Mars 2010
sommaire
Gérer & Comprendre
N° 99
Editorial
Par Pascal LEFEBVRE
Témoignage
L’ultralibéralisme ennemi du management moderne ?
Entretien avec Henri VACQUIN
Par Bernard COLASSE et Francis PAVÉ
Du Parti communiste au conseil en entreprises : un parcours hors du commun, une expérience exceptionnelle des relations sociales dans l’entreprise.
Réalités méconnues
Comment concilier morale protestante et finance ?
Par Christophe INARD
Université de Versailles - Saint-Quentin-en-Yvelines
Fanny VERRAX
Université de Versailles - Saint-Quentin-en-Yvelines
et Grégory SCHNEIDER-MAUNOURY
Responsable de l’ISR, Inter Expansions, APRIONIS, Chercheur associé CERMAD/ESCEM –Tours-Poitiers
Nous nous proposons d’analyser dans cet article les pratiques de gestion des fonds d’investissement socialement responsables (ISR) créés par des communautés protestantes. Après une mise en perspective historique et sociologique, nous observerons les pratiques actuelles de quatre fonds ISR et nous ferons le constat qu’au-delà des éventuelles ambiguïtés (portant sur leurs justifications théologiques) de ces fonds, le pragmatisme qui les caractérise est fort éloigné du dogmatisme qui leur est prêté. Ces fonds, dont les pratiques transcendent leurs origines religieuses, posent des questions pertinentes sur le renouveau de la finance et sur l’avenir du concept de responsabilité sociale de l’entreprise.
Solidarité et rivalité dans l’entreprise
Par Jérôme SAULIÈRE
Ingénieur élève des mines
Les stages permettent aux jeunes de découvrir le monde de l'entreprise en ayant un statut intermédiaire entre celui d'observateur et celui d'acteur. Lorsque leur stage dure plusieurs mois, comme c’est le cas, pour les ingénieurs-élèves des Ecoles des Mines, ceux-ci s'efforcent de s'intégrer et d'exercer les mêmes missions que les jeunes recrutés. Ils ont alors de l'entreprise une vision originale, « vue d'en bas », pourrait-on dire. Pour reprendre un récent article de Gérer et Comprendre, ils se sentent invités à s'identifier à des images idéales de leur rôle. Mais cette identification est aliénante et ne peut être surmontée qu’après l’accès à une position leur permettant de comprendre que les images auxquelles ils s'étaient identifiés n'étaient que des apparences. La dimension imaginaire est particulièrement forte dans le conseil en stratégie, où l'apparence et le relationnel, très codifiés, jouent un rôle essentiel. Leur témoignage sur leur itinéraire montre ce que le regard ingénu qui est le leur, peut donner à penser de la marche des affaires. C'est dans cet esprit que nous publions ce texte, rédigé par Jérôme Saulière au cours d'un stage qu'il effectuait dans le cadre de sa première année de formation dans le Corps des Mines.
L'épreuve des faits
Territorialité et bureaux virtuels : un oxymore ?
Par Emmanuelle LÉON
Professeur Associé, ESCP EUROPE
Les changements dans l’organisation du travail et la volonté de réduire les budgets dédiés à l’immobilier conduisent de nombreuses entreprises à réinventer, voire à supprimer, leurs bureaux, à l’aide des technologies mises à leur disposition. Le développement des espaces de travail partagés s’inscrit dans cette logique. Cependant, l’espace de travail n’est pas uniquement un lieu fonctionnel : il est également l’un des symboles qui relie le salarié à son organisation ; aussi celui-ci aura-t-il spontanément tendance à vouloir le faire sien. Une étude de cas, menée au sein des bureaux virtuels d’Accenture, démontre que la territorialité s’inscrit dans tout espace… fût-t-il virtuel.
La responsabilité sociale de l’entreprise à l’heure de la flexibilité des ressources humaines : l’employabilité est-elle un argument viable ?
