Novembre 2006

sommaire

Réalités industrielles

Ingénieurs à la française, économie mondialisée,

Numéro complet

Editorial

Par François Valérian
Rédacteur en chef des Annales des Mines

Avant-propos

Par Jean-Luc Delpeuch
Ingénieur général des Mines Directeur de l'Ecole nationale supérieure d'Arts et Métiers de Cluny

Ingénieurs à la française

Devenir ingénieur : la crise des vocations n’est pas inéluctable

Par Jean-Luc Delpeuch
Ingénieur général des Mines Directeur de l'Ecole nationale supérieure d'Arts et Métiers de Cluny

La crise des vocations que connaît aujourd’hui le métier d’ingénieur est inquiétante. La réhabilitation de son image dépend des projets collectifs que l'Europe saura gérer au XXIe siècle. Or, les valeurs affirmées par le Vieux Continent sont empreintes d'un souci particulier pour le développement durable, l'aménagement du territoire, la préservation du patrimoine, la qualité des infrastructures… autant de valeurs communes qui appellent des projets et un développement économique particuliers, et par conséquent des profils d'ingénieurs adaptés à cette demande. La formation d’ingénieurs à l'Ecole nationale supérieure d'Arts et Métiers, en particulier dans son Centre de Cluny, lieu d'innovation et d'expérimentation pédagogique, peut servir d’exemple pour illustrer ces évolutions.

La naissance de l’ingénieur généraliste. L’exemple de l’école des mines de paris

Par Armand Hatchuel
Professeur à l'Ecole des Mines de Paris

L'exemple de l’histoire de l'Ecole des Mines de Paris permet de retracer les origines de la notion d'Ingénieur généraliste. La conception de l'Ingénieur « généraliste » s'est d'abord inscrite dans les faits bien avant d'être formulée en ces termes et, en 1847-49, les graines du modèle sont déjà semées. Elle s'est ensuite constituée par étapes : le tournant de 1849 rompt le modèle mono-professionnel ; celui de 1949 (invention et multiplication des options qui ne « déterminent pas impérativement le placement ultérieur de l’optionnaire ») explicite véritablement le modèle généraliste universel dont la logique est portée à maturation avec la réforme de 1966 et sans lequel le développement de la recherche n'aurait probablement pas été possible, du moins dans son étendue actuelle. Le modèle généraliste universel doit pouvoir être revisité en fonction des données et des problèmes qu'imposent les transitions scientifiques et sociales d'une époque.

Paristech et la formation d’ingénieurs « à la française »

Par Cyrille van Effenterre
Directeur de l'Engref, Secrétaire de l'assiociation Paris Tech

Les grandes écoles d’ingénieurs de Paris, regroupées au sein de l’association ParisTech, ont décidé de s’unir selon un mode fédératif, afin d’améliorer leur visibilité à l’international et la lisibilité de leurs diplômes. Mais comment concilier cette nouvelle structure, générant une nouvelle politique de marque autour du label ParisTech, et de véritables délégations de responsabilité de la part des écoles, avec l’image traditionnelle de chacune des écoles et leur culture fondée sur la différenciation et la spécificité ? Quelle conduite du changement est à adopter, dans la mesure où il ne peut pas s’agir d’un processus « top-down », ni fusion-acquisition de type privé, ni mécano institutionnel de type administratif ? Comment également promouvoir une dynamique propre en matière d’enseignement supérieur scientifique et technologique, avec son indispensable dimension de recherche, sans revisiter les liens avec les grands organismes de recherche, et renforcer le partenariat avec les universités de proximité ?

Le groupe des écoles des mines a l’international

Par Marc Caffet
Conseil général des Mines, chargé de la direction de la stratégie des écoles des Mines

et Alain Dorison
Directeur de l'Ecole des Mines d'Alès, animateur du groupe "International" du Groupe des écoles des Mines

Face à la concurrence croissante entre établissements d’enseignement supérieur sur la scène internationale, les écoles des mines ont fixé une priorité ambitieuse d’internationalisation de leur enseignement. Les prolongements de cette réflexion ont conduit à une démarche de groupe visant à refondre la pédagogie et à développer de nouveaux « outils », dont les accords de doubles diplômes. Une telle démarche représente des investissements conséquents, humains et financiers, et suppose de la part des enseignants chercheurs un effort accru d’adaptation. Le partage des charges par mutualisation des actions est donc, désormais, incontournable et déborde d’ailleurs du cadre du groupe des écoles des Mines (GEM) puisque des collaborations avec ParisTech sont en cours.

polytechnique : une école engagée dans une profonde mutation pour répondre aux défis du XXe siecle

Par Yannick d’Escatha
Président du Conseil d'administration de l'Ecole polytechnique

L’Ecole polytechnique, dans sa mission d’enseignement supérieur, de recherche et de diffusion des connaissances scientifiques, doit désormais s’imposer au niveau international. La mise en place des deux cycles master et doctorat, en complément de son cycle ingénieur, ainsi que le développement de son campus sont des enjeux majeurs de son évolution. Les partenariats de proximité et au sein de ParisTech, en assurant une base de coopération élargie permettront en outre d’accroître et d’enrichir les liens existants avec les établissements académiques internationaux et français.

