaire pour la formation des ingénieurs. Il ne s’agit pas de refaire ce qui a déjà été fait avant (à savoir développer une vision nationale pour s’affirmer au niveau européen), mais bien, plutôt, de développer une véritable stratégie européenne de la connaissance permettant de forger les bases de la croissance de demain.

La réalite du travail de l'ingénieur et son évolution

Par Claude MAURY
Ingénieur général des Mines, animateur du Comité d’études sur les formations d’ingénieur (CEFI)

Aujourd’hui comme hier, l’identité de l’ingénieur se constitue par la maîtrise d’une expertise technique et par la capacité à mener à son terme le processus de réalisation d’un objet technique. Toutefois, il subit désormais dans son travail l’empreinte des contraintes nouvelles qui pèsent sur l’entreprise : une concurrence plus âpre qui met l’organisation sous pression, et des clients plus exigeants et plus versatiles. Dans ce contexte, la production de technologies nouvelles n’est plus considérée comme toujours indispensable par les entreprises. En revanche, celles-ci souhaitent en général conserver un contrôle direct sur leur politique d’innovation, qui tend à s’imposer comme un impératif principal pour l’intervention de l’ingénieur.

Les formations d’ingénieurs en alternance

Par Cyril FAURE
Ecole nationale supérieure des Mines de Saint-Etienne, délégué aux formations sous statut salarié et aux relations entreprises pour la formation, directeur de l’ISTP

Dans un environnement complexe et changeant, les entreprises sont confrontées à un enjeu vital : adapter leur activité, leur organisation et leurs compétences aux nouvelles données socio-économiques. Dans un tel contexte, la formation d’ingénieurs en alternance peut apporter une contribution précieuse, en permettant à la fois le développement des compétences des salariés et l’amélioration de la compétitivité des entreprises où les élèves-ingénieurs effectuent leur période d’apprentissage en situation professionnelle. Ces formations créent également des liens favorables aux transferts de technologie, grâce aux relations opérationnelles établies par les nouveaux ingénieurs avec les laboratoires de recherche des écoles qui ont contribué à leur formation.

L’ingénieur, acteur de l’évolution du travail

Par Pascal FOURNIER
Directeur de l’Ecole Polytechnique Universitaire de Lyon1

Sur des marchés de plus en plus concurrentiels, les entreprises peuvent gagner un avantage compétitif décisif en développant leur effort de recherche, en prenant des risques sur des technologies émergentes et en investissant sur elles au moment opportun. Pour cela, elles ont besoin d’ingénieurs. La qualité des ingénieurs français en matière scientifique et technique est reconnue, mais ceux-ci doivent désormais s’ouvrir davantage à la prise de risque et à l’innovation.

Le temps du monde fini a déjà commencé…

Par Thierry GAUDIN
Ingénieur général des Mines

Nous avons quitté la civilisation industrielle, reposant sur la matière et l’énergie, pour entrer dans une civilisation cognitive, instaurant un nouveau rapport au vivant et au temps (du fait notamment de la rapidité de la circulation de l’information). Il appartient aux ingénieurs d’y repenser leur rôle.

Annexe

Le travail à travers le temps, à travers les textes

Par Jean Boissonnat, « Le travail dans 20 ans » et Commissariat général du Plan,1995

Annexe Le travail à travers le temps, à travers les textes. Annexe 2 au rapport de la commission présidée par Jean Boissonnat, « Le travail dans 20 ans », Commissariat général du Plan,1995

Hors theme

IN MEMORIAM : Maurice Allais

Par Marcel BOITEUX
Membre de l’Institut, Président d’honneur d’EDF

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