Par Moez BEN YEDDER
Assistant à la Faculté des Sciences Juridiques Economiques et de Gestion, Université de Jendouba, Doctorant à l’Institut Supérieur de Gestion, Université de Tunis
et Lotfi SLIMANE
Maître-assistant à l’Institut Supérieur de Comptabilité et d’Administration des Entreprises, Université de la Manouba
Plaçant l’intérêt des parties prenantes non sociétaires (comme les employés) au même degré d’importance que ceux des actionnaires, la responsabilité sociale de l’entreprise (RSE), en tant que concrétisation du développement durable par les entreprises, s’est imposée à ces dernières. Sur un autre plan, la flexibilité devient un aspect qui, bien que relativement ancien, est de plus en plus admis comme une voie possible d’un accroissement de la compétitivité de l’entreprise, voire d’une réorientation indispensable à sa viabilité. Cependant, la flexibilité (plus particulièrement dans sa dimension quantitative) est souvent décriée en raison des conséquences sociales qui peuvent découler de son adoption. Précarisation des salariés, compétition sur les coûts de main-d’œuvre entre sous-traitants, rupture du lien entre entreprise et travailleurs… : la flexibilité semble, par certains aspects, faire partie des pratiques « antisociales ». A partir de là, on voit mal comment une firme soucieuse d’adhérer à la logique sociale prônée par la RSE pourrait aussi se prévaloir d’une certaine flexibilité. Pourtant, dans la pratique, les logiques de la flexibilité et de la RSE semblent cohabiter.
L’incarnation locale d’un outil global de gestion des compétences
Par Sophie BRETESCHÉ et Michel DEVIGNE
Ecole des mines de Nantes
Dans cet article, nous mettrons en perspective la capacité d’ajustement d’un site de production local face au déploiement d’un outil global de gestion des compétences dans le secteur agro-alimentaire. Si l’outil présente un caractère conformatoire, il suscite également des appropriations différenciées, liées aux contextes d’exercice des activités et des milieux professionnels sur lesquels il s’exerce.
En quête de théories
La réputation pour gérer les carrières
Par Sébastien DUBOIS
Professeur associé, Rouen Business School, Chercheur associé au Centre de Sociologie du Travail et des Arts, EHESS
La réputation a été avancée comme un critère majeur dans le déroulement des carrières, sans qu’elle soit explicitement définie. Cet article propose une définition opérationnelle de la réputation, étiquette ou image sociale qui se construit dans les relations entre les acteurs. Les artistes fournissent un exemple privilégié pour décrypter ces mécanismes, et le cas des poètes contemporains offre ensuite une illustration marquante de la gestion de la réputation tant par les individus que par les organisations, dans le cas considéré les éditeurs. La réputation est, en effet, à la fois un outil de décision et un enjeu au cœur des stratégies des acteurs.
La haute couture aujourd’hui : comment concilier le luxe et la mode ?
Par Marine AGOGUÉ et Guillaume NAINVILLE
Ecole Polytechnique – Marster PIC
La maturité de nombreux secteurs industriels a remis en cause leur business model. Les maisons de haute couture, contrairement aux apparences, ne se réduisent pas à l'exubérance de leurs grands couturiers : elles ont dû faire évoluer l’approche purement artisanale de leur l’activité pour pouvoir s'adapter aux changements de leur clientèle historique et ce, grâce au co-développement de deux différenciations « produits » : celle du luxe et celle de la mode. Cette transition a profondément impacté l'organisation de ces sociétés : les maisons de haute couture ont trouvé des solutions originales leur permettant de dépasser l'opposition entre mode et luxe et de figurer, aujourd'hui encore, parmi les entreprises les plus rentables. Ainsi, derrière le strass et les paillettes, on découvre un monde atypique dans sa structure et son organisation, qui pourrait bien fasciner au moins autant par la finesse des stratégies qu’il met en œuvre que par ses créations elles-mêmes...
Mosaïque
Caissière… et après ?
À propos du livre de Mathias Waelli, Caissière… et après ?, Paris, Presses Universitaires de France, 2009
Par Christophe VIGNON
Université de Rennes 1 (CREM UMR CNRS 6211)
Mariage, capitalisme et petits pots pour bébés
À propos du livre d'Elizabeth C. Dunn, Privatizing Poland, Baby Food, Big Business and the Remaking of Labor, Cornell University Press, 2004
Par Michel VILLETTE