Parabole des talents et balayage dans les coins : la formation des ingénieurs du corps des mines

Par Marie-Solange Tissier
Ingénieur général des Mines

Les ingénieurs-élèves du corps des Mines, pour la plupart sortis parmi les premiers de l’X, sont au départ des champions des sciences exactes et des sciences déductives : leur formation ne sera donc pas principalement orientée vers le savoir, mais surtout vers le savoir-faire et vers le faire savoir. Dans un monde où l’entreprise a tendance à privilégier la spécialisation, cette formation d’ingénieurs généralistes « à la française » ne risque-t-elle pas de déboucher sur une impasse ? L’expérience montre qu’elle est nécessaire et très appréciée pour pouvoir gérer de grands projets ou maîtriser des sujets techniques complexes, mais elle ne peut concerner qu’un nombre restreint d’ingénieurs.

L’école Hubert Curien : une formation supérieure en apprentissage pour un management des risques industriels

Par Jean-Michel Giardina
Ecole Hubert Curien (Bourges)

Les professionnels de la sécurité sont confrontés désormais à des situations mêlant différents éclairages (techniques, humains, organisationnels, financiers) et différentes disciplines (stratégie de l’entreprise, production, performance, gestion des ressources humaines). C'est dans ce contexte exigeant et en constante évolution que l'Ecole Hubert Curien, créée depuis plus de 16 ans, a développé des formations prenant en compte le retour d'expérience, le management stratégique, l’expertise sécurité et le système de management de la sécurité. Elle participe activement au mouvement de revalorisation de l’apprentissage et place l’entreprise au centre de ses démarches.

Les nouveaux défis

Les ingénieurs de demain : quelle formation et quelle nationalité pour la demande industrielle?

Par François Soulmagnon
Directeur de la formation et des conditions de travail, Direction des relations et des ressources humaines PSA Peugeot Citroën

PSA Peugeot Citroën a engagé, en 2005, une refonte des processus de ressources humaines afin de placer davantage les compétences au centre des choix de recrutement, d’évolution professionnelle et de formation. Cette démarche engagée par le groupe est exemplaire d’une tendance importante dans les entreprises à privilégier les compétences techniques par rapport aux valeurs de management pour le plus grand nombre des cadres. Ce n’est pas la fin du manager généraliste, mais celui-ci doit d’abord avoir fait ses preuves dans un métier. Cette approche conduit à s’interroger sur la vision de la vie professionnelle et des véritables débouchés qui est donnée aux étudiants dans les écoles et les universités. Quant à la recherche de profils internationaux basés sur des formations françaises, elle ne concerne finalement qu’un petit nombre de personnes et il est souvent plus intéressant de recruter un cadre localement, quitte à compléter sa formation.

La construction du viaduc de Millau : les défis techniques, les enjeux humains

Par Marc Buonomo
Directeur de la Division Ponts et Ouvrages d'Art, EIFFEL

Le Viaduc de Millau est un chaînon vital de l’A75 entre Paris et l’Espagne. Franchissant la large et profonde vallée du Tarn, cette autoroute est la plus haute de France. Le viaduc représente un exploit technique avec ses 6 travées principales de 342 m suspendues à sept pylônes et une avancée considérable dans la conception des ponts haubanés. Sa désormais célèbre silhouette offre à la ville de Millau un nouvel attrait touristique. En effet, le grand public perçoit que, par cet ouvrage hors du commun, l’histoire de sa construction est peut être la plus formidable épopée de l’ingénieur moderne.

Parcours d’un ingénieur : entre rêve estudiantin et réalité industrielle

Par Christian Père
Maître de conférence, Le2i UMR CNRS 5158, Institut Image, Ensam-Cluny

La reconstruction virtuelle de la grande église de l’abbaye de Cluny, dont il ne subsiste aujourd’hui qu’à peine 8 %, fut le point de départ d’une activité de transfert de technologie, puis de recherche en simulation et réalité virtuelle, au Centre de Cluny de l’Ecole nationale supérieure d’Arts et Métiers. Ce fut aussi, pour l’auteur, la naissance d’une vocation d’ingénieur créateur et chercheur. Cette double compétence d’ingénieur et chercheur est la plus à même de répondre aux besoins du monde industriel pour rester compétitif dans la course à la concurrence : pourvu d’une formation technique de terrain, qui lui permet de bien appréhender le contexte des entreprises, l’ingénieur chercheur aura aussi acquis les règles à la fois élémentaires et fondamentales de la démarche scientifique.

Quels ingénieurs pour la société de l’information et de la connaissance de demain ?

Par Jean-Claude Jeanneret
Ingénieur général des télécommunications, Administrateur général du Groupe des écoles des télécommunications (GET)

Un ingénieur, c’est d’abord un cadre, donc un minimum de culture managériale et de gestion. C’est aussi une compétence technique et, surtout, une manière d’aborder les problèmes qui lui permette d’apporter une valeur ajoutée dans un environnement pluridisciplinaire. Ce seront, de plus en plus, des postures plus nouvelles, liées davantage à l’évolution des modes de travail et des grands courants de la société qu’à l’évolution technologique. Ce doit être, enfin, un citoyen. Et c’est tout cet ensemble que cherchent à promouvoir les formations du GET pour former l’ingénieur de demain. Un ingénieur qui devra s’imposer comme le stratège et l’acteur d’une société de l’information et de la connaissance, où la compétitivité de la recherche et de l'enseignement supérieur dans le développement économique ne fera que s’affirmer davantage.

Quels ingénieurs pour demain ? Esquisse d’un cahier des charges

Par Jean-Michel Yolin
Ingénieur général des Mines Conseil général des Mines

« Officier de la guerre économique », à la tête d'un régiment d'exécutants, l'ingénieur était chargé d'assurer la production et de défendre le territoire de son département. Dans une structure calquée sur la cour du roi, il devait être attentif à bien choisir son clan, car la fidélité était davantage récompensée que la compétence. Avec la mondialisation et le fonctionnement de l’entreprise en réseau, le profil de l’ingénieur efficace est aujourd’hui radicalement différent : il doit être un « intrapreneur » et savoir travailler efficacement avec des collègues, partenaires, clients ou fournisseurs de culture différente. La question se pose donc de savoir comment faire évoluer notre appareil de formation pour que nos ingénieurs de demain soient performants dans ce nouvel écosystème économique mondial et soient perçus comme tels afin qu'on leur confie les responsabilités qu'ils méritent.

Formation des élites mondiales et écoles d’ingénieurs françaises

Par Bernard Bobe
Professeur des universités à l'Ecole nationale supérieure de Chimie de Paris

La spécificité du système français d’enseignement supérieur et de recherche français le rend illisible à l’échelon international. La France pourra-t-elle encore tenir son rang dans le monde si les grandes écoles - sauf exception - restent quasi absentes de la formation des élites mondiales ? A quels enjeux sont-elles confrontées face à la mondialisation de la formation des élites ?

L'enseignement supérieur et l'innovation technologique : les enjeux pour l’Europe

Par Ján Figel’
Commissaire européen à l'Education, Formation, Culture et Multilinguisme

Le problème fondamental auquel se trouve confrontée l’Union européenne en matière d’innovation réside dans son inaptitude à exploiter et à partager pleinement les résultats de la R&D et à les traduire en valeur économique et sociétale. C’est pourquoi il est nécessaire que les établissements d’enseignement supérieur se fixent des priorités stratégiques reposant sur trois objectifs principaux : l’intégration des éléments du triangle de la connaissance (enseignement, recherche, innovation), l’excellence et la flexibilité. Pour la période 2007 – 2013, la Commission continuera à procurer de nombreux financements en faveur de l’innovation à travers les programmes comme le 7ème programme cadre de recherche et développement, le programme pour l’apprentissage tout au long de la vie, le programme pour la compétitivité et l’emploi.

Hors dossier

Expertise et déontologie : la pratique de l’indris

Par Christian Tauziède
Directeur Scientifique adjoint de l'Institut National de l'Environnement Industriel et des Risques (INERIS)

De plus en plus d’entreprises affichent leur déontologie de responsabilité sociale vis-à-vis des grandes préoccupations actuelles : mondialisation, questions sociales, protection de l’environnement, développement durable… Il s’agit, pour la plupart, d’améliorer leur image, et par-là même, probablement, leur compétitivité. Par ailleurs, si une charte de déontologie peut être une protection juridique pour l’entreprise, elle peut aussi constituer un risque juridique pour elle, en particulier si elle est établie sans une réflexion attentive. L’INERIS est particulièrement concerné par les problématiques de la déontologie, son statut et sa mission l’amenant à fournir des expertises à la fois aux pouvoirs publics et aux industriels. Cette situation est particulièrement propice à l’émergence de conflits d’intérêt, ce qui renforce encore la nécessité de la formalisation de principes déontologiques stricts.

La revue complète

Digital issues: abstracts

Retour en haut